‹ La Province de Québec et l'émigration européeneChapitre 8 sur 29 · CHEMIÎÏS A LISSES EN BOIS · texte numérisé non relu

CHEMIÎÏS A LISSES EN BOIS

Il est, croyons-nous, peu d'entreprises publiques destinées à rendre d'aussi grands services à la colonisation que les chemins à lisses en bois. Ces che* mins sont construits et fonctionnent de la même manière que les chemins de fer ordinaires, avec cette différence qu'ils sont un peu moins larges et que leurs lisses sont en bois franc, au lieu d'être en fer.

L'avantage essentiel qu'ils ont sur les chemin» de fer, c'est de coûter beaucoup moins cher que eeux-ci. Cela est dû à ce que leurs terrassements sont moins considérables, à ce qu'ils se plient plus facilement aux sinuosités de la route, et qu'ils peuvent gravir de fortes ondulations de terrain. L'étroitesse de leur voie permet de donner moins de rayon aux courbes du chemin, et par là de tourner aisément les obstacles, tandis que l'adhésion de la lisse de bois à la roue de fonte de l'engin donne à celui-ci une plus grande force pour franchir les élévations qui ne peuvent être évitées.

Les chemins à lisses de ce genre, à raison du bon marché de leur construction et de leur fonctionnement peu dispendieux, sont les seuls qui puissent être construits avec profit pour relier les nouveaux établissements avec les grands centres de population. L'idée de ces chemins nous est venue de nos voisins, qui, eux, l'ont empruntée à la Norvège. Il y a à peine deux ans qu'il en a été question pour la première fois dans la province, et déjà, grâce à la libéralité dont le govivernement a fait preuve à

l'égard de ce genre d'entreprises, pas moins de sept compagnies sont formées pour construire de ces chemins dans différentes parties de la province. Deux d'entr'elies, celle de Québec et celle de Sherbrooke, sont déjà à l'œuvre, le capital des cinq autres est en grande partie souscrit. Dans le cours de l'été prochain (1870), le chemin à lisses de Québec à Grosford, long de vingt-cinq milles, sera livré au trafic. Le coût total de l'entreprise, y compris l'outillage, engin à vapeur, waggons, etc., n'est que de $125,000, soit environ 25,000 francs par mille. Et nos chemins de fer coûtent en moyenne au moins $30,000, ou environ 150,000 francs par mille.

En vertu d'une loi votée l'an dernier par la Législature, un intérêt de trois pour cent par an est accordé par la province sur le coût de chaque mille de chemin à lisses en bois. En ce qui concerne ce subside de trois pour cent, le coût du mille est limité à cinq mille piastres, non compris les ponts de cent cinquante pieds et au-delà, qui donnent droit à un subside additionnel de trois pour cent, sur le coût de leur construction. Pour avoir droit au subside, le chemin doit être approuvé par le gouvernement, et n'avoir pas moins de quinze milles de longueur. La durée de ce subside est de vingt ans. Moyennant certaines formalités et conditions, il peut être capitalisé à six pour cent, et converti en effets publics négociables.

Les résultats déjà obtenus en si peu* de temps, à la faveur de cette législation libérale, nous mettent en droit d'espérer que des chemins à li«ses en bois seront construits avant longtemps partout où l'éloignement des marchés se fait sentir. Quand la population sera devenue plus dense et le trafic plus considérable, les lisses de fer remplaceront celles de bois.

TEREES PUBLiaïïES.

Les terres publiques sont sous le contrôle d'un des membres du gouvernement local, qui a le titre de Commissaire des Terres de la Couronne ; le siège principal de son département est à Québec, capitale de la province. Le Commissaire est représenté, partout où il y a des terres publiques à administrer, par des délégués connus sous le nom d'agents des terres de la Couronne. Les agents des terres sont au nombre de dix-huit. On trouvera dans l'Appendice un tableau des agences, indiquant les noms des agents, le lieu de leur résidence, et le nombre d'acres de terres arpentées dont ils peuvent disposer. Les pouvoirs de ces officiers sont très-étendus; c'est par eux que s'effectue la vente des bois dans les forêts et celle des terres à coloniser, smjet le tout à la ratification du Commissaire. Ce sont eux qui sont chargés de recevoir les deniers dus au gouvernement pour les terres publiques, et de veiller à l'accomplissement des conditions de vente.

La Province de Québec comprend un territoire de 202,000 milles en superficie ou 129,000,000 d'acres, dont 10,678,931 acres sont concédés en fiefs et en seigneuries, 8,950,953 concédés dans les townships en franc et commun soccage, et 6,400,359 acres divisés en lots de ferme actuellement disponibles ; restent 109,370,116 acres de terres non encore arpentées.

Les droits perçus sur la coupe des bois de commerce, joints au produit de la vente des terres

coloni sables, rapportent an trésor provincial un revenu annnel d'environ $400,000, qui va toujours croissant.

Nous allons d'abord dire un mot sur les bois et forêts, ou domaine non arpenté, ainsi que sur les mines dont la plus forte partie est encore en la possession du gouvernement, et nous passerons ensuite aux terres à coloniser.

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