ACTE TROISIÈME
ARDISSON, souriant.
Les vois-tu, elle et lui, blottis dans la voiture fermée, sous le viaduc du chemin de fer, puis baissant les stores comme madame Bovary et Rodolphe pendant la fameuse promenade en fiacre... et en avant! fouette cocher!... Le ravissant couple : Rodolphe et madame Bovary !
GEORGES, qui n'a entendu que les derniers mois, avec une fureur soudaine.
Si tu crois que je les retienne... Qu'ils aillent au diable!... Je les laisse bien libres !...
ARDISSON, le regardant avec stupéfaction.
Sais-tu que tu me fais peur!
GEORGES, amèrement.
Va, je ne fais pas peur à tout le monde.
ARDISSON
Mais qu'est-ce que tu as ?... Tu commences à m'inquiéler sérieusement... (cn temps.) Ta femme est chez elle?
GEORGES, douloureusement.
Elle y est... encore I
ARDISSON
Je voudrais la voir.
GEORGES
Si c'est pour lui dire que je te semble bizarre, laisse -la donc tranquille! Ne t'ai-je pas averti que j'ai un peu le sang à la tête. L'air me fera du bien, viens, sortons.
ARDISSON
Viens dîner, alors.
GEORGES
Avec toi ?
ARDISSON
Et avec mes officiers.
GEORGES
A quelle heure?
ARDISSON
A six heures et demie. (Regardant sa montre.) Tout de suite.
GEORGES, calmé.
Eh bien, soit... Tu vois, je suis raisonnable... Vas-tu nous garder longtemps?
Il met son chapeau.
ARDISSON
Le plus longtemps possible... jusqu'à minuit, si le lieutenant Jandet est en verve, (ii met aussi son chapeau.) Seulement... nous avons quelques minutes... je voudrais bien dénicher Maurice.
GEORGES
Inutile ! Après cette nouvelle frasque de son père, comment veux-tu qu'il vienne, lui, un garçon tout à fait délicat, (un temps.) Je tâcherai de le représenter.
ARDISSON
Eh bien, en route!
Il fait un pas vers la porte de Georges. GEORGES.
Par ici... Sortons par mon cabinet.
ARDISSON
Tu ne préviens personne?
GEORGES
A quoi bon?