‹ La province de Québec, son organisation politique et administrative, ses ressources agricoles, minieres et industriellesChapitre 37 sur 77 · EXPLOITATION FORESTIERE · texte numérisé non relu

EXPLOITATION FORESTIERE

Il est encore absolument impossible d'établir exactement la superficie des terres forestières ou boisées du Canada ; on a pu, il est vrai, déterminer dernièrement l'étendue exacte de la province de Québec, en revisant des calculs antérieurs dont l'inexactitude a été finalement démontrée. Ainsi, on ne lui donnait généralement, dans les livres officiels et ceux qui s'en inspiraient, qu'une superficie d'environ 227,000 milles carrés, tandis qu'elle en comprenait réellement 241,460.

Ajoutons à ce chiffre 105,468 milles, qui représentent l'étendue de la nouvelle augmentation de territoire apportée au nord de la province par un décret du parlement fédéral, en date du 8 juillet 1896, et nous aurons le grand total de 346,928 milles carrés, à peu près autant que la superficie entière de la France et de la Prusse réunies. Portons approximativement, et en chiffres ronds, à 223,000 milles carrés l'étendue des terrains boisés, et nous verrons sur quel champ, pour ainsi dire infini, pourra encore s'exercer l'industrie forestière, durant une longue suite d'années.

Une bonne partie de la production qui, chaque année, est offerte sur les marcliés, provient des terres de la Couronne, dont les forêts subdivisées par lots dits, " limites" sont affermées au plus haut enchérisseur.

L'aire des forêts concédées pour la coupe, en 1898, comprenait 46,864 milles carrés environ. En l'année 1868, trente ans auparavant, on ne comptait que 1 7997 milles carrés livrés à l'exploitation des marchands de bois ; d'où l'on peut voir que cette exploitation est devenue, en trente années, une fois et demie plus considérable. Le total des " limites " concédées jusqu'en 1904, s'élève au chiffre de 58,605 milles carrés.

Dans les districts desservis par un chemin de fer s'établissent souvent des scieries à vapeur, d'oii les bois des alentours sont expédiés sous forme de madriers, de planches et de produits secondaires. C'est là un genre relativement moderne d'exploitation qui permet de tirer économiquement parti des "limites" éloignées des cours d'eau. Les demandes de bois manufacturé, augmentant sans cesse, ont donné aux " limites " une énorme valeur, partout où le transport du bois est aisé.

Le bail de ces limites est adjugé par encan, sur une mise à prix déterminée pour un mille carré. Les licences doivent être renouvelées chaque année et, outre le loyer, on paye annuellement une rente foncière fixée à deux dollars, (environ 10 francs) par mille en dehors du " droit de coupe," qui varie suivant la nature de l'arbre abattu.

Chaque hiver, 45000 à 50000 mille bûcherons se répandent dans la forêt pour le compte des grands commerçants de bois. Ceux-ci exploitent les sections de forêt mises aux enchères par le gouvernement provincial.

Grâce à la facilité de transport qu'offre la neige durcie sur le sol et les rivières gelées, les bois équarris sont réunis sur différents points pour former au printemps, lors de la débâcle, des radeaux de bois qui descendent les nombreux affluents des grandes rivières et gagnent les immenses chantiers de Québec, d'où a lieu l'exportation en Europe. Plusieurs centaines de navires sont employés régulièrement chaque année au transport des bois du Canada de l'autre côté de l'Atlantique.

Des précautions sévères ont été prises par le gouvernement de la province de Québec pour

prévenir le gaspillage de la coupe, et les dimensions au-dessous desquelles on ne peut pas couper les arbres, sont fixées par des règlements.

Quoique le marchand de bois s'avance de plus en plus, d'année en année, dans les forêts, il n'a pas encore atteint cependant la source des rivières Saint-Maurice, Saguenay et de leurs tributaires, ni celles des rivières de la vaste péninsule gaspésienne.

Du reste, si l'exploitation change la valeur de la forêt, elle n'en modifie guère l'aspect. Les spéculateurs ne la saccagent pas autant qu'on serait porté à le croire ; les frais de transport étant énormes, ils n'abattent que des arbres choisis sur de grands espaces ; tout le reste demeure intact et l'œil n'aperçoit d'abord aucune différence entre les portions exploitées et celles où le bûcheron n'a pas encore promené sa hache.

La vallée de l'Outaouais, dans son cours supérieur, est la plus riche de toutes les régions forestières canadiennes. A elle seule, elle fournit les trois cinquièmes des bois de de toute la province ; tous les ans elle occupe près de dix mille bûcherons.

" Le spectacle de la ville basse d'Ottawa

et de la ville de Hull, qui lui fait face, de l'autre côté de la rivière, est édifiant à cet égard. Ce ne sont, sur les rives, que chantiers immenses de bois débité ; dans l'eau, que troncs d'arbres attendant leur tour de passer à la scierie. Ces scieries, appelées dans le pays " moulins à bois ", fonctionnent jour et nuit, splendidement éclairées pendant la nuit par la lumière électrique. Les troncs d'arbres, flottés jusqu'à l'usine, sont agrippés par des crochets en fer qui les introduisent dans un engrenage dont ils ne sortent que complètement débités ". (George Kaiser)

Malgré l'immensité du domaine forestier de la province de Québec, on conçoit néanmoins qu'après un régime d'exploitation qui dure depuis près d'un siècle, certaines essences de bois ont dû considérablement diminuer. Il en est ainsi pour le pin, qui n'a échappé à une destruction complète que grâce à sa prodigieuse abondance et à l'impossibilité, jusqu'à aujourd'hui, de l'attaquer dans ses dernières retraites. On estime à 50,000 kilomètres carrés l'aire actuelle du pin dans la province de Québec.

Quelques années à peine se sont écoulées depuis l'époque où le pin blanc ou jaune, le

meilleur bois de construction du pays, se trouvait abondamment dans les districts relativement rapprochés des eaux navigables. Les exploitants en ces localités dédaignaient alors l'épinette blanche qui constitue maintenant leur principale ressource. Mais de même que la nature ne se lasse pas de produire, l'industrie humaine, pour ainsi dire mise en demeure de trouver de nouvelles ressources ou de périr, découvre précisément des éléments nouveaux d'exploitation et de richesse qu'elle avait dédaignés jusque-là. Ainsi apparaît aujourd'hui l'industrie de la " pulpe " qui se nourrit principalement des rebuts même des forêts et qui trouve à glaner prodigieusement sur un sol dépouillé des plus belles essences forestières. L'industrie de la pulpe de bois est appelée à des développements prodigieux, grâce à la matière première qui est en quelque sorte inépuisable. Nos vastes forêts d'arbres conifères sont d'une qualité supérieure et très recherchée sur les marchés anglais et américains. En effet, dès 1903, la pulpe canadienne se vendait en Angleterre au prix moyen de $24.80 la tonne, contre $10,77 P^^^ ^^^ produits Scandinaves. Avant que nous puissions entrer dans les

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développements que suggère l'apparition de cette industrie, devenue déjà d'une importance capitale en quelques années seulement, disons dès maintenant, pour l'édification du lecteur, qu'une seule région de la province de Québec peut fournir au delà de 500,000 tonnes de fibre de bois pour la fabrication du papier par année, et cela pendant un temps indéfini.

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