SCÈNE XV
La Ramée, Cathos, Mde Lépine ^
La Ramée, continuant à Cathos. — Je laisse partir \ M. le Chevalier pour avoir une petite explication avec mes j amours. Soubrette de mon âme, je boude aussi, moi... \
Mde LÉPINE. — Ha, ha, ha !... Encore un boudeur.
Cathos. — Et à cause de quoi donc ?
La Ramée. — Ne suis-je pas en avance avec vous d'un certain poulet ?
Cathos. — Un poulet ? je n'ai point vu de poulet.
La Ramée. — J'entends certain billet.
Cathos. — Ah, cela s'appelle un poulet ! oh, je le sçais bien ; mais laissez faire. Ce n'est pas la modestie qui me tient ; je ne recule pas plus qu'une Marquise ; mais il faut du tems ; et vous n'avez qu'à vous en aller un peu, vous aurez votre affaire toute griffonnée.
La Ramée. — Griffonnez, brunette, je vous donne vingt minutes pour m'exprimer vos transports. Je vais, en attendant, haranguer certain cabaretier, à qui je dois vingt écus, et qui a comme certaine envie de manquer de patience avec moi ; s'il m'honorait d'une assignation, il faudrait encore la payer ; j'aime mieux la boire. Mais il n'y a que vingt écus. Est-ce trop, Mde Lépine ? Ce n'est pas tant que dix mille.
Mde LÉPINE. — Hélas, mon enfant, je souhaite que non.
La Ramée à Cathos. — Et mon ange, qu'en pense-t-il ? chacun son régiment : voilà le mien.
Cathos. — Bon, vingt écus ! avec soixante francs de monnoye, vous en serez quitte.
La Ramée. — Eh oui, c'est de la mitraille ! j'aime à vous voir mépriser cette somme-là ; cela sent sa soubrette de Cour, qui ne s'effraye de rien (et en s^ écriant) . La belle âme que Cathos !
Cathos. — Eh dame, on est belle âme tout comme une autre.
La Ramée. — Je suis si content de votre façon de penser que je me repens de n'avoir pas bû davantage. Adieu, mes yeux noirs, je vous rejoins incessamment; Mde Lépine, protègez-moi toujours auprès de ce grand cœur, qui regarde vingt écus comme de la monnoye.
Mde LÉPINE. — Va, va, elle sçait ce que tu vaux.