AVANT-PROPOS
La psychologie est à l’ordre du jour ; elle relient lVatlention des philosophes, elle envahit même la philosophie au point de l’absorber. Pour beaucoup, celui-là seul est philosophe qui est psy-
- chologue, et il n’y a d’autre philosophie que celle
+ bé A RE PEMETE
qui s’adonne à l’étude, que dis-je ? à la dissection de l’âme, de ses activités, de ses puissances. Assurément rien n’est plus louable que d’examiner les rouages de notre vie psychologique, rien n’est plus utile pour la conduite des autres et
pour les progrès personnels de chacun : il sera
toujours vrai que nul ne peut mener ses facultés sur les routes du bien, du beau, comme de la vérilé, s'il n’a auparavant étudié le mécanisme de ces mêmes facultés. Ajoutons qu'après Dieu, il
… n’y a pas d'objet de méditation philosophique su-
périeur à l’äme humaine ; c’est même lPobjet le plus abordable avant Dieu et le plus près de nous ; c’est aussi celui qui nous révèle le mieux existence et la nature de l’infin.
Et cependant cette incontestable valeur de la
RAD Dés vtc
x AVANT—PROPOS
psychologie ne justifie pas son envahissement et ne
lui permet pas, à la manière de certaines plantes grimpantes, d'étendre ses rameaux sur l’ensemble
du champ philosophique, d’y enlacer, dy étouffer toute autre production, d'y régner en unique propriélair e et maitresse.
A celte prétention d’accaparement, la psychologie en joint une autre : celle d’être née d’huer,
de tout devoir aux méthodes actuelles, d’avoir été
ignorée pendant de longs siècles.
Les anciens, affirme-t-on, n’avaient pas de psychologie, les scolastiques ont à peine soupçonné cette science, la vraie psychologie, la saine, la savante, date de ce siècle, du siècle précédent
tout au plus. Il a fallu pour lui permettre d’exis-
ter, l’adieu dit à Va priori, l’usage rationnel et continu des méthodes expérimentales.
Nous sommes loin de contester l'immense utilité de l'observation et de l’expérimentation scenti- Jique en psychologie, nous reconnaissons volontiers que ce siècle a apporté de fort précieuses contributions à la connaissance de l’âme : cer-
taines régions du moi humain ont été explorées
avec sagesse el reconnues avec profit. Mais ne soyons pas eæclusifs.
Les travaux de ce siècle n’enlèvent rien aux
mérites des äges qui l'ont précédé. La scolastique, en particulier, RU avoir ignoré les instruments scientufi ques créés depuis elle, a cependant large-
ment usé de la méthode expérimentale. Tout n'est pas a priori chez elle ; au demeurant, son a priori est sage et fondé en raison. Enfin, qu.
AVANT-PROPOS xt
aura lu avec attention les œuvres, non pas seule-
ment de ses philosophes, mais surtout de ses théologiens ascétiques, découvrira chez eux des données psychologiques nombreuses, exactes, el tout un trésor d'observations oubliées depuis, et que la psychologie actuelle, en les découvrant de nouveau, croit à tort avoir été toujours ignorées.
Empièlement sur le reste du terrain philoso-
* phique, méconnaissance du passé : à ces deux dé- P P
… fauts de la psychologie contemporaine, ajoutons-en
un troisième, c’est-à-dire un naturalisme exagéré. Certes, la psychologie doit étre inspirée surtout par les données de la raison et de l'expérience
naturelle. En philosophie pure, elle doit même 3 puiser exclusivement à ces sources. Alors, c’est l’homme qu’il s’agit d'éludier, son äme qu’on scrule dans les différentes pièces que sa nature comporte, dans les diverses ie de son activité
nalive.
Mais n’y a-t-1l pas lieu, à la psychologie naturelle qui décrit les facultés de l’homme, d'ajouter |
la psychologie surnaturelle qui étudie et analyse
les résultats psychiques de la présence du surnaturel dans l’âme ? On s’est appliqué, avec des efforts louables,
sonder minutieusement toutes les maladies de
Pintelligence ou de la volonté, on en a énuméré
loules les formes, on a parcouru loutes les étapes de la déchéance intellectuelle et morale pour en noter les défaillances et les anomalies. Pourquoi,
à côté de cette étude, n’en ferait-on pas une autre
sur le fonctionnement nouveau de l’esprit et de la