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être sublimé par la cristallisation (1). L’amusement
pour les sens peut devenir un amusement pour l'esprit.M
5 dd A É NE
IL y aurait donc au moins deux formes d'Amour physique, l’une brutale, l’autre raffinée. $
L'Amour passion, c’est l'amour d'Héloïse pour Abé-* lard, de Julie d'Estange pour Saint-Preux (2). Il ests marqué tout d’abord par son caractère de fatalité et. d'agitation. « L'Amour est comme la fièvre ; il naît ets meurt sans la volonté ; voilà la plus grande différences de la passion et du goût » (83). « L'Amour donne les. sensations les plus fortes possibles » (4). H
{l transforme entièrement l’âme : « c’est un but nou veau dans la vie, auquel tout se rapporte et qui change” la face de tout. « L'Amour passion Jette aux yeux d'un. homme toute la nature avec ses aspects sublimes
comme une nouveauté inventée d'hier. Il s'étonne de
est l’affaire de ceux qui n’en ont point ; le désœuvrement est donc la source des égarements où l’amour jette les femmes. Les affaires. ne laissént à l'amour qu’une place subordonnée à d’autres passions. Voir aussi la doctrine analogue de Cabanis exposée au chapitre ; précédent. “ (1) Amour, 236. L* -C) R. N. F., K87. | :
(3) La puissance d’envahissement de l'Amour est marquée par le titre d’une des nouvelles de Stendhal : le Philtre. Mélanges, 117. (4) Amour, 271 : « La preuve en est que, dans ces moments” d'inflammation, comme diraient les physiologistes, le cœur forme ces alliances de sensations qui semblent si absurdes aux philoso-" phes, Helvétius, Buffon ‘et autres ». L’agitation de la passion « con=. tre le bonheur d’une vie tranquille et où tout semble fait à sou-" hait », 101d. | |
td nt tt” séndie mod Pi: ne
fit à.
n'avoir jamais vu Le spectacle singulier?qui se découvre à son âme. Tout est neuf, tout est vivant, tout respire Vintérêt le plus passionné » (1). Une beauté nouvelle, née de l'Amour, se répand sur le monde.
Mais parce que l'Amour occupeftoute l'âme et qu’il la remplit d'images heureuses ou désespérantes, mais toujours sublimes, il la rend complètement insensible à tout le reste de ce qui existe (2). De là « cette inex- -prunable non curance pour tout ce qui n’est-pas la femme qu'on aime » (3): de là le pouvoir et l'habitude du sacrifice. « Dans cet état d'amour profond, tout me devient indifférent. Je ferais les plus grands sacrifices sans les sentir. On n'a point généralement une idée juste des sacrifices que font faire les grandes passions. S'il en est des autres comme de l'amour, ceux qui les
font ne les sentent pas » (4). Oufbien l'on n’en sent que
(1) Amour, 218. « Rien n'est plus recueilli, plus mystérieux, plus éternellement un dans son objet que la cristallisation de . Pamour... tout ce qui a rapport à ce qu’on aime et même les objets les plus indifférents touchent profondément... tout prend une feinte mystérieuse et sacrée ». Amour, 80.
(2) Amour, T5.
… (3) Amour, 75. Cf. Journal, 214. — « Depuis que Massirili s'était nommé, toutes les choses auxquelles elle avait l'habitude de penser, s'étaient recouvertes comme d’un voile et ne paraissaient plus que dans l'éloignement ». Abbesse de Castro, 280. . (4) Journal, 215 : « Je n’appelle passion que celle qu'ont éprouvée de longs malheurs et de ces malheurs que les romans se gar: dent bien de peindre et que d'ailleurs ls ne peuvent pas peindre ». Amour, 236: Cf. 239. « Le véritable amour rend la pensée de la mort fréquente, aisée, sans terreurs, un simple objet de Sp
88 LA PSYCHOLOGIE DE STENDHAL $ + î +
le plaisir. « Il ne peut pas y avoir d'ingratitude en amour ; le plaisir actuel paye toujours Les sacrifices les plus grands en apparence » (1). . | î
Ce détachement fait que l’Ame dépouille tous les enfantillages de la vie, qu’elle se détend de l'empesé du monde et des liens factices de la société. Elle s'élève à cette simplicité héroïque, fruit d'un sacrific® entier et de bonne foi. L'amour est abandon, parce qu'il est don de soi : il est détachement, parce qu'il est attachement : l'Amour « ce dévouement de l’Ame » (2), « cette préoccupation tendre, exclusive et passions née » (3). C'est ce qui fait sa noblesse : «la plus noble des passions du cœur humain, celle qui, pour trouver le bonheur, a besoin de l'inspirer au même degré qu'elle le sent » (4). Et son œuvre la plus parfaite est, de révéler l’âme à elle-même à travers une autre âme à « Nous cherchons un être avec qui nous puissions suis vre tous nos premiers mouvements sans songer jamais
aux convenances » (5).
raison, le prix qu’on donnerait pour bien des choses ». Cf. Rossini; p. 162. « L'Amour à la Werther, j'entends cet Amour qui peut être sanctifié par le suicide. » Abbesse de Castro, 20 « l'Amour passionné qui se nourrit de grands sacrifices. » |
(1) Amour, 119.
(2) À. N. F., 86. Cf. Romans et Nouvelles, 257. Ce dévaueneni c’est-le pouvoir que l’objet aimé a sur nous. Cf. Mme de Staël. De l'Influence des Passions (De l'Amour).
(3) Chartreuse de Parme, 195, 197.
(4) Amour, 175. Cf, Nouvelles inédites, 361.
(5) Journal, 128.
Aussi rien d'intéressant comme la passion ; c’est que
tout y est imprévu et que l'agent y est victime. L'Amour passion suppose une âme assez rare : l’âme ouverte à tous Les arts, à toutes les impressions douces ‘et romantiques, l'âme folle par excès de sensibilité, y est particulièrement prédisposée. L'homme dont la jeunesse a été livrée à des enthousiasmes ridicules ou infortunés est capable d'amour passion (2) ; la timidité ridicule est une preuve d'amour. Le plus souvent PAmour passion se rencontre chez des gens un peu
|miais, à l’allemande (Don Carlos, Saint-Preux, l'Hippo-
lyte et le Bajazet de Racine) (3). L'homme à l'humeur gaie et douce a grand chance d'y échapper.
! L'Amour goût oscille entre la passion et la vanité. Parfois il est comme une nuance affaiblie de l’amour Véritable ;; ainsi le mot du duc de Pignatelle : « Je vois qu'une femme me plait, quand je me trouve tout interdit auprès d'elle et que je ne sais que lui dire » (4) embarras charmant, qui est une source de bonheur : ‘amour délicat, spirituel, qui exclut l’imprévu de la
passion, qui le redoute même (5), et tout ce qui pour- {| e
| (1) Amour, 230.
. (2) Cf. Helvétius, Il, 430.
… (3) Des exceptions pourtant et notamment Stendhal Ini-même sous le nom de Salviati. Amour, 80.
… (4) Amour, 213 : inversement il peut y avoir un peu de vanité, au moins chez la femme, dans les premières minutes de l'Amour passion. Amour, 22.
… (5) « Rien ne tue l’amour goût comme les bouffées d'amour passion dans le partner ». Amour, 228.
rait être désagréable, amour bien conformé à nos inté- « rêts. Mais, comme il exclut le dévouement profond de la passion, c'est sur la vanité surtout qu'il repose (1). Sous sa forme vaniteuse, rien de plat comme l'amour goût, où tout est calcul comme dans toutes Les prosaï- { ques affaires de la vie (2). Cette forme d'amour est | celle « qui régnait à Paris vers 1760 et que l’on trouve dans les mémoires et romans de cette époque. » L'amour de vanité. « L'inmense majorité des-hommes, surtout en France, désire et a une femme à la mode, comme on à un joli cheval, comme une chose nécessaire au {uxe d’un jeune homme » (3). C'est l'amour
tel qu'il est surtout dans la haute société, l'amour des
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combats, l'amour du jeu. La vanité plus ou moins: flattée, plus ou moins piquée, fait naître des transports." Souvent même elle simule la passion, « les idées den roman vous prenant à la gorge, on croit être amoureux ; et mélancolique, car la vanité aspire à se croire une*
grande passion » (4). Que l'amour de vanité s'allie às
(4) Amour, 2 : 109. « La pique (d'amour propre) triomphe dans. l’amour goût dont elle fait le destin ».
(2) Amour, 230.
Journal, a 99 :1804). « Les passions usent la vie et les gouts. l’'amusent. 4
Cf. Corr , 1, 415 (4804). Le charmant auteur de Valérie dit 4 chose bien vraie, «Les goûts (petites passions de 15 jours, un mois)* charment la vie : les passions la tuent. » /
(3) Amour, 2. | À
(4) Amour, 3. :
beaucoup d'esprit et d'activité et c'est don Juan (1).
(1) Amour, 218. L'amour à la Don Juan est un sentiment dans le genre du goût pour la chasse. « C’est un besoin d'activité qui doit être réveillé par des objets divers et mettant sans cesse en doute votre talent ». Don Juan est marqué toujours par ce gout de la victoire et du triomphe. « Le Don Juan n'a jamais de plaisir par les sympathies, par les douces rêveries ou les illusions d’un cœur tendre. Il lui faut,'avant tout, des plaisirs qui soient des triomphes, qui puissent être vus par les autres, qui ne puissent être -niés ; il lui faut la liste déployée par l’insolent Leporello aux yeux de la triste Klvire ». Abbesse de Castro, 193. Mais Don Juan n’est pas un vasiteux vulgaire ; sous ce goût de la victoire et du triom- -phe il y a l'amour de soi-même, poussé au point de ne plus voir que soi dans l'univers qui puisse jouir ou souffrir, et aussi l’âpre besoin de braver le monde, un orgueil effréné qui se révolte contre tout, et qui, joint à un amour effréné pour les femmes, cherche en elles la proie, le témoin complaisant et charmé, la ravissante ennemie à humilier, la victime pleine d’admiration. Le Don Juan pur est « celui qui ne cherche à se conformer à aucun modèle idéal et qui ne songe à l'opinion du monde que pour l’outrager »: Abbesse de Castro, 196. Le Don Juan pur c’est le Maréchal de Raïs ou François Genei. « Il (le Maréchal de Raïis) mettait sa gloire à braver tout ce qu’on respecte, et ce n’était qu'après avoir satisfait à ce premier sentiment de son cœur qu’il trouvait le bonheur auprès des femmes. C'est le caractère du fameux François Cenei. » Touriste, H, 331 Ainsi Don Juan pousse la chevalerie à l'excès; il adore les femmes et veut leur plaire en leur faisant voir jusqu'à "quel point il se moque des hommes. « I faut, pour que le caracère de Don Juan éclate, la réunion d’une grande fortune, d’une bravoure extraordinaire, de beaucoup d'imagination, et d’un amour éffréné pour les femmes. Il faut, de plus, naître dans un siècle qui ait eu l’idée de prendre les femmes pour juges du mérite ». Tou- .riste, I, 333. Le mélange de cette ardente imagination, de cet orgueil, de cette ardeur amoureuse aboulit aisément à l’une des formes du sadisme. « Libertinage ardent, mais qui ne peut s’assou- L ir qu'après avoir bravé tout ce que les hommes respectent. Le Don Juan se procure tous les plaisirs de l’orgueil et ces jouissances
L'amour de vanité est très conforme au caractère fran ÇaIs. *
Voilà quelles sont les espèces fondamentales d'Amour. Il va sans dire que dans la réalité elles se mêlent ; et par exemple, l'amour physique entre le plus souvent (1), dans la composition des autres formes. Il
le disposent à d’autres. Toujours on le voit obéir à une imagina tion bizarre et singulièrement puissante dans ses écarts », 2bid ,336x Le sadisme consiste en somme, d’après Stendhal, à ne pouvoir atteindre au plaisir physique qu’autant qu’il est accompagné dela plus grande jouissance d’orgueil possible, c’est-à-dire qu'autant qu'on exerce des cruautés sur la compagne de ses plaisirs. L'or: gueil souffrant y entre aussi parfois ; c’est ce que Stendhal appelle le besoin de sûreté. Amour, 3 ; Amour, 219. « Les horreurs viennent toujours d’une âme qui a besoin de se rassurer sur son pro* pre mérite. » Le Don Juan vieillissant, tourmenté du poison qui le dévore, après mille agitations qui ne font que lui rendre sensible sa satiété, « est réduit pour toute jouissance à faire sentir son: pouvoir et à faire ouvertement le mal pour le mal ». Amour, 217. Stendhal distingue du reste plusieurs espèces du genre Don Juan ; le Don Juan de Molière, dont le caractère est adouci et amoindri par l’idée d’être, avant tout, homme de bonne compagnie ; le Don Juan de Mozart plus près de la nature et qui pense moins à l'opinion des autres ; il a des moments de tendresse véritable et de gaieté charmante. Stendhal, on le sait. met en opposi: tion l'amour à la Werther et l'amour à la Don Juan. Amour, 211.
(1) Pas toujours, Amour, p. 2. Ainsi dans l'Amour de vanité, souvent il n'y a même pas le plaisir physique. Et dans l'Amour passion, la proportion des deux éléments est très variable, et, en tous cas, le plaisir physique est subordonné au plaisir moral. « Le plaisir physique, étant dans la nature, est connu de tout le monde, mais n’a qu'un rang subordonné aux yeux des âmes tendres et passionnées. » Amour, 2. « Quelques femmes vertueuses ettendres n’ont presque pas d'idée des plaisirs physiques ; elles s’y sont rarement exposées, si l’on peut parler ainsi, et même alors les trans-
va sans dire aussi qu'elles s'imitent. L'Amour physique, l'Amour goût, l'Amour de vanité prennent souvent lé masque de la passion. Sous ces formes diverses, il y a exaltation de l'âme : de là de vifs plaisirs, un souvemir entraînant; que les idées de roman travaillent sur ce fond, on se croit amoureux et mélancolique, alors même qu'on n'a qu'un amour de vanité.
« Au lieu de distinguer quatre amours différents, on peut fort bien admettre huit ou dix nuances. Îl y a peutêtre autant de façon de sentir parmi Les hommes que de façons de voir » (1). Les variétés de tempérament compliquent ces formes élémentaires. Mais 1l semble que Stendhal s'en soit toujours tenu à ces formes élémenfaires. S'il nomme l'Amour caprice (2), quil a vu en Italie causer des transports et des moments. d'ivresse,
ports de l'amour passion ont presque fait oublier les plaisirs du corps. » Chez la femme surtout, qui a sa pudeur à sacrifier, le plaisir physique est une suite du plaisir moral. « A l'autre extrême de la civilisation, je ne doute pas qu’une femme tendre n'arrive à ce point de ne trouver le plaisir physique qu'auprès de l’homme qu’elle aime. » Amour, 6. « Plus il entre de plaisir physique dans la base d'un Amour, plus il est sujet à l’inconstance et à l’infidélité. » Amour, 100. Bourget (Physiologie de l'Amour, p. 126) distinguera de même « la maitresse chez qui le don de sa personne a pour principe le cœur, de la femme à tempérament. La sensation voluptueuse se produit chez la seconde. qu’elle aime ou qu'elle n'aime pas ; la première ne sent que si elle aime. Empressonsnous d'ajouter que ce phénomène est rare. »
- (1) La division de l’amour en quatre espèces se trouve dans Amour et dans Rome, Naples, Florence, p. 187.
(2) Amour, 153.
que la passion la plus éperdue n’a jamais amenés sous le méridien de Paris, il semble quil s'agisse d’un accès atténué, brusque et passager de quelqu'une des for-« mes essentielles de l’amour. S'il parle de F « amour de tête » (1), il semble bien aussi qu'il s'agisse du travail de l’esprit sur le goût ou la vanité. |
On sait avec quelle minutie Stendhal a décomposé i les différentes phases de Amour : admiration tendres qui se complait en un objet, espérance, naissance de“ l'amour ; puis ce travail de l'esprit qui couvre de per-« fections l'objet aimé : la première cristallisation ; le M doute : « l'amant arrive à douter du bonheur qu'il se promettait; il devient sévère sur les raisons d'espérer 3 qu'il a cru voir. Il veut se rabattre sur les autres plaisirs de Ja vie, il les trouve anéantis. La crainte d’un affreux malheur le saisit, et avec elle l'attention pro-« fonde » (2); la seconde cristallisation « produisant pour diamants des confirmations à cette idée : elle m'aime »”
‘ Ja naissance de nouveaux doutes et le travail nouveau *
(1) Rouge et Noir, 1, 106. « L'amour de tête a plus d'esprit sans «
doute que l'amour vrai; mais il n’a que des instants d'enthou- J
siasme ; il se connaît trop; il se juge sans cesse; loin d’égarer la «
pensée, il n’est bâti qu’à force de pensée. » (2) Amour, 7.
de la cristallisation, qui crée une image toujours nouvelle pour en jouir toujours
- « Ce que j'appelle cristallisation, c’est l'opération de Pesprit, qui tire de tout ce qui se présente La découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections » (4). IL suflit de penser à une perfection pour la voir dans ce qu'on aime.
La cristallisation c’est donc l'activité de l'esprit proluite et entretenue par l'excitation cérébrale, qu’éveille la naissance de l'amour ; ce choc agréable de l'admiraion complaisante et espérante, ce vif plaisir « nous snvoie le sang au cerveau ». Ce travail, né du plaisir, st entretenu par le plaisir qu'il produit, par « le seniment que les plaisirs augmentent avec les perfections le l’objet aimé » par l'idée « elle est à moi » (2). Cette
1) Æmour, 5. Cf. Henri Brülard, If, 273 n. « Sorte de folie qui ait voir toutes les perfections et tourner tout à perfection dans objet qui fait effet sur la matrice. Il est pauvre, ah! que je l’en üme mieux! Il est riche, ah ! que je l'en aime mieux!» Amour, M7 : « les actes de folie répétés par lesquels un amant aperçoit outes les perfections dans la femme qu'il commence à aimer ». {mour, 31 : « une certaine fièvre d'imagination ». Leuwen, 170. » IL goûtait avec délices le vif plaisir de découvrir une nouvelle erfection dans la femme qu'il aimait. »
(2) Amour, 5 et 6: 25, note. «Il y à une cause physique, un ommencement de folie, une affluence de sang au cerveau, un ésordre dans les nerfset dans le centre cérébral ». L’étonnement lui fait longuement songer à une chose extraordinaire est déjà Ja noitié du mouvement cérébral nécessaire pour la cristallisation. : æ désordre cérébral entraine ce trouble mental qui prend les Maginations pour la réalité, « car dans cette passion terrible, Oujours une chose imaginée est une chose existante». Amour, 51;
æ ba w L 2
espèce de délire, qui ne voit plus aucun objet tel qu'il est, qui fait passer les images à l'existence, constitue Jan force principale de l'amour; grâce à lui, Dee modèle les réalités sur les désirs et assure aux désirs violents les plus grandes jouissances. Toute passion} tout sentiment à sa cristallisation.
La cristallisation ne cesse presque jamais en amours La cristallisation travaille sur les images mouvantes sur les espérances et sur les craintes sans cesse renaiss santes de l'amour. Elle ne cesse que quand ‘id par l'intimité, perd de sa vivacité, c’est-à-dire de ses craintes ; mais alors «il acquiert le charme d’un entier abandon, d’une confiance sans bornes ; une douce int tude vient émousser toutes Les peines de la vie et donner
ar PAONALEN
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aux jouissances un autre genre d ere » (1). Le trad
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147. € Nous l'avons répété sans cesse, l’amour d’un homme qui aime bien jouit et frémit de tout ce qu'il s'imagine,etiln'y a nes dans la nature qui ne lui parle de ce qu'il aime ».
(1) Amour, 13 &« On pourrait ici rappeler see Introd. 48. « La réflexion qui modère les velléités des gens froids, encourage l’ardeur des autres, en leur fournissant des ressources qui nourrissent leurs illusions... leurs réflexions... sont un entrez tien éternel à leurs désirs. qui fes échauffe. » k
Art. 21. « L'esprit influe aussi sur l’âme. C'est de l’âme que viennent tous les sentiments; mais c’est par les organes de P esprit que passent les objets qui les excitent. Selon les couleurs qu’il leur donne, selon qu'il les pénètre, qu'il les embellit, qu'il les déguisé l'âme les rebute ou s’y attache. » +
On pourrait aussi citer Chamfort, I, 43. « Il semble que l'amouk ne cherche pas les perfections réelles ; on dirait qu'il les craint: Il n’aime que celles qu’il crée, qu’il suppose; il ressemble à ces
se
ail de l'esprit sur Le cœur disparait dans le total abandon du cœur. PRÉ
» À côté de cette évolution lente, Stendhal décrit le coup de foudre. « Un instinct vous révèle ce dont votre cœur avait besoin depuis long gtemps sans se l'être avoué à lui-même » (1). C'est un désordre ct-un bouleverse- -ment de tout l'être, un entrainement rapide et violent, une révolution de l'âme. Le sommet dé l'amour est atteint tout d'un coup ; on s'assujettit pleinement à l'objet aimé ; on est comme possédé par lui; avec lui tout Mépératt et c'est un accablement d’ennui qui succède à l'exaltation violente. La réverie, l'inquiétude, la
folie les transports, accompagnent ce grand mouve-
or Dis qui ne reconnaissent de grandeur que celle qu'ils ont faite. » > La cristallisation de Stendhal ressemble fort à la Justification de Malebranche. Recherche de la vérité, IV, ch. 10. « Toutes les pas- * ions se justifient ; elles représentent sans cesse à l’âme l'objet qui Fe agite, de la manière la plus propre pour conserver et pour augn menter son agitation. Le jugement ou la perception qui la cause, se fortifie à mesure que la passion s’augmente ; et la passion s’aug- Mente à proportion que le jugement qui la produit, à son tour se ES Les faux jugements et les passions contribuent sans cesse à leur mutuelle conservation. » La passion agite le sang et les Ébrits : les esprits conduits dans le cerveau y forment des traces profondes qui obligent l’âme à considérer les objets d’une manière qui lagite et la trouble en faveur des passions. De plus les esprits “se répandent dans tout le corps, qui est comme envahi par la passion. L'éclat de la passion diminue lorsque les esprits et le sang se efroidissent. :
(1) Promenades, I, 284.
(2) Amour, 6 n,; 44.
= Decacroix — Stendhal 5
Il est probable que dans les cas de ce genre une cristallisation secrète à précédé et préparé le choc inattendu (1). |
Cette « naissance de l'amour » et l’évolution de cette passion sont analysées dans le détail avec un soin minutieux ; Stendhal retrouve, à leur place dans Le temps, les éléments fondamentaux qu’il avait posés! d'abord ; la fièvre-et l'agitation, le détachement et l'in différence, le renouvellement et le dévouement. « Une’ marque que l'amour vient de naitre, c’est que tous less plaisirs et toutes les peines que peuvent donner toutes les autres passions et tous les autres besoins de l’homme cessent à l'instant de l’affecter » (2). Et il signale le grand mouvement de l'amour, ces moments d’entraine” ment dans lesquels tout disparait, excepté ce qu'on, désire ; et aussi, à l'inverse, ces moments «ù l’on croit! ne plus aimer, où le néant le plus triste succède à.
l'agitation vive, passionnée, intéressante ; ces doutes à!
(1) Amour, 46. « L'âme, à son insu, ennuyée de vivre sans aimer, cenvaincue malgré cela par l'exemple des autres femmes ayant surmonté toutes les craintes de la vie, mécontente du tristél| bonheur de l'orgueil, s’est fait, sans s’en apercevoir, un modèle idéal. Elle rencontre un jour un être qui ressemble à ce modèle, I@ cristallisation reconnaît son objet-au trouble qu’il inspire, et con*|| sacre pour toujours au maitre de son destin ce qu’elle révall| depuis longtemps. » « Ce qui les rend si rares, c’est que, si le cœur | qui aime ainsi d'avance a le plus petit sentiment de sa situation, il n’y a plus de coup de foudre. » Voir aussi la remarque sur les, faux coups de foudre, 46 et le chapitre sur l'engouement, 43. «
(2) Amour, 228.
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er, qui font la vie de l'amour heureux : doutes qui Aliaquent ce que l'on croit le plus ; craintes sans cesse enaissantes qui ravivent les plaisirs (1) ; l'extrême Sérieux, la profondeur du bonheur. « Avec l'amour, je sens quil existe à deux pas de moi un bonheur immense et au delà de tous mes vœux, qui ne dépend que. d'un mot, que d’un sourire » : enfin cet échange continuel, cette fusion et cette confusion, « cette récomense aussi rapide qu'involontaire des plaisirs que ion donne à ce qu’on aime (2) », « ce mouvement nerveux et mvolontaire de la franchise qui répond à la franchise »(3);ila marqué très nettement aussi la dualité de l'amour, cette complication de deux amours qui ue correspondent point toujours dans leur forme ou dans leur évolution. « L'amour de deux personnes qui Saiment n'est presque jamais le même (4). L'amour passion a ses phases, durant lesquelles et tour à tour,
un des deux aime davantage. Souvent la simple galanerie ou l'amour de vanité répond à l'amour passion et est plutôt la femme qui aime avec transport. Quel que Fi l'amour senti par l'un des deux amants, dès qu'il
4) Amour, 221: « les plaisirs de l'amour sont loujours en pro-, ortion de lacrainte. »
(2) Amour, 81. (3) Amour, 89.
+ 100. CF. aussi Amour, p. 108, la rencontre del’amour
ion et de l’amour par pique.
& aussi Corr., [, 397. « L'amour est comme une fièvre qui vient ême temps à deux personnes; celui qui est le premier guéri “diablement ennuyé par r’autre, »
dé
est jaloux, il exigé que l’autre remplisse les conditions
pra ae
de l'amour passion ; la vanité simule en lui tous les: besoins d’un cœur tendre. Enfin rien n’ennuie l'amour goût comme l'amour passion dans son partner » (1).
IL suit de la théorie de la cristallisation que l’imagis 4 nation joue un rôle immense dans l'amour. « Il n y4 que l'imagination qui échappe pour toujours à las satiété. Chaque femme inspire un imtérêt différent, et bien plus, la même femme, si le hasard vous la pré sente deux ou trois ans plus tôt ou plus tard dans le. cours de la vie, et si le hasard veut que vous aimiezss est aimée d’une manière différente » (2). L'amour est È en somme, le travail de l'imagination sur le honvenc} du cœur, et ce travail ne cesse que dans l'extase dé l'amour ou dans la molle confiance de l'intimité. Ainsi nous aimons un être imaginaire que nous avons cons 1 struit; mais nous l'avons construit parce que nous l'aimons ; et parfois nous nous interrompons de l'ima giner. Pourtant nous avons trop joui de l’image pou jouir sans réserve de la réalité ; l'amour nuit à l'objet de l'amour. Il y a toujours un écart entre le réel: a l'idéal. De là les déconvenues de l'amour même heus
reux et le charme profond de la rêverie amoureuse qui
| ñ (1) Il suit de là, comme on l’a dit, que la maxime de La Roches
oucauld «Tout le plaisir de l'amour est d’aimer » devient une règles
de conduite admirablement sage; ou encore le mot de Gœæthe : « Si
je l'aime, est-ce que cela te regarde? » | (2) Amour, 217. —
naspire pas au delà d'elle-même ; de là vient que le remier triomphe n’est pas agréable, à moins que Phomme n ‘ait pas eu le temps de désirer la femme et e la livrer à son imagination (1) ; de là vient que trop de réalité empêche l'amour (2); de là vient aussi que ‘cet être imaginaire construit par nous, nous sommes seuls à en jouir ; l'objet idéal est tout à nous ; d’où la
Die de la jalousie (3).
Dela même théorie découle la distinction des deux Buts: la beauté toute pure et la beauté pour l'amour. La beauté pure, la vraie beauté à vrai dire, n'est point nécessaire à la naissance de l'amour; il suffit que la Jaideur ne vienne pas-faire obstacle. Au cas le plus favorable, lat beauté agit comme une enseigne ; elle Prédispose à l'amour par les louanges qu'on nt “donner à ce qu'on aimera. La beauté pour l'amour est Ja beauté de l'amour. L'amant compose lui-même la beauté de sa maitresse. La beauté d’une femme, c'est la cristallisation formée dans l’esprit de l’homme ; elle porte la couleur des plaisirs de cet homme ; elle n’est autre chose que la collection de toutes les satisfactions, de tous les désirs quil à pu former successivement ;
c'est « la promesse du bonheur», « la promesse d’un
L (1) Amour, 293.
… (2) « La seule manière de tuer l'amour passion est d'empêcher
caractère utile à l'âme » (1). Une fois la cristallisation commencée, l'amour jouit de la beauté qu'il a créée. Une fois l'amour épanoui, 1} s’alimente à toute beauté «Tout ce qui est beau, dans la nature et dans les arts, 4 rappelle le souvenir de ce qu'on aime. L'amour du beau et l'amour se donnent mutuellement la vie » (2).
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Nous verrons quelles raisons personnelles ont con- | duit Stendhal à insister tellement sur la rêverie amoureuse, qu'il semble bien prêt parfois d'y faire rentrers
tout l'amour. Mais l'amour n’est pas une rêverie soli-« - ee
Ÿ (1) Baudelaire poussera jusqu a extrême cette idée de Stendhal : 4 voir (Œuvres posthumes, p. 356. # (2) Amour, 28. Dans une de ses nouvelles, Stendhal a exprimés à avec beaucoup de bonheur cette interaction du réel et de l'idéal ; dans la composition de la beauté amoureuse. C’est Feder, un pein-« tre, dont l'imagination travaille ainsi : (Vouvelles inédites) « Quel contour admirable et fin a ce nez-là ! se dit son esprit de peintre; mais quelle âme étonnante et capable d'aimer infiniment annonce cetle physionomie-là, ajouta son cœur d’amant», 307. ; Celte lèvre inférieure (rop avancée était assurément une faute contre la beauté et Feder la sentait vivement; mais elle annonçait une certaine pOs-M sibilité d'aimer avec passion, à laquelle, je ne sais pourquoi, il se trouvait extrêmement sensible en ce moment », 290; « par éxemple | ce contour des lèvres un peu trop grosses et susceptibles d’exprimer la passion la plus ardente, et qui faisait un étrange contraste” avec le contour tout idéal du nez et l'expression chaste et sublime de ces yeux, dont le regard si vif serablait appartenir à quelque sainte du Paradis au-dessus des passions »,364. « Tous ces châteaux en Espagne que-mon imagination bâtit sur sa physionomie ; les mouvement de ses yeux, qui, quelquefois, a de la profondeur et qui donne à ses paroles une tout autré portée que celle qu'on y verrait
d'abord ; c’est une harmonie à la Mozart, mise sous un chant vul-" gaire », 300.
ire ; il lui faut une réponse et un retour: Après toutes es analyses, nous sommes en mesure de comprendre entièrement la pensée de Stendhal ; le terme où aspire amour, cest l'intimité. Ce qu'il entend par ce mot, pris au sens le plus large, n'est-ce pas « l’état de conf ance sans bornes qui fait peut-être le plus doux charme de l'amour » (1), l'unité d'âme qui s'établit entre es amants (2), la pleine entente de deux âmes (3).
Ainsi l'intimité est autre chose que la possession; les
deux choses peuvent exister l’une sans l’autre, comme lune avec l’autre (4). La possession n’est pas la condion nécessaire de l'intimité. « En amour, posséder n'est rien, c'est jouir qui fait tout » (5). La possession (1) Armauce, 155; Corr., LL, 105.
(2) « Après un an ou deux, quand l'amant n’a plus, pour ainsi ire, qu'une âme avec cequ'il aime, et cela, chose étrange, même Ï dépendamment des succès en amour, même avec les rigueurs de Sa maitresse ». Amour, 210. Comme il parle d'imagination renver- € , Stendhal parlera aussi « d'intimité cruelle ». Rouge, AI, 101. (3 «Nous parlions avec l’intimitéde deux grandes âmes qui s’enndent ». Journal, 153.
(4) Il n'y a pas chez Stendhal d'analyse de l’amour platonique, s'il J a beaucoup de platonisme dans la passe ns il la décrit,
E. vent) de la Philothée et de l'Imitation eut cet effet qu’elle comprit et lut avec délices certaines parties de la Princesse de Clèves, de la Marianne de Marivaux, et de la Nouvelle Héloïse. » Histoire de la Peinture, 230. « C'est l'amour dégagé des con- Wariétés qui l’empoisonnent et de la satiété qui l’éteint ».
… Voir aussi Chartreuse, 354, l'allégorie mystique dans UNS Fabrice robe son amour.
marque souvent le début de l'intimité (1), parfois er il elle en est la condition. Mais il est certain qu sd s’affine et s’approfondit par l'intimité, et que si elles arrive à réaliser tout l'amour, dépassant la surprise dus premier choc qui souvent n'est pas un plaisir, dépassant | le stade du plaisir physique, c'est qu'elle se pénètre et qu’elle se charge d'intimité. Le don du corps, qui n ests signe de rien, sans la présence de l’âme, devient le’ signe décisif du plein abandon. 3
Il ne faudrait pourtant pas reprocher à Stendhal de ne pas montrer comment la possession modifidl l'amour (2). Sans doute il se serait attaché aussi biens et plutôt à montrer comment l'amour modifie la pos
session. Mais la possession qui s’affine aide à acquérir l'intimité (3). Et il établit par des analyses très expli
cites que les femmes s’attachent par Les faveurs qu’elless ! accordent; après la possession, leurs rêveries se grouss pent autour d’un seul objet : justifier une démarche si
extraordinaire, si décisive, si contraire à toutes les L |
(4) Journal, 270. « Nous avons passé ensemble jusqu’à 4 boul res 4/2, dans la plus grande intimité, comme si je venais del avoir et que nous fussions las tous les deux. » ;
(2) Léon Blum, Stendhal, p.202. MR -
(3) Ztalie, 171, Cf. Senancour, De l'Amour (1re éd., p. 101)4 « Mais les jouissances indirectes, les délices de l'intimité tranquille sont plus durables que les émotions des derniers plaisirs : elles. sont meilleures que l'agitation orageuse et fatiguante d’un amour“ incertain, qui veut sans cesse, parce qu’il doute toujours. C’est danss
l'intimité établie, affermie et confiante, que l’on peus jouir beau coup ayec beaucoup de modération. » g E
L'AMOUR 105 ÿ |
abitudes de pudeur ; se rassurer sur leur amant CES e rassurer sur elles-mêmes (2); détailler à loisir des “instants si délicieux; de cette agitation mentale accrue ar l'ivresse nerveuse des plaisirs d'autant plus sensibles qu'ils sont plus rares, favorisée par les loisirs de a vie féminine et la prééminence de la vie affective ur la vie raisonnable, suit une seconde cristallisation, plus forte que la première et plus forte que chez 25e
Stendhal a distingué fort attentivement l'amour chez “l'homme et chez la femme.
L'amour féminin est dominé par la pudeur et par
\l'orgueil. La pudeur née du danger (3), en retenant le
retenue dans le désir et le jeu de l'imagination.
L'amour féminin est plein de réserve, car la femme se
le l’homme. L'homme qui attaque et demande (4) - (1) « Comme l’amour fait douter des choses les plus démonstrées; cette femme, qui, avant l’intimité, était si sûre que son amant est un homme au-dessus du vulgaire, aussitôt qu’elle croit n'avoir plus rien à lui refuser, tremble qu'il n’ait cherché qu'à mettre une femme de plus sur sa liste ».
- (2) « Elle croit de reine s’être faite esclave. »
» (3) Cf. Senancour, De l'Amour, 4e éd., [, 207. On peut, sur ce “point, consulter Crawley, 7e Mystic Rose, 1902.
(4) Cf. Cabanis, I, 300. :
« ss
sollicite une preuve d'amour qui n’est signe de rien” chez lui, habitué par toute son éducation à chercher” des succès de ce genre. Au contraire, par l'effet de la.
pudeur, qui est timidité, tendresse, fierté, chez la”
NA
f our elle et pour lui d’un plaisir raffiné, cette preuve P |
femme, et réserve en faveur de l'amant, et recherche
d'amour est le plus décisif de tous les signes de dévoue-# ment chez la femme. « Il y a ce malheur dans la vies que ce qui fait la sécurité et le bonheur de l’un des | amants fait le danger et presque l’humiliation de l’au-* tre » (1). L’orgueil complique la pudeur, en s’attachant,"
chez les femmes, à des choses qui n'ont d'importance «