‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 61 sur 91 · OCCUPATION DE LIN-AN · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE LIN-AN

mais il n'était plus temps : rennemi venait de pénétrer en vainqueur dans la plaine de Hsia-kuan, qui s'étend du lac à la montagne Tsang-shan (^ |lj), aux flancs de laquelle la ville est adossée (juillet).

Yang YU-k s'empressa de faire connaître au Fu-t ai l'importante capture, et l'engagea en même temps à presser le siège de Kuang-i, s'il voulait, ainsi qu'il en avait manifesté le désir, être présent à la prise de Ta-li-fu. Le Fu-t ai, impatient de partir pour l'ouest, se décida à poser ses conditions aux rebelles, mais elles ne furent pas acceptées, et les hostilités recommencèrent

Hu Hsiu-lin, en arrivant à Lin-an, trouva une grande partie des villages sous les armes, et tous ceux du nord de la plaine vinrent lui offrir leur concours. Shên Chao-fu et ses partisans s'étaient retranchés dans les villages de l'ouest. Dès que les troupes furent en présence, Hu Hsiu-lin, avant d'engager le combat, lança des proclamations invitant les gens qui désiraient la tranquillité à se tenir à l'écart; un grand nombre d'habitants qui s'étaient laissés entraîner par les agents de Shên Chao-fu rentrèrent dans leurs foyers. Malgré cela, l'ancien chef de Lin-an avait encore assez de soldats pour opposer une vive résistance à ses adversaires. Les premières attaques de Hu Hsiu-lin furent repoussées, et ce ne fut qu'après plusieurs tentatives que les impériaux réussirent à s'emparer des positions de Shên Chao-fu et le refoulèrent dans son village. Impuissant à prendre l'offensive et presque abandonné par les siens, il avala ime boule d'opium avant de se mettre à la tête d'une sortie qu'il avait préparée et, à peine le combat commencé, il s'affaissait, foudroyé par le poison à peu de distance des assaillants. Ceux-ci,

croyant qu'il était tombé sous leurs balles, lui coupèrent la tête et l'apportèrent à Hu Hsiu-lin afin d'obtenir la prime offerte par le Fu-fai. Aussitôt tous ses partisans se débandèrent ; sa famille fut exterminée ; son fils aîné seul s'échappa grâce à un déguisement, emportant avec lui les pièces qui compromettaient le Fu-t'ai et que ce dernier avait espéré s'approprier (juillet).

Hu Hsiu-lin installa officiellement le préfet de Lin-an, lui laissa quelques bataillons pour maintenir l'ordre et revint à Kuang-i. Le Fu-t'ai, pour le récompenser du succès qu'il venait de remporter, le proposa pour le grade de Chên-t'ai et lui donna par intérim le poste de Lin-an-chên, avec la promesse de lui faire obtenir plus tard le Huang-ma-kua (^ jB| ^*) ou casaque jaune.

Ainsi débarrassé de tous ceux qui faisaient obstacle à son ambition, le Fu-t'ai informa la cour de Pékin que les assassins de Liang Shih-mei avaient été passés par les armes.

Après avoir, à force d'argent, gagné les chefs rebelles qui occupaient une partie de la plaine, le Fu-tai s'était avancé près de Wu-li-ch'iao (^ H ;j^) ; mais le siège de Kuang-i n'en marcha pas plus vite. Dévoré du désir d'assister à la prise de Ta-lî qu'il pensait être le couronnemeut de ses exploits, le général était disposé à faire des concessions aux assiégés (cela ne lui coûtait guère), et il ne demandait qu'à traiter. N'ayant pas sous la main les agents qu'il lui fallait pour ouvrir les négociations d'une manière efficace, et bien que dans de très mauvais termes avec Ma Ju-lung, il lui écrivit une lettre pleine de flatteries pour lui demander quatre de ses officiers dont les familles résidaient à Kuang-i, afin, disait-il, de l'aider à ramener dans la bonne

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voie cette population égarée. Ma Ju-lung, sans tenir compte de ses griefs personnels, ne fit aucune objection à sa demande et lui envoya les officiers en question.

Ma Fu (H ^), Ma Ch'êng-yung (|| J^ ^), Ma Tso (j|| He) ^* ^* Chih-hsing (il| ;^ ^), tous quatre faisant partie de la garde du Ti-t ai, se mirent en route. A Tunghaî, ils furent très bien reçus par le Fu-tai, qui leur donna ses instructions et des saufs-conduits pour sortir du village assiégé quand ils le désireraient.

Dès leur arrivée à Kuang-i, les hostilités qui, depuis quelques mois, étaient menées avec négligence, furent tout-àfait suspendues. Leurs parents et amis, ainsi que la population en général, fêtèrent leur bienvenue comme un présage de la paix future. Les habitants, quoique fort éprouvés par la durée du siège, consentaient bien à traiter, mais ne voulaient sacrifier aucun des leurs : ils entendaient conserver leur organisation comme par le passé à moins que le Fu-tai ne s'engageât à leur rendre leurs propriétés de Huî-lung dans la plaine de Lin-an, dont ils avaient été chassés au début des troubles.

Au bout de quelques jours consacrés à échanger des explications de toutes sortes, les officiers parvinrent à persuader à l'un des principaux chefs. Ta T'ou-wu (^ ^ i^), de se rendre avec deux d'entre eux auprès du Fu-tai.

Ce chef, plus énergique et plus brave que son collègue Ma Min-kung, quitta Kuang-i en compagnie de Ma Tso et de Ma Ch eng-yung et arriva à Tung-hai le 20 du neuvième mois^ (21 octobre 1872). Le Fu-tai, heureux du résultat de

* Nous nous trouvions à Tung-hai en route pour Mêng-tzû au moment de leur arrivée. Comme nous désirions voir Ma Ch'êng-yung pour connaître les nouvelles avant de quitter cette ville, nous retardâmes notre départ d'un jour.

la mission des loei-yuan^ mais craignant que le chef ne se livrât sur lui à des voies de fait, ne voulut pas le recevoir avant que toutes les questions de capitulation fussent réglées, et il délégua h cet effet Ma Chung, qu'il avait fait venir de la capitale dans cette intention.

Ma Chung et Ta T'ou-wu, qui se connaissaient déjà, purent discuter à leur aise, et le dernier, comprenant que le Fu-t ai, après une campagne aussi longue et coûteuse, ne pouvait se retirer sans une satisfaction quelconque, céda sur quelques points et la capitulation fut arrêtée : Kuang-i devait être évacué et les terrains de Huî-lung restitués, ainsi que la grande vallée qui se déroule entre Kuang-î et Tung-shan^ pour ceux qui n'auraient pas le moyen de supporter les frais de déplacement; quatre mois leur étaient accordés pour vider les lieux.

Ces conventions réglées, le. Fu-t'ai reçut Ta Tou-wu en grande cérémonie; il le félicita des bons sentiments qui l'avaient conduit à mettre fin à une guerre qui avait déjà fait tant de victimes, le remercia du caractère conciliant dont il avait fait preuve en cette circonstance et, pour lui prouver sa reconnaissance, lui donna 200 taëls en argent et le bouton bleu avec le grade de colonel. Il le pria ensuite de rentrer à Kuang-i prendre la direction des affaires pendant que son collègue Ma Min-kung viendrait le voir à son tour.

Tant de prévenances et de faveurs après une guerre à outrance parurent de mauvais augure à Ta T ou-wu ; cependant, voyant tous ses amis satisfaits et convaincus que ces

> Tung-shan C^ ijj) est le nom d'une vallée située à 10 lis de Kuang-i; à l'est, un petit village, bâti à Textrémité de la plaine, a été fortifié par les rebelles. Il ne faut pas confondre cette localité avec le Tung-shan de Hsin-hsing-

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arrangements ne cachaient rien de suspect, il se rassura et rennt à Kuang-i rendre compte de sa mission.

Ma Min-kung, homme brusque et doué d'une force peu commune, refusa de se rendre à l'invitation du Fu-fai; ce ne fut que sur les instances des notables qu'il se résigna à s'acquitter de ce devoir. De même que Ta T'ou-wu, il fut présenté en sortant de la ville à Hu Hsiu-lin par les deux officiers qui avaient accompagné son collègue, et il se rendit à Tung-hai. Dès son arrivée, le Fu-fai donna l'ordre de le surveiller de près et il recommanda à Hu Hsiu-lin d'attirer Ta T ou-wu dans son camp, de le garrotter et de l'envoyer à Tung-Hai, où devait se jouer le dernier acte du siège de Kuang-î. Ce ne fut pas sans peine que ce général put attirer Ta T ou-wu dans le piège qu'il lui préparaît; il y réussit pourtant, et pendant que ce chef était à fumer l'opium dans la tente de son hôte, il fut garrotté et envoyé à Tung-hai; par mesure de précaution et pour éviter qu'il ne s'échappfit en route, on lui coupa les jarrets.

Les deux chefs une fois en son pouvoir, le Fu-t ai put savourer sa vengeance à son aise. Ma Min-kung, qui était une espèce d'Hercule, chercha à rompre ses liens, mais il n'y put parvenir, et cette tentative lui valut, à lui et à son compagnon d'infortune, de nouvelles tortures. Dépouillés de leurs vêtements, ils furent roulés nus sur un plancher où Ton avait planté des clous très pointus d'un pouce de long, de telle sorte qu'à chaque tour qu'on les forçait de faire leur chair se déchirait et ruisselait de sang. Ainsi mutilés, ils furent rendus au bourreau, qui les décapita; leurs corps restèrent sans sépulture et les têtes furent envoyées à Lin-an, leur département, pour y être exposées sur les remparts jusqu'à décomposition complète.

Lorsque la trahison et l'affreuse tortxire infligée aux deux chefs furent connues à Kuang-i, il n'y eut qu'un cri pour reprendre les armes et demander vengeance; les envoyés de Ma Ju-lung furent maltraités, et peu s'en fallut qu'ils ne fussent mis à mort comme ayant participé à la trahison. Cette crise passée, et lorsqu'on vit arriver Ma Chung avec pleins pouvoirs du Fu-t ai pour faire exécuter les conventions, les esprits se calmèrent. Le Fu-f ai, auquel la crainte d'arriver trop tard à Ta-li avait seule fait accepter cette capitulation peu louable pour lui et ses troupes, licencia les corps irréguliers et donna aux autres rendez-vous à la capitale, où il devait les attendre pour se diriger vers l'ouest. Ma Chung seul resta avec ses hommes pour terminer les affaires de Kuang-i.

Tsên YU-ying donna l'ordre à Hu Hsiu-lin d'aller à Lin-an prendre possession de son poste de Lin-an-chên; il régla les comptes des Liang-fai et retourna à la capitale (24 novembre 1872). A peine était-il installé depuis quelques jours dans son Ya-mên que de nouvelles missives de Yang Yti-k 0, lui annonçant les progrès de l'expédition, l'invitaient à partir sans retard.

Trop ambitieux pour manquer une aussi belle occasion de paraître le vainqueur de Tu Wên-hsiu, le seul chef rebelle que redoutât la cour de Pékin, il se hâta d'expédier les affaires pressantes; il s'entendit avec le trésorier- payeur général ou Fan-tai, réunit tout l'argent disponible dans les caisses du gouvernement, emprunta une forte somme aia négociants de la capitale auxquels il domia en paiement des bons de son Liang-tai^ de Chung-ch'ing, et rappela en

* Le fils du Fu-fai avait épousé en 1871 la fille de Hu Tao-t'ai, alors Lian^t'ai à Ch'ung-chMng-fu.

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