‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 48 sur 91 · INTRIGU^:S POLITIQUES DU FUT AI · texte numérisé non relu

INTRIGU^:S POLITIQUES DU FUT AI

laissa la plus grande partie de ses troupes sous les ordres de son général Hu (^), qu'il chargea de maintenir lil)re la route de Yung-ning, où se montraient des bandes de pillards. Le commerce, stagnant à cause du peu de sûreté des routes, commençait à refleurir : une partie des négo(*iants qui avaient fui au moment du danger, rentrèrent dans leurs foyers, et la douane de Lao-wa-t'an, la plus i)roductive de la province, vint contribuer au rétablissement des finances. Tout Targent provenant des autres octrois et des crédits mensuels que le gouvernement avait ouverts dans six provinces était versé au trésor et mis à la disposition du viceroi, qui le distribuait selon les besoins de chaque corps d'armée. Le Fu-tai aurait voulu obtenir l'administration de ces ressources et en disposer à sa guise; mis de côté par le vice-roi, il eut recours, pour en venir à ses fins, à ses armes habituelles, la corruption et l'intrigue. Il écrivit à Pékin que dans l'état actuel de la défense, ses ressources pécuniaires étant très limitées, il ne lui était pas possible d'obtenir la libération du territoire ; mais que, si le gouveme- Dient impérial lui en fournissait les moyens, il se chargeait de donner une grande impulsion aux affaires et d'arriver à une prompte solution. Ce mémoire, accompagné d'un cadeau important à l'adresse d'un des hauts dignitaires de l'empire, eut le résultat auquel s'attendait son auteur. Le gouvernement, voyant que le vice-roi n'avait encore rien fait de notable, lui retira la moitié des crédits qu'il lui avait alloués et les transmit au Fu-f ai. Ce dernier, enivré d'une telle faveur, ne mît plus de bornes à son ambition, et le sceau de la vice-royauté devint l'objet de sa convoitise. H envoya un Liang-tai du grade de Tao-t ai à Ch\ing-ch'ing-fu avec l'ordre de hâter la rentrée des fonds, et assuré désormais

que Targcnt ne lui manquerait pas, il renforça ses corps et se disposa à aller rejoindre ses troupes qui opéraient devant Ch êng-kung-hsien. L'an-ivée du vice-roi retarda quelque peu son départ, et bien qu'il n'eût aucune sympathie pour ce fonctionnaire, il l'accueillit avec les démonstrations de la ^plus sincère cordialité.

Dès son enti-ée en fonctions, le vice-roi se trouva très embarrassé : il ne connaissait point les affaires en cours d'exécution, et même avec le concours de Ma Ju-lung, il ne voulait prendre aucune initiative. H n'osait se décider à rien sans avoir eu au préalable l'approbation du Fu-t ai, et comme le Fu-t ai ne la donnait jamais, force lui était d'accepter tout ce que faisait ce dernier. Ce manque total de volonté porta le dernier coup à l'autorité du vice-roi, et, à partir de ce moment, le Fu-tai ne le regarda plus que comme un instrument à sa dévotion.

Ma Ju-lung, que la conduite de son ancien protégé et l'insigne faiblesse du vice-roi avaient péniblement affecté, éprouva une déception nouvelle qui faillit porter une grave atteinte à son crédit : Yang Wei, qu'il traitait avec toutes sortes d'égards, prit la fuite en emportant quelques fusils de luxe, dont le Ti-tai lui avait fait cadeau. Ma Ju-lung, sur qui planaient des soupçons de complicité, envoya aussitôt à la recherche du prisonnier, mais on ne put retrouver sa trace. Sa femme, qui avait probablement facilité l'évasion, refusa de donner aucun renseignement. Quelque temps après on apprit qu'il était arrivé à Ta-li-fu, et qu'il s'occupait d'organiser une autre expédition contre les impériaux. Dès lors. Ma Ju-lung, qui s'était porté garant de la parole de Yang Wei, fit exécuter sa femme sur la place publique, où une foule immense vint assister à la mort de cette héroïne.

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