‹ La Prusse et l'Autriche depuis Sadowa (volume 2)Chapitre 11 sur 21 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

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ces d'avenir sont très-différents. Le pouvoir despotique pouvait les tenir unis, courbés sous le même joug, en se servant des armes des uns pour dompter la résistance des autres. Il aurait dû leur inspirer au moins le sentiment d'une commune, patrie , en les faisant profiter ensemble des bienfaits de la civilisation moderne. Cette partie de «a tâche, il n'a pas yjoklïu ou pas su la remplir, et aujourd'hui, la liberté étant proda* mée, chaque nationalité en profite pour réclamer une complète indépendance. Y a-t-il un remède à ce travail de dissolution et quel est-U?

Déjà la Hongrie est complètement séparée du reste de l'empire. Dans ce que Tion appelle la Cisleithanie , les Tchèques , les Polonais , les Slovènes, les Tyroliens veulent obtenir à leur tour une autonomie aussi complète que les Hongrois. Si on la leur refuse, ils se jettent dans une opposition obstinée, passive, mais qui n'attend que l'occasion pouréclater en révolte ouverte. Si on la leur accorde, y a-t-il encore un État, et n'est-ce pas également le démembrement de la monarchie^ Yoilà le mortel dilemoie <lans lequel se débat en ce moment l'empire des Habsbourg.

Quelque résolution qu'on prenne, le mal est grand «t le péril extrême. Céder ou résister, il est difficile de dire ce gui est le plus funeste. La situation unenée par les fautes de l'ancien ré-

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gime est telle , que tout ce qui reste à faire c'est entre deux maux de choisir le moindre.

J'ai essayé de montrer dans ce livre que le moindre mal consiste à concéder aux nationalités l'autonomie qu'elles réclament et d'accepter le régime fédéral. Je n'ai point dissimulé les nombreux inconvénients qu'entraîne une semblable décision. Elle mécontentera, elle blessera profondément les Allemands ; or, les Allemands ont été et sont encore le principal soutien de l'empire. Si l'Autriche devient un empire slave, comme le prévoyait Joseph II et comme cela semble devoir résulter de la nationalité à laquelle appartient la grande majorité de la population , les Allemands se résigneront-ils à perdre la suprématie qu'ils ont exercée si longtemps , et ne se tourneront-ils pas vers leurs frères du nord et de Touest? Accorder à toutes les provinces une autonomie presque complète, c'est, dit-on, favoriser dans la plupart d'entre elles le triomphe des idées féodales et cléricales, arrêter les progrès de l'instruction, de l'industrie, de la civilisation et préparer la dislocation finale. La diète du Tyrol insérera dans les lois les anathèmes du Syllabus ; la diète de Bohême consacrera la sujétion des Allemands ; la diète de la Galicie opprimera les Ruthènes , et par la propagande polonaise , provoquera un conflit avec la Russie. Je veux admettre la réalité de tous ces

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griefs, je sais que Ton en peut énumérer encore bien d'autres; — je pense néanmoins que le fédéralisme doit être accepté , parce qu'il n'y a point d'autre régime qui puisse durer.

C'est comme le dualisme austro-hongrois, combinaison pleine de défauts, mais qu'on a bien fait de subir, parce qu'il n'y en avait pas d'autre que les Hongrois voulussent accepter.

Tout se réduit à une question de nombre. Sept millions d'Allemands, qui ne sont pas unanimes, peuvent- ils continuer à maintenir en vigueur, non un régime despotique — ce qui serait possible — mais un régime constitutionnel dont douze millions de Slaves ne veulent à aucun prix? Les députés tchèques, Slovènes, polonais et tyroliens ne siègent plus au Reichsrath ; cette assemblée conservera-t-elle l'autorité nécessaire pour faire des lois et gouverner l'empire ? Et si le gouvernement, persévérant quand même à maintenir le système actuel, s'aliène les Slaves, comme avant Sadowa il s'était aliéné les Magyars, sur quelles forces pourrait-il compter en cas de danger?

Il est sans contredit désolant pour l'Autriche de devoir, pour la dixième fois, se lancer dans une nouvelle expérience constitutionnelle, celle-ci plus périlleuse que toutes les autres ; mais la situation actuelle ne peut point se prolonger.

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