PRÉFACE
~J Ce livre parut, il y a quatre ans, une heureuse tentative en ce qu'il présentait, pour la première fois, mais! ' dans les plus simples proportions, une Psychologie dfe r enfant. Le plan même de mon étude lui donnait cet dernier caractère, auquel son titre répond maintenant ; je m'étais, en effet, attaché à suivre dans le petit!
4 enfant l'éveil graduel des facultés qui constituent l'activité psychique, si richement différenciée, si délicate et si puissante de l'homme adulte. C'est sans doute cette idée, peut-être un peu prématurée, de systématiser un ordre d'observations dont il n'avait encore été donné que des aperçus souvent remarquables, qui m'a valu soit en France, soit à l'étranger, les encouragements des philosophes et. des éducateurs. Je n'avais donc qu'à m'en tenir à ma première méthode pour améliorer l'œuvre modeste qui m'avait tout d'abord gagné leurs sympathies. Mes cadres étaient tracés et acceptés : j'ai pris à tâche de les dessiner un ^ peu mieux, de les remplir un peu plus. Faits et inter- <v prétations, je me suis efforcé de rendre le tout plus net et plus précis.
. ^ Pour ce qui est des faits, décrits ou mis en action sous forme d'anecdotes psychologiques, j ai eu soin de les trier; j'en ai rejeté un certain nombre, qui ir
paraissaient peu importants ; j'en ai adopté un grand nombre d'autres, soit- tirés de mes journaux d'observations, soit emprunté» à autrui, mais vérifiés par moi-même. J ai pensé aussi qu'on me pardonnerait facilement d'avoir extrait de mon livre Y Éducation dès le berceau un très petit nombre de pages d'observation psychologique, qui trouvaient ici leur place naturelle, et qui seront remplacées 14 par des considérations pj us
. spécialement pédagogiques, ha* deux livres auront, je le crois, gagné à cette substitution,
Pour l'interprétation des faits, je me suis efforcé de ; la diriger sçlon l'esprit de la méthode expérimentale. Si j'ai quelquefois bien vu et bien jugé, c'est à elle que : l'honneur en revient; les méprises, les lacunes sont ma propre part. En tout cas, aucune des philosophies qui, . spUS différents noms, 3e sont plus ou moins exactement adaptées à la méthode expérimentale, n'est responsable de mes erreurs. Quoique ayant mes préférences ou .mes tendances, je ne suis d'aucune école. Je me ren- .jepntre le plus souvent, il est vrai, avec les explications d'un Darwin ou d'un Spencer; je n'en suis pas moins heureux de reproduire celles de M me * Nçcfcer de Saussure et Guizot, de MJML E. Egger et h, Ferri, quand elles sont les fruits réels de r expérience, Je ne demande jpas aux faits et aux idées leur étiquette et comme leur mot de passe, pour les introduire dans mon petit $Qmaine psychologique : il me suffît qu'ils soient des faits, bien observés, bien décrits; il me suffit qu'elles soient des idées, claires el judicieuses,
Ainsi voudrais-je voir mes lecteurs en user envers mon essai de psychologie infantile : que les préoccupations d'un système quelconque soient secondaires pour eux, comme elles Font été pour moi-même. J'ai souvent médité, quant à moi, pour tâcher d'en faire mon profit, ces paroles très sensées de M. Fr. Pollock : « La science nous rend chaque jour plus évidente cette vérité qu'il n'existe ni au dehors, dans le monde, ni au dedans', dans l'esprit, rien qui ressemble à un équilibre fixe; de même, il devient clair que les vrais et durables triomphes de la philosophie ne sont pas dans les systèmes, mais dans les idées (1). » Si quelques bonnes idées se trouvent éparses dans mon livre, je prie mes lecteurs, de ne pas y voir et de ne pas y chercher autre chose.
Mai 1882.
Bernard PEREZ.
1. Cette pensée termine la belle étude intitulée Spinoza, his life andphilosophy, Londres, 1880.
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