‹ La Province de Québec et l'émigration européeneChapitre 11 sur 29 · VALLÉE DU SAGUENAY · texte numérisé non relu

VALLÉE DU SAGUENAY

La Eivière Saguenay qui arrose ce fertile territoire, se jette dans le St. Laurent à 40 lieues plus bas que Québec ; elle est navigable pour les vaisseaux du plus fort tonnage jusqu'à 20 lieues de son embouchure, c'est-à-dire jusqu'à la Baie des Ha! Ha ! Cette baie forme un magnifique bassin d'une dizaine de lieues de circonférence et d'une surprenante beauté, qui lui a valu son nom de Ha ! Ha ! Au besoin elle pourrait donner asile à une flotte considérable. La marée se fait sentir jusqu'à environ cinq lieues au delà, ce qui permet aux vaisseaux d'outre-mer de remonter jusqu'à Chicoutimi, qui est le centre du grand 'commerce de bois de cette contrée.

La partie inférieure du Saguenay, c'est-à-dire depuis le St. Laurent jusqu'à la Baie des Ha ! Ha!, n'offre de terre arable que de loin en loin, et pas en quantité suffisante pour y implanter de nouveaux établissements. Eien n'égale cependant la beauté sauvage des rives du Saguenay dans cet espace de soixante milles, aussi est-il tous les étés le rendezvous des touristes de toutes les parties de FAmérique. La largeur moyenne de cette rivière ou plutôt de ce fleuve, car son nom en langue indienne signifie Bras de Mer, est de près de deux milles, sa profondeur varie de 90 à 147 brasses, et il- coule entre deux rives de granit, dont l'élévation souvent perpendiculaire varie de 200 à 1600 pieds.

Le territoire colonisable dn Sagueiiay ne commence donc à proprement parler qu'à la hauteur de la Baie des Ha ! Ha ! De là il s'étend dans une direction nord-ouest jusqu'à une distance de cent milles environ, sur une largeur moyenne de vingt à vingt-cinq milles de chaque côté de la rivière. A soixante milles de la Baie des Ha ! Ha !, se trouve le Lac St. Jean qui se jette dans le 8aguenay. Ce lac, qui est de forme presque circulaire, et qui a environ cent milles de tour, sert de réservoir à toute cette contrée ; dix grandes rivières accourant de toutes les directions lui apportent le^irs eaux, et rassemblent chaque printemps sur sa surface les bois de commerce abattus dans cette région durant l'hiver. Tout cela se précipite à l'extrémité nord-est du lac par deux énormes décharges qui se joignent à quekjue distance de là pour former le Saguenay.

A i'entour du Lac St. Jean, la vallée s'élargit considérablement dans toutes les directions, et avant longtemps les établissements des deux rives du Saguenay joindront leurs ramifications à l'extrémité nord-ouest du Lac.

La plus grande partie de ce territoire, sinon la totalité, est composée d'un sol argileux mêlé d'une légère quantité de sable, qui le rend friable et facile à ameublir ainsi qu'à égoutter. Jusqu'ici on y a €ultivé le blé, l'orge, le blé-d'inde (maïs) et les légumes à racines avec un succès étonnant et qui ne se dément pas. Le sol est propre à la culture de toutes les variétés de grains, mais on s'attache de préférence à celle du blé, parce qu'elle est plus rémunérative et qu'elle n'y a encore essuyé aucun revers.

Le climat est partout à peu près le même qu'à Québec, à l'exception cependant du plateau du Lac

St. Jean, où la température se rapproche plutôt de celle de Montréal, à raison des montagnes qui l'abritent à l'est et au nord.

Ainsi que nous l'avons mentionné précédemment, la population actuelle duSaguenay, qui s'est recrutée toute entière dans la province parmi les canadiens-français, est estimée à vingt mille âmes, et les plus anciens établissements agricoles de cette contrée datent à peine de vingt ans. Elle peut en contenir encore vingt fois autant : les colons se sont répandus un peu partout, grâce aux routes que le gouvernement y a fait ouvrir, et il y a de l'espace entre eux.

La partie sud-ouest du Saguenay est traversée par un chemin de trente lieues de longueur, qui commence à la Baie des Ha! Ha! et se prolonge jusqu'à la tête du Lac St. Jean. Un autre, qui est en voie de construction sur la rive nord, viendra rejoindre le premier en faisant le tour du Lac St Jean. Maintenant il y a pour l'été la ligne de navigation à vapeur entre Chicoutimi et Québec, et dans un an au plus un chemin de quarante lieues, percé en ligne presque droite à travers la forêt, reliera en toute saison la ville de Québec à la vallée du Lac St. Jean ; il est déjà ouvert sur moitié de son parcours. Le chemin actuel, qui longe le fleuve jusqu'à la Baie St. Paul, oblige de faire un détour considérable.

L'étendue des terres arpentées et disponibles dans le Saguenay est de (^16,600 acres. Le prix de ces terres est de vingt centins ou un franc l'acre.

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