LA COLÈRE T
homme « remarquable par sa superbe et sa réserve, sanglota longtemps quand on lui arracha son neveu (1). >
Cette impulsivité et cette irascibilité sont chez nos enfants un legs hérité de nos primitifs ancêtres-: elles sont en eux comme une arme instinctive de défense et un instrument natif de préservation. Il paraît donc démontré a priori que l'évolution systématique, ou l'éducation, doit conserver cette force en la disciplinant. Mais l'expérience seule peut nous apprendre quelles peuvent être dans le premier âge, et pour l'avenir, les conséquences de ce sentiment combattu ou favorisé, et par suite, en quelle considération doit être pris ce facteur moral de l'éducation.
La colère est légitime chez le petit enfant, quand elle exprime sa révolte inconsciente contre les premières douleurs de la vie, convulsions, coliques, mal de gencives, malaise produit par la fièvre, le besoin d'air, de locomotion ou de sommeil. Ce sont pour lui des mouvements et des bruits, des sensations intenses qui ont pour effet de le distraire jusqu'à un certain point du sentiment de la douleur, et pour ses protecteurs nés ce sont des avertissement dictés par la nature elle-même. De même est-il entièrement dans son droit, lorsque, dans ses maladroits essais du langage, l'expression ayant trahi sa pensée, il hurle, il frappe la terre avec son pied, s'indigne de si bien dire et d'être si mal compris. Il est encore en droit de se fâcher, lorsque, lui ayant donné une mauvaise habitude, comme celle de le bercer, de le laisser dormir sur les bras, ou de le coucher avec de la lumière, on vient à interrompre tout à coup une de ces habitudes ; et plus encore dans son droit, quand, au mépris de sa tendre et délicate personnalité, nous voulons lui imposer un acte rebutant pour lui de prime-abord ou qui lui déplaît d'habitude, le forcer à avaler une potion acre, à supporter sans se plaindre une correction ou une