‹ La psycho-physiologie de GallChapitre 8 sur 35 · CE SE · texte numérisé non relu

CE SE

positions et les caractères. En particulier, il remarqua, à l’école, que ceux de ses condisciples qui avaient le plus de facilité à apprendre par cœur avaient les yeux saillants et à fleur de tête. Au collège, à l’université, il eut, à plusieurs reprises, l'occasion de faire la même observation, si bien qu'il en vint à conclure qu’une telle coïncidence ne pouvait être « uniquement l'effet du hasard », et tenait à « une connexion entre la mémoire et cette conformation des yeux ». Du moment que la mémoire verbale se reconnaissait à des signes extérieurs, 1l lui apparut qu'il devait en être de même des autres facultés intellectuelles, et sa conjecture se trouva confirmée par la découverte qu'il fit peu à peu de plusieurs dispositions et de leurs carac-

tères extérieurs ‘.

1. À plus d’une reprise, au sujet, par exemple, de la ruse (III, 185), du sens des localités (IV, 29), et de la religion (IV, 172), Gall signale les observations psychologiques faites antérieurement par lui sur ses condisciples ou dans sa famille, observations dont la portée ne lui apparut qu’à la lumière de ses découvertes ultérieures. La facilité à apprendre par cœur n'est donc pas la seule disposition intellectuelle ou morale que Gall ait primitivement constatée, mais elle est la première dont il ait remarqué les caractères extérieurs. C’est ce qui fait son importance capitale dans la formation du système. Elle était, du reste, marquée pour de bien hautes destinées, puisque c’est elle encore qui ouvre l'histoire des localisations cérébrales.

C’est donc par la constatation de faits isolés, par la détermination empirique de certaines facultés, puis de leurs organes, que Gall a préludé à la constitution systématique de sa doctrine. En ellesmêmes, puisqu'elles tiennent à la craniologie et à l’organologie proprement dites, ces constatations et ces déterminations ne nous intéressent pas ici, mais elles nous intéressent au plus haut degré, en revanche, par la manière dont Gall y a réagi, et dont il les a élaborées.

S'il est, en effet, un point sur lequel Gall ne se lasse pas d’insister, c’est sur le rôle primordial qu’a joué, dans l'établissement de son système, sa physiologie générale du cerveau. Entre les découvertes isolées dont il est parti et l’anatomie du cerveau, elle a été l'intermédiaire indispensable : « On voit par la marche de ces recherches que le premier pas fut fait par la découverte de quelques organes ; que ce n’est que graduellement que nous avons fait parler les faits pour en déduire des prin-

cipes généraux, et que c’est subséquemment et à la

fin que nous avons appris à connaître la structure du cerveau » (I, préface, p. xn). M. Soury a donc grand raison de dire : « Gall et Spurzheim.… n'étaient... pas partis de l’anatomie dans leur enquête sur la nature du système nerveux © ».

L'ordre que Gall suit dans son FA en allant de l'anatomie à la craniologie et à l’organologie par la physiologie générale, ne doit pas faire illusion : il est l’ordre naturel, puisque lorsane précède la fonction”. Mais l’ordre réel des recherches a été précisément l’ordre inverse : « Des découvertes physiologiques préalables nous avaient amenés aux principes d’après lesquels les systèmes nerveux devaient être examinés ; et d’après la marche de nos études, c’était la physiologie du cer-

veau qui avait précédé sa connaissance anatomique » (I, 2).

À. Loco cilato, p. 504.

2. Encore n'est-il pas indispensable de le respecter. Le traité de 1822-25 reproduit le texte entier de l'ouvrage précédent, moins la partie anatomique, que Gall compte remanier et qu'il réduit, en conséquence, à l'indispensable (t. 1, Avertissement, p. IV). Physiologie générale et craniologie se suffisent donc à elles-mèmes, et Gall sait d'avance que les modifications de ses thèses anatomiques, dont il envisage l’éventualité, ne seront pas de nature à les compromettre. C’est, manifestement, la mise en pratique des conceptions dont nous donnons présentement l'exposé.

La physiologie du cerveau a été constituée sans qu'il füt fait appel à une « donnée anatomique quelconque », et l'anatomie n’a fait que la confirmer ‘. C’est seulement après avoir déterminé les facultés et leurs sièges que Gall a présumé les lois de l’organisation du cerveau et qu'il a entrepris des « recherches anatomiques rationnelles »°. « Ainsi donc, nous sommes redevables de l’anatomie du cerveau à sa physiologie, et nullement de sa physiologie à son anatomie, comme quelques auteurs voudraient le soutenir » (III, 51).

C'est, d’ailleurs, la loi générale. La structure d’un organe ne dit rien de sa fonction. « L’expérience prouve que l’on n’a pas pu découvrir, à l’aide de la seule anatomie, les fonctions des viscères les plus essentiels, tel que le cœur, par exemple » (III, 52). Les découvertes physiologiques de Gall, opérées sans le secours de l'anatomie, auraient pu subsister pendant des siècles, sans qu'il fût possible de les faire concorder avec la structure du cerveau.

Page 1