L'AGRICULTURE
La grande masse de la population rurale tire sa subsistance de l'agrisulture ; l’industrie manufacturière est en grande partie concentrée dans les villes.
L'étendue moyenne des fermes est de quatre-vingt-dix arpents dans les seigneuries qui bordent le St. Laurent, et de 100 acres dans les nouveaux établissements situés dans les townships ou cantons ruraux. Sur une ferme de cette étendue un cultivateur industrieux vit avec sa famille dans une aisance inconnue au paysan européen, et trouve moyen de pourvoir à l'établissement de ses enfants.
La plupart des familles fabriquent elles-mêmes, avec le lin qu'elles culvivent, et la laine de leurs troupeaux, les étoffes nécessaires à leurs vêtements ordinaires. Il fut même un temps, qui n’est pas très-éloiyné, où les cultivateurs tenaient à honneur de fabriquer eux-mêines
jusqu’à leurs habits de fête. Il existe encore certaines localités dans lesquelles s’est conservée cette belle simplicité, à l'ombre de laquelle fleurit l’aisance et la naïveté des mœurs d'autrefois.
La suison d'été est consacrée aux travaux des champs, toute la famille y prend part; l'hiver, tandis que les hommes s'occupent à battre le grain, à soigner le bétail, à approvisionner la maison de bois de chauffage, les femmes préparent le lin et la laine pour le vêtement,
Dans les seigneuries où les terres valent en moyenne de deux à quatre mille piastres, le nombre des cultivateurs qui peuvent établir leurs enfants autour d'eux est somparativement restreint ; il n’y à guère
lieu de s'en étonner, si l’on songe que là plupart des familles se composent de dix à douze enfants. Assez souvent le père prendra le parti de vendre sa ferme, et de s'en aller sur les terres publiques qui lui sont offertes à un prix purement nominal, Aidé de son capital, en peu d'années il aure conquis sur la forêt un magnifique domaine, qu'il pourra léguer en héritage à ses enfants. Tantôt ce seront les fils, protégés dans leurs débuts par les économies du père, qui laisseront seuls la paroisse-natale, pour aller s'ébaucher un établissement dans les bois, et revenir quelques années plus tard se chercher une compagne. T'an-
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tôt ce seront des familles entières, chassées par les dettes et la misère, qui iront demander à la forêt un refuge et des jours meilleurs. Ainsi se déverse dans les townships le trop plein des vieilles paroisses, ainsi s'agrandit tous les jours le domaine agricole de la province.
La population des townships en général, moins routinière dans ses allures que celle des seigneuries, plus brisée aux affaires par les obsta-
cles qu’elle a eu à vaincre pour s'établir, se déplace plus volontiers
lorsqu'elle y trouve son compte. Un colon aura d‘friché le quart, la moitié d’une ferme; s’il se présente un acquéreur avec des offres avantageuses, vite il la lui vendra, pour aller recommencer un peu plus loin un nouvel établissement. Les premières récoltes qui suivent le défrichement étant extrêmement abondantes, il ne manque pas de gens qui font ainsi une grande partie de leur vie le métier de défricheurs; ils deviennent en peu de temps experts dans ce genre de travail, et s’y complaisent.
Un Européen arrivant en Canada, dans le dessein de se livrer à la culture, fera mieux d'acheter une ferme ainsi ébauchée que d'ouvrir une terre lui-même. Moyennant un prix assez modique, disons cinq à six cents piastres, il aura un lot de ferme de cent acres, dont quinze à vingt en culture, une maison et une grange, grossièrement construites, il est vrai, mais qui lui sufliront pour les premières années. Sur l’espace défriché il pourra, recueillir des grains pour sa subsistance, et s'il a bon courage, en peu de temps il aura doublé ses défrichements, et se trouvera à l'abri du besoin.