‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 3 sur 174 · LA DÉCEPTION DE · texte numérisé non relu

LA DÉCEPTION DE

Les vieilles institutions et le réveil d'Iéna. — La guerre d'indépendance et les promesses de Frédéric-Guillaume III. — La réaction aristocratique. — Les Etats provinciaux. — Le patriotisme allemand et l'idée prussienne. — La bourgeoisie, ses revendications politiques. — Le progrès des idées. — Le ZoUverein et la secousse de i84o.

Le souvenir des libertés perdues demeure longtemps dans les traditions des peuples. Au commencement du xix" siècle, on parlait encore en Prusse d'un temps où le peuple avait quelque part au gouvernement. Le pays avait au xvin" siècle des institutions représentatives assez fortes' ; les Etats provinciaux consentaient les impôts, fixaient les contingents des armées et profitaient des époques troublées pour s'arroger un véritable contrôle sur l'administration du pays.

Le régime représentatif est la terreur des rois absolus. Le Grand Electeur et Frédéric-Guil-

I. G. Gavaignac, La Formation de la Prusse coiUeinporainc^ t. I. p. i4, 39;ILp. 7G. 77.

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laume P'' luttent avec énergie contre les Etats dont ils parviennent à briser la résistance ; la monarchie affirme son caractère absolu; tous les droits et devoirs de l'État se concentrent dans la personne du souverain ; lui seul peut octroyer les lois et ordonnances, les suspendre et les modifier. Malgré quelques promesses de Frédéric- Guillaume II, ce régime s'est maintenu jusqu'au commencement du xix'' siècle.

Au lendemain du désastre d'Iéna, on sentit la nécessité, pour relever la Prusse, de refondre non l'armée seule, mais l'organisation entière du pays. Tout était vermoulu dans le gouverne-l ment; la nation, au contraire, était pleine de sèvejeune et bouillonnante. Les idées de la Révolution avaient profondément pénétré en elle ; l'enthousiasme pour la France se manifestait jusque dans les armées qui la combattaient; les provinces de l'Ouest avaient accueilli les Français comme des libérateurs. La déception était venue lorsqu'aux guerres d'idées de la Révolution avaient succédé les guerres de conquête de Napoléon. Le peuple prussien avait conservé son admiration, son attachement pour les idées nouvelles ; mais son affection s'était détournée de l'étranger qui voulait l'opprimer.

Pour être profonde et complète, la renaissance de la Prusse ne pouvait s'effectuer que par l'accord du peuple et de la couronne. Celle-ci était

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dans la nécessité de demander au peuple des hommes, de l'argent et du dévouement. Elle ne pouvait les obtenir qu'en faisant des concessions à l'esprit nouveau. La première concession était la participation du peuple au gouvernement du pays.

Stein et Hardenberg comprirent ces idées et s'y attachèrent fortement avec une persévérance digne du succès qui la couronna.

Dès 1808, Stein pensait créer une « représentation nationale » destinée ;» renforcer le pouvoir central ; il n'entendait pas en faire un parlement à l'anglaise, mais plutôt un grand comité consultatif, extension des Etats provinciaux, et dont on prendrait l'avis en matière de législation '. Ses projets étaient d'ailleurs vagues et ne sont pas sortis du rang des lointains espoirs".

Hardenberg apporta plus de précision, et, par un édit du 27 octobre 1810, promit de « donner une représentation sérieusement organisée, aussi bien dans les provinces que pour le royaume entier^ ». Ce n'était point là vaine promesse, car dès le mois de février 181 1 se réunissait h Berlin une <f représentation » provisoire, composée

1. Cavaignac, I, p. 4o8, 4i3, 4i5; K. Ilillebrand, La Prusse contemporaine et ses institutions, p. 112.

2. Treltschke, Deutsche Geschichte, I, p. 287 et suiv. ; et Verfassungs(jeschichte in Preussen, p. 332.

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