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animaux dont les facultés ne se prêtent pas à des rapprochements avec celles de l’homme (II, 53). La seconde de ces manières de voir est, au contraire, une des bases de sa méthode, et il se comporte, dans la pratique, comme s’il l’admettait sans restriction. « Avant de connaitre l’homme, il faut connaître les éléments dont il est composé » (II, 5), et, pour la connaissance de ces éléments, l'observation des animaux nous est d’un perpétuel et indispensable secours.
De là l’incomparable utilité de ces « longues et pénibles recherches d'anatomie et de physiologie comparées », qui, seules, permettent d’ « arriver lentement et par fragments à la connaissance de l'homme moral et intellectuel » {TV, 8).
Sans doute l’homme et l’animal offrent de mulüples différences, mais « la nature suit constamment un type général dans toutes ces différences ; et celui qui sait reconnaître ce type général en comparant les systèmes analogues chez les différents animaux, a découvert par l'anatomie comparée une loi qu'il retrouvera aussi bien dans l’homme que dans tous les autres animaux, peu importe qu'ils aient des écailles, des plumes, des cornes, des
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queues ou des antennes » (I, préface, p. xxxi). Grâce à la connexion nécessaire qui existe entre la
structure d’un organe et son fonctionnement, l’ana-
tomie comparée ne sert pas seulement à faire état des analogies morphologiques, et, par exemple, à conclure des lois de formation des systèmes nerveux inférieurs à celles du cervelet ou du cerveau (1, 171, 177); mais elle offre, en outre, pour la physiologie, cette utilité capitale de « conduire à la connaissance des généralités, des lois et des gradations de l'organisme animal ». Et c’est là son mérite le plus essentiel, car, « si nous avons fait entrer l'anatomie comparée dans nos recherches, ce n’est qu’autant qu'elle pouvait nous servir pour arriver à la découverte des lois de l'organisme » (1, préface, p. xxx).
Les rapprochements physiologiques ne jouent, naturellement, pas dans le système un rôle moins important. Continuellement, Gall se représente l’activité psychique à la manière de l’activité viscérale ; continuellement, il conclut de l’exercice des sens et de ses conditions aux conditions et à l’exercice des qualités morales et des facultés intellectuelles : toutes déductions et toutes analogies qui
seraient sans fondements, si unité et la continuit de la nature n’offraient aux yeux de Gall l'évidence d’un principe. La nature suit partout le même plan; elle obéit partout aux mêmes lois ; en toutes ses productions elle opère par les mêmes procédés et suivant les mêmes règles. Etres et choses ne sont nulle part isolés les uns des autres. Il est entre eux une exacle et rigoureuse hiérarchie, qui permet de passer graduellement de la matière à la vie, de la vie à la sensibilité, de la sensibilité à l’activité, à l'intelligence et à la raison, sans que jamais la à nature se départisse de l’uniformité méthodique de ses moyens et de ses voies.
Un des défauts les plus apparents des méthodes psychologiques, courantes de son temps, que Gall taxe de métaphysiques, est précisément de méconnaître cette continuité de la nature et ses conséquences. Il s’indigne que la curiosité des psychologues se cantonne à l'étude de l’homme seul : « Pourquoi dans ses méditations ne veut-on pas honorer d’un regard les autres êtres vivants? » (1,130). Il soutient, contre Laromiguière, qu'il est inadmissible de ne tenir aucun compte de l’animal 4 et de ses facultés, puisque l’homme est soumis
aux mêmes lois organiques que le cheval, le chien ou le singe (IV, #4). Il s'insurge contre la distinction qui s’est établie &« priori, contrairement à toute observation, entre l'activité humaine et l’activité animale. L'instinct, qu'on attribue à l'animal, n'est ni automatique ni immuable ; il est susceptible de s'adapter aux événements, de se modifier par la réflexion. La considération des circonstances et des besoins intervient dans les actes des animaux. Ils font donc preuve d'initiative (IV, 12-16) et leur prétendu instinct est inséparable de l’intelligence : « Dans l’homme on attribue à la prévoyance, à la réflexion des actes absolument analogues ; mais qu'est-ce qui nous autorise à admettre des causes différentes pour les mêmes effets? » (II, 253).
L'homme est supérieur à lanimal, cela est évident. Mais ce n’est pas en creusant entre eux un illusoire fossé, en méconnaissant ce qu'ils ont de commun, en isolant l’homme dans la nature, que nous parviendrons à définir cette supériorité et ses causes. C’est « la comparaison de l’encéphale humain avec celui des animaux »,
qui seule fera connaître « où l'animal cesse dans
l’homme, où commence le noble caractère qui distingue l'homme de la brute, et de combien il est élevé au-dessus d’elle ; recherche bien plus utile
que les vaines rêveries des métaphysiciens »