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des pousses hâtives. Dans un brusque réveil, la nature généreuse semble accumuler ses pouvoirs fécondants pour recouvrir aussitôt le sol d’un décor estival. Alors surgissent comme par enchantement les violettes aux teintes variées, les orchidées de terre froide, les reines-marguerites et, de mois en mois, les tournesols, les lis tigrés et autres fleurs sauvages à foison. Des colibris, au dos d’émeraude et à gorge de rubis, y viennent butiner. D’autres oiseaux remplissent l’air de leurs chants. Les récoltes mürissantes, le susurrement des insectes nous annoncent bientôt le plein été: voici juillet.” (Ferdinand Van Bruyssel.)
La neige sert à tenir la terre chaude en hiver et à la fertiliser, parce que : 1° sa conductibilité étant très faible, lorsqu'elle couvre d’une couche épaisse la surface du sol, la température de ce dernier ne s’abaisse pas au-dessous du point de congélation, tandis que celle de l’air est beaucoup plus basse; 2° parce que la neige contient de l’acide carbonique, et même plus souvent des nitrates et de l’ammoniaque, substances azotées fertilisantes qui, lorsque la neige fond, pénètrent lentement dans le sol et s’insinuent dans les sillons et les mottes de terre. Enfin, la neige tempère la chaleur ardente de l’été en refroidissant les vents qui passent sur le sominet des montagnes; lorsqu'elle s’amasse dans les lieux élevés, elle sert, en fondant, à alimenter les rivières, qui se convertiraient en torrents dévastateurs ou en vastes lacs, si la même quantité d’eau leur arrivait sous forme de pluie, dans un temps trap court.
Il ne faut donc pas croire que la rigueur du climat canadien soit un obstacle à la culture des céréales,
des plantes fourragères, des racines et des fruits. Bien au contraire. La province de Québec est d’une fertilité exceptionnelle; la neige n'empêche nullement l'élevage ; le climat donne, au contraire, au bétail une vigueur remarquable qui contribue pour beaucoup à le préserver des épidémies. La neige donne en outre à la terre un repos absolu; au printemps, le dégel l'imbibe et la prépare admirablement pour la production, en développant naturellement les sucs les plus nutritifs qu'en Europe on est obligé de provoquer artificiellement.
Diverses plantes cultivées se développent plus facilement et prospèrent mieux par l'emploi de semences provenant d’altitudes polaires, que de graines qui ont müri dans des zones méridionales. Les graines de la plupart des végétaux augmentent jusqu'à un certain point en dimension et en poids, à mesure qu'on transporte ces végétaux dans le nord. Les graines des localités septentrionales germent plus promptement et mieux, et donnent naissance à des plantes plus vigoureuses et plus rustiques que les graines de provenance méridionale. Le pouvoir germinatif des graines du nord est incomparablement supérieur à celui des semences méridionales, non seulement par le nombre de graines aptes à germer, mais aussi par l’énergie avec laquelle la germination s'engage et par leur haut degré de pureté.
La province de Québec étant placée par sa situation géographique entre les 45e et 53e degrés de
latitude nord, et entre le 57e et le 80e degré de longitude ouest, offre donc une grande variété de terres arables douées d’un rare pouvoir fertilisant. Cependant, les défrichements agricoles y sont encore à peine parvenus au 49e parallèle.
Bon nombre de personnes habitant la province de Québec croient avoir remarqué des changements notables dans la température de ce pays, survenus à la suite des défrichements, qui ont été aussi considérables dans le dernier quart de siècle que dans presque tout un siècle antérieur. ‘“ Non seulement, dit M. Ulric Barthe, la physionomie du sol s’est transformée, mais encore l’atmosphère s’est modifiée sensiblement., Du reste, sur toute la surface du globe, la civilisation et le travail de l’homme transforment la nature. Déjà le Kilondyke, sous le 62e degré de latitude, a perdu de son aspect farouche, grâce à l'invasion de quelques 25 à 30 mille hommes; la Sibérie elle-même, métamorphosée par le transsibérien, apparaît déjà sous un jour différent. Ainsi en est-il des “ quelques arpents de neige ”’des bords du Saint-Laurent, comme on appelait le Canada au 18e siècle, destinés à devenir avant peu l’un des plus vastes champs de l’activité humaine, l’une des plus abondantes sources de production et de prospérité.”
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