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VALEUR DE CES FORÊTS

Au point de vue du revenu provincial, il est facile de calculer cette valeur : il suffit de multiplier les différentes quantités par le chiffre du tarif qui s'y applique. Voici ce calcul :

Pin blanc .. 30,725,000 M $1.30 $39,942,500.00

Pin rouge. . .7,500,000 " à 0.80 6,000,000.00

Epinette . . 107,000,000 " à 0.65 69,550,000.00

Cyprès 10,000,000 " à 0.65 6,500,000.00

Sapin 500,000 " à 0.65 325,000.00

Pruche 200,000 " à 0.65 130,000.00

Bois francs. 1,110,000 " à 1.30 1,443,000.00

Bouleau... 10,175,000 " à 0.65 6,598,750.00

Peuplier... 10,265,000 " à 0.65 6,672,250.00

Bois à pulpe 745,493,077 cord. à 0.40 298,197,231.00

Traverses 730,000,000 pièc. à 0.02 14,600,000.00

Poteaux. . 17,5000,000 " à 0.05 875,000.00

Billes à bardeau 700.000 M à 0.65 455,000,00

rèdre carré 30,000,000 p. cub. à 0.02 600,000.00

$4Si»563,730oo

Retranchez un quinzième pour les forêts comprises dans les seigneuries ou détenues à d'autres titres par des particuliers, sur le bois desquelles le gouvernement ne reçoit pas de droits de coupe et il reste encore $420,459,482, ou assez pour donner un revenu de $4,214,594 par année durant plus de cent ans, pour la première coupe seulement.

L'épuisement des forêts des Etats-Unis explique, en grande partie, l'évolution dans la valeur des forêts des anciennes provinces du Canada. A défaut de pin, le marché de la Nouvelle-Angleterre a donné droit de cité à l'épinette. La même chose se produit depuis quelques années dans l'Etat de New- York et avant longtemps, il en sera de même sur le marché de Chicago, qui absorbe annuellement deux billions de pieds de bois débité.

" Aujourd'hui, plus de 75 pour cent de tous les papiers fabriqués en Amérique, ainsi que dans les pays les plus avancés de l'Europe, sont faits avec des pâtes de bois, et les procédés de

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fabrication sont tellement perfectionnés que ces papiers de bois sont supérieurs à ceux que l'on fait avec les autres fibres végétales, à ceux même que l'on fabrique avec les déchets de toile.

" Grâce à l'emploi du bois comme matière première pour la fabrication du papier, on a réduit le prix de cet article à sa plus simple expression, au tiers, même au quart de ce qu'il était il y a vingt ans, et c'est là tout le secret du livre et du journal à bon marché que nous avons depuis quelques années. Quand le papier à imprimer coûtait six, huit et même douze sous la livre, l'abonnement au moindre journal quotidien était de cinq ou six dollars par année ; mais ce chiffre est tombé de moitié depuis que les éditeurs de journaux, grâce à l'emploi des pâtes de bois, peuvent se procurer un bon papier pour moins de trois centins la livre. Il en est de même pour les livres. Quand le papier pour les imprimer se vendait jusqu'à douze centins et plus, le coût d'un volume de 400 à 500 pages montait bien vite à 40 ou 50 centins, seulement pour le papier ; mais depuis que l'emploi des pâtes de bois a permis de livrer cet article aux imprimeurs pour quatre ou

cinq sous, le prix des livres a tellement baissé, que l'on peut aujourd'hui détailler pour une dizaine de sous un volume d'un format respectable, surtout quand le tirage est un peu considérable." (J. C. Langelier.)

L'impulsion que cette découverte a donnée à l'imprimerie, ainsi qu'à la diffusion des journaux et des livres, est peut-être l'un des événements les plus remarquables de notre époque.

Introduite plus tard aux Etats-Unis et au Canada, l'industrie de la pulpe y a fait de rapides progrès. C'est l'Etat de New- York qui est à la tête des Etats manufacturiers de l'Union américaine ; après lui viennent, par ordre d'importance, le Maine, le New-Hampshire, le Vermont, le Connecticut, le Michigan et le Wisconsin, outre quelques fabriques dans l'Orégon, le Washington et autres Etats.

Dans la province de Québec, le nombre de fabriques augmente tous les ans et l'on peut dire que cette industrie, il y a quelques années encore inconnue, est aujourd'hui l'une des plus florissantes.

Les forêts d'épinette du nord des Etats- Unis s'épuisent rapidement et déjà les Améri-

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cains se préoccupent de restreindre l'exportation du bois à pulpe, de crainte de n'avoir plus bientôt d'autres ressources que dans les forêts du Canada.

A l'exception peut-être de la Sibérie, les forêts d'épinette du Canada sont les plus vastes du monde , on les trouve partout, du Pacifique à l'iVtlantique, excepté sur les prairies. L'abattage du bois à pulpe active le déboisement de la Suède, de la Norvège et de la Russie septentrionale. La Norvège a déjà imposé un droit d'exportation, que les commerçants s'ingénient à éluder. En Allemagne et en Autriche, on ménage les forêts, on ne consomme que l'excédent de la pousse annuelle. De même fait la France, dont les fabricants de papier importent le bois à pulpe et la pulpe de bois également.

On trouve aujourd'hui en Angleterre que la pulpe canadienne est décidément supérieure à celle de la Norvège et à celle de la Suède ; les fibres en sont plus fermes et plus délicates à la fois, et les prix qu'elle commande sont plus élevés.

L'Australie consomme beaucoup de papier à écrire ; elle en tire des Etats-Unis et de la

Grande-Bretagne pour plus de deux millions de dollars par année.

L'épinette blanche ou noire et le sapin sont les essences les plus précieuses pour la fabrication de la pulpe, tant à cause des quali. tés spéciales de leur fibre que de leur couleur. Ces bois comparativement tendres se laissent facilement défibrer par les meules. Le peuplier et le tremble ont aussi cette propriété, mais ils contiennent presque toujours des nœuds et des veines noires qui gâtent la couleur du papier. Le pin ne s'emploie que dans la fabrication de la pulpe chimique. La pâte qu'il donne est bonne, mais les procédés requis pour la blanchir sont comparativement dispendieux. D'ailleurs, ce bois est d'un prix trop élevé pour entrer avantageusement comme matière première dans l'industrie du papier. Au point où en est rendu le prix du papier, il faut absolument des bois de peu de valeur aux fabricants de pulpe, et c'est pour cette raison que l'épinette et le sapin constituent les matériaux les plus avantageux, on peut même dire les plus indispensables à l'industrie de la pulpe.

A part les qualités inhérentes à la matière première elle-même et qui déterminent le choix

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des essences à employer, deux autres conditions sont indispensables au succès de l'industrie de la pulpe : ce sont de forts pouvoirs hydrauliques et la main-d'œuvre à bon marché. Pour mettre en marche une usine capable de produire de 25 à 30 tonnes de pulpe moulue par 24 heures, il faut une force motrice de 2,500 à 3,000 chevaux-vapeur. La production de cette force motrice au moyen de la vapeur serait d'un prix trop élevé et, en pratique, il est reconnu que la pulpe ne peut se fabriquer avantageusement que dans les endroits où l'eau peut fournir le pouvoir moteur.

Le bas prix relatif de la main-d'œuvre est aussi une condition essentielle au succès de cette industrie qui exige un grand nombre d'ouvriers, comparativement à la valeur de l'article fabriqué.

Ces trois éléments essentiels se trouvent réunis plus que partout ailleurs dans la province de Québec, qui possède en quantité illimitée les meilleurs bois, qui a les plus grands pouvoirs d'eau et qui peut fournir une maind'œuvre à aussi bon marché que la Suède et la Norvège ; grâce aux facilités de transport qu'offrent nos belles et nombreuses rivières, le coût

Chutes Oniatcliouan

du bois serait aussi bas, sinon plus bas que dans la Scandinavie.

Dans son rapport pour 1901, le statisticien officiel déclare qu'il existe, en Canada, 35 manufactures de pâte de bois pour la fabrication du papier, qu'il a été employé 240,989 tonnes de bois dans cette industrie, ayant rapporté $4,382,582 soit près de 22,000,000 de francs.

Quand on réalise que, 10 ans auparavant, les manufactures ne donnaient qu'un rendement de 5,000,000 francs, il est facile de se rendre compte du développement de cette industrie, qui s'est si bien implantée dans la province de Québec en particulier.

Une partie de la production a servi pour la consommation locale. Il n'en a été exporté que pour 12,555,820 francs en Angleterre et aux Etats-Unis. Les autres pays n'en ont pris que pour 6,500 francs.

Si l'on consulte les rapports officiels, il est facile de se rendre compte de la marche ascendante du commerce d'exportation de la pulpe.

1890 $167,000 1900 |i,8i6,ooo 1^95 530)090 1902 2,046,000

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