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La Province de Québec et l'émigration européene

Le but de cette publication est de faire connaître la Province de Québec aux émigrants Européens, et de démontrer les avantages réels qu'ils peuvent rencontrer en venant s'y fixer.

Placée à côté de la République Américaine, qui a le privilège d'absorber une si grande part de l'attention que l'Europe accorde à ce continent, notre Province, nous le sentons, a besoin d'élever la voix et de faire valoir ses mérites, pour attirer sur elle les regards de l'étranger.

La variété de nos ressources, la solidité de nos institutions politiques, la perfection peu commune de nos lois, le bien-être matériel qui est le partage de notre population, la paix et la bonne harmonie qui régnent parmi les différentes races dont elle

est composée : voilà autant de points sur lesquels, il est de notre intérêt que la lumière se fasse.

Chacun de ces sujets, pour être développé dans tous ses détails, exigerait plus d'espace que n'en comporte la nature de cet écrit. Nous les traiterons d'une manière succincte et au point de vue pratique, afin de ne pas fatiguer le lecteur de détails purement théoriques. Inutile d'ajouter que ce n'est pas comme œuvre littéraire que ce travail se recommande au public; on s'en convaincra facilement du reste : c'est uniquement par l'exactitude et l'utilité des renseignements qui y sont consignés, que nous pouvons espérer d'intéresser et de convaincre la classe de lecteurs auxquels il s'adresse de préférence, c'est-à-dire ceux qui sont dans le cas d'émigrer en Amérique.

Nous aurions de la difficulté à faire croire que cet .appel fait aux émigrants européens est complètement désintéressé ; mieux vaut dire de suite que nous apprécions à leur jviste valeur les avantages que nous pourrions tirer d'une bonne immigration. Les mesures adoptées par notre gouvernement pour la protection des émigrants, les facilités qui leur sont offertes pour s'établir parmi nous, en sont des preuves convaincantes. Nous les développerons plus loin.

De leur côté les émigrants, en se fixant au milieu de nous, trouveront dans la culture du sol et dans l'exploitation de nos diverses branches d'industrie, l'aisance et le bien-être qui sont ici le partage de tous les citoyens laborieux et prévoyants.

Les sacrifices considérables que fait actuellement la Province de Québec, pour établir des voies de communication faciles partout où la colonisation a chance de succès, les grands travaux du Chemin de Fer Intercolonial, qui sont en voie

d'exécution, voilà autant de circonstances favorables pour ceux surtout qui n'auraient point un petit capital à leur arrivée. Le travail est abondant, la main-d'œuvre bien rétribuée et fort rechercbée. En arrivant donc l'émigrant peut compter sur un emploi rémunératif. Quand il aura amassé quelques épargnes, il sera en état de se diriger vers les centres de colonisation, et de se tailler un domaine dans la forêt ; car, devenir citoyen, devenir propriétaire, est ici l'ambition de tous ; ce doit être aussi le but de tous ceux qui quittent le vieux monde pour se réfugier dans le nouveau. Ici le champ ouvert à l'activité individuelle est vaste, et avec de l'énergie et de la prévoyance l'avenir est plein de promesses.

La conquête de l'aisance, qui en Europe représente les travaux réunis d'une famille pendant plusieurs générations, est la plupart du temps ici l'oeuvre d'un seul individu. Demandez à ce négociant, dont la fortune vous éblouit, à quelle époque remontent les opérations commerciales de la maison qu'il dirige, il vous répondra qu'il y a 15 ans, 20 ans, 30 ans peut-être, il est arrivé au Canada sans protection aucune, ne comptant pour sa subsistance que sur le travail du lendemain. Il s'est livré au travail, et il est parvenu où vous le voyez aujourd'bui. Voyez ces belles fermes ornées de riches résidences qui entourent nos villes, ou qui vous apparaissent çà et là dans nos campagnes; informez-vous quels en sont les propriétaires, et vous serez étonné d'apprendre combien il y en a qui appartiennent à des nouveaux-venus débarqués ici sans autre capital que leurs bras. En un mot, parcourez toute l'échelle sociale en Canada, et vous trouverez jusqu'aux degrés les plus élevés des Européens que le besoin avait jetés sur nos riva-

ges, et auxquels la fortune a prodigué ses dons. Accueillis ayec bienveillance, ils font bientôt cause commune avec nous, et nous oublions qu'ils sont étrangers longtemps avant qu'ils ne l'aient oublié eux-mêmes.

Quoiqu'il reste encore dans la Province de Québec d'immenses forêts à défricher, il s'en faut de beaucoup que ce soit une contrée sauvage, comme beaucoup d'Européens seraient portés à le croire. La civilisation du vieux monde, transplantée ici, il y a plus de deux siècles, par les missionnaires et les défricheurs français, s'y est développée avec rapidité, et à mesure que la population s'est multipliée, que l'éducation s'est répandue, que les communications transatlantiques sont devenues plus fréquentes, l'Europe nous a transmis ses habitudes, ses goûts et jusqu'à son luxe.

Au reste, les détails et les statistiques qui vont suivre feront voir que nous n'avançons rien qui ne soit conforme à la stricte réalité.

A la suite des renseignements généraux que nous donnons sur le Canada et la Pro-vânce de Québec, nous avons cru devoir consigner en abrégé un ensemble de notions pratiques qui mettront les émigrants parfaitement au courant des droits qu'ils acquièrent et des obligations qu'ils contractent en venant s'établir sur nos terres publiques.

Ls. Archambeault,

Ministre de l'Agriculture et des Travaux-Publics.

Québec, 1er mars 1870.

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