CHAPITRE XIII
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APRÈS la démission de L,afontaine, on se demandait qui serait aj^pelé à former le ' nouveau ministère. Sans doute aucun
; nom ne s'imposait d'une manière absolue, et [pourtant le choix que fit Elgin de j\I. Hincks t causa quelque surprise. M. Hincks passait pour un financier habile et un politicien rusé, coMuaissant à fond le secret et l'art de mener les hommes. Il s'allia à M. A.-N. }^Iorin qui, évidemment, était parmi les Canadiens-français l'homme le plus en vue; celui-ci s'unit à M:M. E.-P. Taché et R.-E. Caron. Ce fut à vrai dire un ministère de coalition, car M. Hincks, opportuniste et prêt aux concessions, invita MM. Rolph etCameron, deux des chefs du parti remuant des clear grits^ à faire partie du cabinet.
M. ]\Iorin était un homme faible et timide ; il manquait d'énergie et avait toujours joué un rôle effacé. Il n'eut jamais de drapeau à
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lui et s'enrôla tantôt sous la bannière de Papineau, tantôt sous celle de Lafontaine. Il était de ces hommes dont on dit qu'ils sont nés disciples ; aussi, quoique doué de très grandes qualités, son rôle politique ne fut pas aussi .grand que son rôle judiciaire.
Le 28 octobre 1851, le nouveau ministère avait été assermenté ; le 6 novembre le parlement fut dissous et les élections générales se firent dans les deux mois suivants.
Le nouveau parlement, qui était le quatrième de l'Union, s'ouvrit à Québec le 19 août 1852. On y vit quelques figures nouvelles, parmi lesquelles celles de J.-C. Chapais, U.-J. Tessier. , L.-V. Sicotte, George Brown. Papineau avait subi une défaite à Montréal, mais le comté des Deux-Montagnes étant devenu vacant peuj après, il s'y fit élire.
Le nouveau gouvernement, quoique rempli apparemment des meilleures intentions, devait) se préparer à une forte opposition. Des hommes comme Cauchon, J. A. Macdonald, George Brown, Papineau, étaient de ceux avec qui il faut compter ; aussi, les esprits clairvoyants de l'époque durent prévoir qu'un gouverne-i ment composé comme l'était celui de M. Hincksi ne pouvait être de longue durée.
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Le discours du trône annonçait qu'on allait s'occuper de la tenure seigneuriale et de l'augmentation de la représentation nationale, de l'extension du suffrage, de l'agriculture et de la colonisation, de l'établissement d'un service de paquebots reliant l'Angleterre au Canada. Le ministère, toutefois, comme tout ministère de coalition, restait impopulaire.
George Brown fut un de ses plus violents adversaires, bien que ses amis MM. Rolpli et Cameron en fissent partie. Il arbora ouvertement et franchement le drapeau anti-catholique et anti-français, et c'est à lui et à son organe le Globe que l'on doit l'existence dans le Haut- Canada d'un parti hostile à tout ce qui touche les intérêts religieux et français de la province de Québec.
Cette session fut ajournée le 10 novembre 1852, pour reprendre le 15 février 1853.
Au commencement de l'année 1852, ^L Hincks s'était rendu en Angleterre pour s'entendre avec les autorités impériales au sujet de la construction de l'Intercolonial ; on adopta finalement le tracé qui existe aujourd'hui ; on ne doit pas oublier que ce chemin, construit plusieurs années après, était tout spécialement destiné à des fins militaires. ]\L Hincks qui,
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comme nous l'avons dit, était très versé dans ! les affaires financières, élabora à Londres le 1 projet de construction du chemin de fer du Grand Tronc ; il réussit à engager un grand nombre de capitalistes anglais à placer des fonds dans cette vaste entreprise. Le résultat fut désastreux ; le chemin coûta beaucoup plus qu'on ne l'avait estimé, à cause, prétendon, de la guerre de Crimée, et les pertes furent énormes. Il éclata quelques années plus tard, au sujet de cette entreprise des révélations dont se ressent encore la mémoire de M. Hincks.
La première partie de la session n'avait pas été féconde en résultats pratiques, mais à la reprise des séances, on expédia beaucoup de besogne. I\L Hincks était un homme d'affaires dans la vraie acception du mot. Il faut admettre que les trois années de son ministère furent marquées par un regain d'activité et de prospérité dans tout le pays. Les chemins de fer ; reçurent tout particulièrement l'attention du ; gouvernement. On y consacra 21 millions de | dollars.
La principale mesure qui occupa l'attention ! de la Chambre à cette seconde partie de la , session fut celle de la représentation nationale. ;' Lafontaine avait échoué j)lusieurs fois dans
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ses efforts pour faire accepter par la Chambre } le principe de l'augmentation de la représentation. M. Morin, qui fut le parrain de cette * mesure sous le ministère Hincks, réussit enfin | à obtenir le nombre de voix nécessaires — les f deux tiers — pour que le projet devînt loi. La | représentation fut portée à 130 députés, soit;/ 65 pour chaque province.
Des hommes distingués comme George Brown, J. A. Macdonald, votèrent contre le projet. Brown combattait toujours pour le principe de la représentation d'après la population ; or, la province du Haut-Canada avait déjà à cette époque, à ce qu'il semble, une population excédant celle du Bas-Canada de 60,000. D'après ce principe, le Haut-Canada aurait donc eu droit à un nombre de députés plus considérable que le Bas-Canada. Il est clair que cela n'eut pas été juste pour le Bas- Canada qui, avec un excédent de plusieurs cents mille habitants, n'avait eu jusque-là qu'une représentation égale à celle du Haut- Canada. C'est ce que IM. Dent, bien que peu sympathique aux Canadiens-français, admet lui-même.
Une mesure de première importance pour le Haut-Canada fut adoptée sous le nom d'à acte
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d'emprunt municipal.)) Cette loi permettait aux municipalités d'emprunter sur la garantie du gouvernement. Le Haut-Canada emprunta ainsi jusqu'à six millions de dollars. Deux ans plus tard, on devait adopter une semblable loi pour le Bas-Canada.
Le parlement impérial rapporta la clause de l'Acte de l'Union concernant la constitution des Chambres et autorisa la législature à la chang-er. Il s'ag-issait de rendre électif le conseil légisiatif. On créa à cet effet soixante divisions électorales. Dans cet acte impérial qui donnait à la législature coloniale le droit de changer sa constitution — ce qui, en passant, était reconnaître au pays le droit de se gouverner lui-même — on avait ajouté quelques mots qui autorisaient la législature à augmenter le nombre de ses représentants sur le simple vote de la majorité de la Chambre. Ces mots, qu'une main mystérieuse et hostile avait glissés, détruisaient ce qui, dans l'acte d'Union, était la seule sauvegarde du Bas-Canada.
Papin-eau, toujours imbu d'idées progressistes, proposa pour les élections populaires le vote au scrutin secret. Ce projet venu avant l'heure échoua misérablement.
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Le 15 juin 1S53, ^^^ Chambres furent prorogées.
Quelque temps auparavant on avait appris que les autorités impériales avaient enfin autoirisé le gouvernement colonial à régler défini- I tivement la question des réserves du clergé ; ' on y apportait cependant une restriction ; les membres du clergé, recevant des salaires à même les revenus des terres, continuaient à jouir de ces revenus.
En apprenant la nouvelle, un grand nombre de députés crurent qu'on se déciderait enfin à se débarrasser de l'ennuyeuse question. Il n'en fut rien. Cela fit mettre en doute la sincérité du gouvernement, qui fut dénoncé avec la plus I grande violence par Brown.
Le ministère Hincks n'avait pas non plus réussi à faire faire un pas de plus à cette autre question épineuse de l'abolition de la tenure seigneuriale au Bas-Canada. Un député, M. Dr um moud, avait bien proposé une loi facilitant le rachat des droits seigneuriaux, et définissant plus clairement les droits des seigneurs, mais ce projet de loi échoua au conseil législatif. Quoique le ministère ne fut pas fautif, il n'en souffrit pas moins, en sorte que ce fut encore ces deux interminables questions