IV. — LISTE DES GOUVERNEURS DE PROVINCE EN
(d'après l'Almanach royalj.
Paris. — Le dut- de Clievreuse.
Ile-de-France. — Le duc de Tiesmc.
Picardie et Artois. — Le duc de Cliaulnes.
BoLLON>ois. — Le duc d'Aumont.
CiiAMPACSE et Brie. — Le comte de Clermont.
BoiRGOGNE. — Le prince de Coudé.
Dauphiné. — Le duc d'Orléans.
Provence. — Le duc de Villars.
-Laxcuedoc. — Le comte d'Eu.
Foix. — Le marquis de Ségur.
RoissiLLON. — Le maréchal de Noaillcs.
- Navarre et Béarn. — Le duc de Gramont. -Guyenne et Gascogne. — Le maréchal duc de Richelieu.
Angoimois et Saintonge. — Le duc de Crussol.
La Rochelle et Alnis. — Le maréchal de Senecterre.
Poitou. — Le prince de Conti.
Bretagne. — Le duc de Pentliiévre.
Normandie. — Le maréciial duc de Luxembourg.
Le Havre-degrace. — Le comte de Vaientinois.
Maine, Perche et Lavai.. — Le marquis de la Tour du Pin.
Orléanais. — Le comte de Rochechouart.
NivERNOis. — Le duc de Nevers.
Bolrdonnois. — Le comte de Peyre.
Lyonnais, Forez et Beaujolais. — Le duc de Villeroy.
Auvergne. — Le duc de Bouillon.
Limousin. — Le duc de Filz-James.
Marche. — Le marquis de la Salle.
Berry. — Le comte de Pcrigord.
TouRAiNE. — Le duc de ChoiscuL
Anjou. — Le prince de l.ambesc
Saumur et Saumurois — Le marquis d'Aubigné.
Flandre et Hainaut. — Le maréchal de Soubise.
Metz et Pays Messin. — Le maréchal d'Estrécs.
Lorraine et Barrois. — Le duc de Fleury.
TouL et Tol'lois. — Le marquis du Chastelet-Lonionl.
Alsace. — Le maréchal de Maillebois.
Franche-Comté. — Le maréchal duc de Duras.
V. — LE MARQUIS DE SÉVIGNÉ LIEUTENANT DE ROI ET LE SECRÉTAIRE DU GOUVERNEUR DE BRETAGNE.
Le lils de la marquise de Sévigné, qui a laissé un renom d'onkier étourdi, mais doué de courage, d'esprit et de cœur, se consola de n'avoir pu être nommé député des États de Bretagne à la cour, en achetant en 1693, moyennant 180,000 francs, la clTarge de lieutenant do roi au gouvernement de Bretagne , pour la circonscription de Nantes. En celte qualité, il entretint avec le secrétaire du comte de Toulouse, gouverneur de la province, une correspondance suivie, qui, si nous en jugeons par les lettres du secrétaire, conservées au\ archives nationales ^, portait non seulement sur les affaires d'administration, mais sur des questions littéraires et personnelles.
Ce secrétaire, Trousset de Valincour était un littérateur aimable, qui fut l'ami de Racine et de Boileau. Il reçut de Boileau la dédicace de son épitre sur l'honneur; il remplaça Racine à l'Académie française et dans ses fonctions d'historiographe du roi. Cet écrivain, que Saint-Simon qualitîe d'homme d'infiniment d'esprit et de grand homme de bien*, prenait au sérieux ses devoirs de secrétaire des commandements du comte de Toulouse. Déjà secrétaire général de la Marine, il sait combien il importe d'être bien renseigné sur toutes choses. Aussi demande-t-il des renseignements circonstanciés sur tout ce qui concerne la Bretagne, afin de donner au gouverneur « une connaissance aussi exacte de la province que s'il y était né^. » C'est surtout avec l'intendant et les lieutenants de roi qu'il correspond. Il fait un grand éloge de l'intendant de Nointel, à qui le gouverneur rend justice en réprimant une insolence qu'on lui avait faite; il le trouve digne d'être nommé conseiller
1. Lettres (le d(>9j à 1<>97. Arcliives nationales, KK. 1103. •2. Saint- inion, Mémoires, éd. Boislisie, t. VI, p. 17!» à 181. 3. Le comte de Toulouse avait alors dix-huit ans.
d'État , et il écrit à Sévigné : « Je ne serai jamais si bien qu'entre les mains de M. de Nointel et les vôtres. »
La correspondance s'active au moment des sessions des états. Sévigné rend compte des débats et principaux incidents des états de 1697; il exerce en même temps une hospitalité digne de son rang; il prend part aux fêtes et aux festins qui sont dans la tradition. « Pendant que vous êtes en train, lui écrit Valincour, d'être loué sur votre politesse et votre noble magnificence à Nantes , aux Rochers et partout ailleurs, je veux vous louer de la description que vous faites de la grande et terrible journée des 48,000 francs. » C'était la journée où l'on avait discuté et voté les gratifications. Une autre fois, il lui parle « de ses festins réciproques qui, pour être faits entre des évêques, ne paraissent pas davantage ressembler aux agapes des premiers chrétiens ». Il existe une certaine familiarité entre les deux correspondants, car Valincour écrit au marquis, la môme année : « C'est une grande innocence que de me demander le lieu des états, comme si je ne vous avais pas dit vingt fois que c'était Vitré. »
Ce ton contraste avec celui qu'il emploie en écrivant à M. de Guemadeuc, gouverneur de Saint-Malo, qui ne veut pas céder son logement à la citadelle pour le casernement d'une compagnie. « Trouvez bon, lui dit-il, que je vous supplie que j'ai l'honneur de vous confirmer que vous ferez un très sensible plaisir (à Son Altesse Sérénissime le gouverneur] de vouloir bien trouver les moyens de retirer cette compagnie dans le château et d'en décharger la communauté, envers qui elle veut que vous ayez le mérite de cette action sans qu'elle (S. A. S.) paraisse y avoir aucune part. » Valincour ne se contente pas de cet exorde, dont l'entortillement obséquieux a dû le faire sourire; il insiste beaucoup, en disant à Guemadeuc que les habitants sont persuadés qu'il n'a pas pour eux la bonté et l'amitié qu'ils croient mériter de lui , et qu'ils seraient ramenés par la moindre démarche. La conciliation, comme nous l'avons vu, est une des attributions les plus méritoires d'un gouverneur de province. En 1696, un
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conflit s'était élevé entre la ville et le gouvcrneLir de Saint- Malo, pour la nomination dun maître des hautes armes, « Il faut, dit Valincour, tâcher de trouver des tempéraments qui conviennent aux uns et aux autres. » Il était d'usage que ce gouverneur intervînt dans cette nomination, et le secrétaire suggérait cà la ville d'insister en faveur de son candidat auprès du gouverneur, afin que celui-ci conservât l'apparence de son droit.
Le marquis de Sévigné avait eu également, en sa qualité de lieutenant de roi, des difficultés avec le gouverneur de Nantes, qui ne lui avait envoyé à l'ordre que les trois premiers jours de sa résidence dans la ville. Le gouverneur de Bretagne décida qu'on lui enverrait à l'ordre tant qu'il resterait à Nantes. Valincour spécifie une autre fois, d'une manière détaillée, quelles sont les attributions du lieutenant de roi, qui pouvait commander à la milice et aux gens de guerre, de préférence au maire. Il discute ailleurs avec Sévigné la grave question de savoir si c'est lui ou l'évèque qui doit présider à la soutenance des thèses, en l'absence du gouverneur, et quelles sont les autorités qui ont droit dans ces cérémonies à des fauteuils et à des sièges à dos*.
Valincour lui-même est en conflits avec le secrétaire du lieutenant général de Lavardin, qui réclamait une allocation de 2,000 francs sur les étapes. « La somme est trop modique pour être contestée, disait-il; je veux seulement savoir mon droit et le soutenir... Mais je la lui donnerai de tout cœur, s'il en a si fort envie. » Lavardin prit parti pour son secrétaire. De là des difficultés de tout genre. «Je suis accoutumé depuis deux mois, écrit le correspondant de Sévigné, à des pi^océdés et à des plaintes continuelles sur les choses les plus légères et les plus innocentes. Il faut prendre les hommes comme Dieu les a faits. »
Le secr(''taire du gouverneur n'écrit pas seulement à Sé-
I. Nous avons vu plus haut (page 38), comment il avait réglé la grande question de la priorité de l'encensement entre les deux i)remiers ordres des états de Bretagne.
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vigne; il est en relations avec le premier président, le procureur général, Tintendant, les procureurs syndics; sa correspondance porte sur les sujets les plus divers, depuis le brevet des lods et ventes jusqu'à l'exemption du ban et de Tarl'ière-ban ; depuis des recommandations demandées à des gentilshommes et à des dames de qualité , jusqu'à des offres de chiens de chasse faites par le président de la Chambre des comptes de Rennes au gouverneur. Avec le marquis de Sévigné, Valincour échange des impressions littéraires', il émaille ses lettres de citations latines, les agrémente d'anecdotes de cour, il disserte sur Dacier et Guy Patin. En sa qualité de lettré , il se préoccupe de papiers de Descartes que sa nièce, demeurant à Rennes, devait rechercher et qu'elle n'a pu retrouver dans le cabinet de feu son oncle 2. Ajoutons, à son éloge, qu'il est intègre, et qu'il refuse « d'entrer dans des affaires où il pourrait lui revenir de l'argent^.). Ses lettres ne révèlent pas toujours en lui, « l'homme doux, gai, salé, » que Saint-Simon a connu; mais ne contredisent pas le renom de grand homme de bien que lui décerne le célèbre et peu bienveillant annaliste.
1. Voir son appréciation sur les travaux historiques des bénédictins, j)ase 148.