VILLES DE MOINDRE IMPORTANCE
A part les deux villes très importantes de Québec et de Montréal, il y a encore plusieurs villes dans la Province, qui, quoique de proportions moindres, contiennent des populations industrieuses et prospères de dix à quinze milles âmes, où les industries et les manufactures font d'admirables affaires. Dans ce nombre, on doit surtout mentionner Sherbrooke et St. Hyacinthe dans les cantons de l'est ; Lévis, Trois-Rivières et Sorel sur le St. Laurent et Hull sur la rivière Ottawa.
La ville de Sherbrooke est l'une des villes les plus entreprenantes et florissantes de la Province. Elle compte une population d'à peu près 13,000 âmes, autant anglaise que française. Elle est située sur la rivière Magog près des frontières américaines, à. 100 milles au sud-est de Montréal. C'est le centre d'affaires de la région populeuse et fertile qu'on nomme les cantons de l'Est. Parmi ses industries, il y a un grand nombre de manufactures de tissus de laine et de coton, machineries, haches, sceaux, etc., à part des scieries, brasseries etc. Elle a son tramway électrique, des banques et
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plusieurs autres institutions publiques. La Banque des Cantons de l'Est a son bureau principal à Sherbrooke.
La ville de St-Hyacinthe, avec une population de près de 14,000 milles âmes, en grande partie canadienne française est aussi un centre industriel très important.
Parmi ses principales industries sont les tanneries, manufactures de chaussures, d'instruments agricoles, d'orgues, d'engins à vapeur, de portes et châssis, de voitures, de corsets, des filatures, etc. Par suite de la fertilité de la campagne environnante, son marché est abondamment fourni des meilleurs produits de l'agriculture et le public acheteur y vient de partout.
La ville de Trois-Rivières située à mi-chemin entre Québec et Montréal, sur la rive nord du St-Laurent, à l'embouchure de la rivière St-]\Iaurice, est une des villes les plus anciennes et des plus intéressantes du Canada. Fondée en 1634, elle fut sous le régime français, un des postes très importants du pays pour la traite de la fourrure. Aujourd'hui, c'est un des grands centres de l'industrie du bois dans la Province ; elle a aussi plusieurs manufac-
tures et une industrie spéciale des plus prospères dans la fabrication du fer en gueuse aux forges de Radnor. Son port est spacieux et accessible aux transatlantiques.
La ville de Hull avec sa population de 23,000 habitants est un autre grand centre manufacturier, où l'on fait le plus grand commerce de bois de la Province ; elle est renommée pour ses grandes scieries et ses fabriques de papier, ses manufactures d'allumettes et de seaux, etc. Elle est située sur la rivière Ottawa et près des chûtes de la Chaudière, qui, pour beaucoup de personnes, sont aussi importantes et belles que celles de Niagara.
Après avoir fait connaître les ressources du pays et montré la large part que prend l'administration pour aider le cultivateur et le colon qui s'installe sur une terre vierge, il n'est peut-être pas sans intérêt de révéler au lecteur le caractère de la population qui habite cette immense province de Québec et de laisser entrevoir à ceux qui seraient tentés de venir s'y établir, le milieu dans lequel ils auraient à passer leur existence.
Pour ne pas être accusé de partialité, l'auteur se gardera de rendre son propre jugement et il ne citera que quelques opinions, cueillies au hasard entre mille, opinions d'hommes n'ayant aucun intérêt à décerner des éloges à la
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population canadienne-française, qui est, comme il a déjà été dit, l'immense majorité dans la plus ancienne province du Canada.
Et d'abord la presse anglaise d'Ontario, qui ne se pique pas de sympathie pour les Canadiens-français, ne peut cependant nier leurs progrès. Un journal de Toronto, le Mail^ terminait ainsi un de ses articles :
" Nous nous plaignons, non sans raison, de nous sentir envahis par nos voisins ; mais au lieu de nous répandre en plaintes stériles et en invectives irritées et irritantes, observons ce qu'ils font, et faisons en même temps un retour sur nous-mêmes. Il est inutile de chercher à conquérir par la violence ou par des règlements, ce que l'on peut acquérir par la raison et par le travail ; si les Canadiens fondent des établissements agricoles prospères, s'ils réussissent mieux que nos cultivateurs à y vivre heureux et contents, c'est qu'ils ont sans doute quelques procédés ou quelques qualités qui sont cause de leurs succès. Pour nous, il nous semble qu'ils sont plus sobres que les nôtres, plus économes aussi de leur argent, et en même temps moins économes de leur travail et de leurs soins ; ils recherchent
moins les distractions hors de leurs familles ; ils ont enfin plus de modération dans les habitudes de leur vie, dans leurs désirs et dans leurs visées."
Dans son ouvrage "les Canadiens français, " un littérateur anglais, M. Nicholson, s'exprime ainsi après avoir vanté diverses qualités du Canadien français,
"Mais il est une qualité que le touriste découvre chez lui parcequ'elle est la première à se trahir : c'est la politesse.
" Il est bien de la même souche que ces vieux gentilshommes de France qui, se trouvant face à face avec une armée anglaise rangée eu bataille, levaient poliment leurs chapeaux et, avec un profond salut jusqu'au niveau de leurs selles, priaient messieurs les Anglais de leur faire l'honneur de tirer les premiers, proposition archi-courtoise qui, disons-le, à l'honneur des Anglais, ne fut pas acceptée, de sorte que de part et d'autre, on fit feu simultanément. Soit que vous visitiez les manoirs seigneuriaux, la résidence ou le douillet foyer de l'artisan aisé; que vous vous trouviez au milieu de la population grouillante d'un des grands centres d'activité commerciale, ou bien
au seuil de la modeste, mais pittoresque " maison d'habitant," loin du vacarme enfiévré des villes : partout c'est la courtoisie, ce sont les belles manières de ce peuple qui tout d'abord sautent aux yeux du visiteur frais arrivé des provinces voisines. Détail sans importance peut-être aux yeux de quelques-uns ; mais les Anglais de Québec, qui y résident en permanence, savent que cette bagatelle n'est pas l'un des moindres éléments de la cordialité et de la bonne entente qui régnent entre les deux races dans leurs mutuelles relations sociales et commerciales.
"La courtoisie dont il est question ne procède pas tant de la crainte de commettre un faux pas devant le monde que du désir de faire plaisir aux autres, ou comme une manière de leur dire : " Faites comme si vous étiez chez vous," au prix même de quelque sacrifice de ses propres habitudes ou de ses goûts personnels. Voilà ce qui fait de votre rencontre avec un Canadien français, une chose dont on aime à se souvenir. Vous Pavez trouvé si oblL géant, et avec cela si peu gênant, que, lorsque vous êtes forcé de lui dire adieu, vous regrettez de ne pouvoir dire plutôt au revoir.
" L'hospitalité du Canadien français marche de pair avec sa courtoisie. De fait, ces deux qualités ne surgissent-elles pas de la même source ? Si pauvre qu'il puisse être, le Canadien français est toujours prêt à partager son dernier verre de vin, son dernier morceau de viande ou de pain avec son prochain, surtout si celui-ci est encore plus pauvie que lui-même. Ht il y met tant de modeste bonne grâce, il donne de si bon cœur, non avec les façons de l'homme qui accorde une faveur, mais au contraire comme si on lui faisait un honneur en acceptant son hospitalité.
Enfin M. René Doumic dit :
" Voici seulement deux points qui m'ont semblé apparaître en toute évidence chez le Canadien français.
Le premier a rapport à l'âme même du peuple canadien. Le Canada est une force de tradition. C'est par là qu'il m'a tout de suite conquis. J'y ai vu une image de la France d'autrefois, telle que l'avaient formée le lent travail des siècles et le secours des institutions nationales. Nos mœurs, nos coutumes, notre esprit de famille, notre sentiment religieux, se sont conservés là-bas, mieux et plus
purement que chez nous. Pour comprendre certains traits de notre histoire et rentrer en communion avec notre passé, il est indispensable d'aller au Canada. Des choses mortes ailleurs et que nous ne retrouvons plus que par un effort de mémoire et d'imagination, sont là-bas vivantes. C'est là qu'est la force de la nation canadienne-française. Elle ne peut continuer d'être elle-même et résister à la pression du milieu anglais qu'en restant fidèle à sa tradition.
" L'autre est relatif aux rapports littéraires de la France et du Canada. Les Canadiens ont conservé notre langue. Ils la parlent, ils l'écrivent ; cela leur fait honneur et cela nous fait honneur. "
Ces opinions que nous pourrions multiplier à l'infini, ne laissent-elles pas entrevoir la réalisation de la parole de l'homme politique éminent qui préside aux destinées du Canada depuis lo ans. ?
Si le 19e siècle, disait récemment M.
Laurier, a été le siècle des Etats-Unis, le 20e siècle sera celui de mon pays, le Canada.