‹ La psychologie des élusChapitre 38 sur 57 · LE PR · texte numérisé non relu

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tuelle parfaite, tendent vers une même fin, le service et l'honneur de Dieu. Et cet immense panorama dans l’horizon duquel sont renfermées toutes les natures corporelles, au-dessus

duquel planent les ‘substances spirituelles,

et qui est éclairé par le soleil infini de la nature divine, remplit le regard angélique d’une joie intense incomparablement supérieure à l’admiration, à l'émotion que cause au touriste arrivé sur l’arête du Mont-Blanc, le spectacle immaculé des neiges éternelles, couvrant de leur robe de lumière les chaînes voisines, les mers de glace et la solitude des plateaux lointains.

Tel est le maître accordé par le Créateur aux élus; il est une intelligence vraiment supérieure, il possède une science à nulle autre pareille. Il ne lui reste pour être un instituteur parfait qu'à exprimer, en un langage excellent, ce qu'il sait si bien.

IX. — Les Anges parlent. Toutes les créatures parlent et, en un langage compris de toute intelligence sincère, chantent les louanges de Dieu, Cœli enarrant gloriam Dei, et le firmament annonce les œuvres de ses mains, el opera manuum ejus annuntat firmamentum.

Le jour en fait le récit au jour : dies diet erucat verbum, et la nuit en donne connaissance à la nuit : et nox nocti indicat seientiam. Ce ne sont point des paroles ni des discours dont on n'entende point la voix : non sunt loquelæ neque sermones quorum non audianltur voces eorum.

Leur bruit s’est répandu dans toute la terre, in omnem terram exivit sonus eorum, et leurs paroles jusqu'aux confins du globe de la terre, et in fines orbis terræ verba eorum *. Les choses ont une voix, elles se parlent entre elles, l’univers est plein de leur conversation qui roule tout entière sur Dieu et sur la gloire de ses œuvres. Si les choses se parlent entre elles, si elles s’instruisent mutuellement, à plus forte raison les Anges doivent-ils avoir eux aussi une voix,

voix supérieurement éloquente comme leur #

nature est supérieurement parfaite, voix par laquelle ils se communiquent le secret de leurs pensées, les élans de leur cœur, les délicatesses de leur amour pour Dieu ; et le ciel est rempli du murmure harmonieux de cette conversation d’esprits dont les grandeurs divines et les bontés providentielles sont le thème toujours nouveau, jamais épuisé. Les âmes séparées font partie de ce concert de louanges ; esprits, frères

des Anges, elles parlent entre elles, elles

parlent aux Anges et leur disent les joies de leur nouvelle existence ; les Anges leur parlent comme ils se parlent entre eux, et il s'établit une intimité de langage où se réalise, des Anges aux âmes, un cœur à cœur plein de confiance et de douceur. |

X. — Par cette conversation, les Anges et les âmes se révèlent mutuellement les uns

aux autres; 1l faut y joindre un véritable et

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LE MAGISTÈRE ANGÉLIQUE ré

magistral enseignement allant des Anges aux àmes. On rencontre fréquemment dans les pays de montagnes, entre deux sommets, un lit de torrent qui dévale par gradins abrupts et nombreux jusque dans la plaine; l’eau s'y précipite venant de la fonte des neiges accumulées là-haut par les siècles, et le courant saute de rocher en rocher, écumant et pressé, faisant étinceler au soleil la blancheur neigeuse de son écume, l’azur de ses ondes, le cristal des perles liquides dont il s’enveloppe dans le fraçcas des chutes. Le flot brillant et pur semble descendre du ciel, parcourir les gradins d’une hiérarchie de rochers, pour aboutir à la vallée qu'il arrose enfin et féconde, Ainsi la science, dans le monde céleste, jaillit de l'intelligence divine, comme un flot fini qui coulerait d’une source infinie. Au-dessous de Dieu, les Anges, natures inégales et merveilleusement diverses, s’étagent en gradins nombreux, et forment toute une hiérarchie d’esprits : au dernier decré sont les âmes humaines, intelligences tes dont la capacité est inférieure à celle de toutes les intelligences célestes. Et les connaissances jaillies de Dieu vont aux Anges supérieurs, sont communiquées par ceux-ci aux Anges qui les suivent dans la hiérarchie, et descendant d’échelon en échelon

d’Angeen Ange, les vérités éternelles finalement sont communiquées par les esprits inférieurs aux esprits humains avec une générosité et une abondance sans réserve, cascade lumineuse où les inférieurs reçoivent le flot de lumière

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accordé d’abord aux supérieurs, où les Anges … les plus parfaits instruisent les moins parfaits, où ceux-ci instruisent les hommes.

Il ÿ a donc au ciel un magistère, c’est-à-dire un enseignement donné par les plus éclairés aux moins instruits. Ce magistère est la raison d’être de la hiérarchie des Anges qui ne peut être qu’une hiérarchie intellectuelle et de connaissances. Ce que l’Ange le plus rapproché du Très-Haut a appris de son Dieu et de la Nature, il le traduit en un langage approprié et le com- … munique à son frère le plus proche, et ainsi la vie céleste est un enseignement perpétuel. |

N’en avons-nous pas un symbole dans l'Eglise | qui est ici-bas le germe et une image lointaine … de la société céleste? L'Eglise du Christ repose sur la prédication comme sur une colonne inébranlable, mais essentielle, C’est l'enseignement | des Apôtres, continué par leurs successeurs, qui | ouvre les intelligences à la foi, qui transmet les vérités éternelles, ajoute chaque jour quelque âme au nombre des âmes fidèles. Là encore | une cascade lumineuse descendue des lèvres du . Christ, va des apôtres aux prêtres, des prêtres aux fidèles, et la vie de l'Eglise se manifeste surtout par l’enseignement. |

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XI — Les élus sont donc instruits par les Anges et la parole de ceux-ci est un chant.

C'est une harmonie indicible ; harmonie des . paroles toujours véridiques avec une science infaillible, harmonie des ‘pensées toujours merveilleusement coordonnées entre elles et d’ac-

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cord avec les réalités éternelles ; harmonie de la science chantant l'harmonie des choses et le concert unanime de la créature en l'honneur de son Dieu. Car l’univers tout entier, nous l'avons vu, est un chant où chaque être donne sa note, où nulle voix ne contredit une autre voix, et d’où s échappe une symphonie à la fois douce comme ce qui part du cœur, et puissante comme ce qui s'appelle l’immensité. Le chant des Anges chante ce chant des choses et les âmes de nos morts, qui sont elles-mêmes par

leurs vertus un hymne céleste, entendent ravies l'harmonie angélique, et cette harmonie les

éclaire, leur dit des choses non encore entendues, leur apprend de Dieu des grandeurs insoupçonnées, des bontés ignorées. Et leur intelligence s’instruit et grandit ainsi dans la lumière et monte dans l’amour. C’est ce caractère du langage des Anges qui a valu à leurs légions le nom de «chœurs », et qui a fait si souvent, dans les peintures chrétiennes, représenter les esprits célestes sous la forme de musiciens ailés, armés de la harpe ou de la lyre* symbolique. Nos morts vivent là-haut parmi des concerts éternels qui les émeuvyent et les réjouissent en les instruisant.

XII. — Nos morts sont surtout, au ciel, à l’école de nos Anges gardiens. Quand un Homme apparaît sur la te il n’y vient jamais seul. Auprès de chaque âme créée par sa

toute-puissance, Dieu détache un Ange pour la garder. L'âme et l’Ange prennent en même

temps leur vol vers la terre : ils en reviendront ensemble après avoir combattu côte à côte. Il s'établit, par le fait même, une intimité, une solidarité étroite entre l’âme et l’Ange. Celui-ci ponts à celle-là, celle-là appartient à celui- ; les deux ne font qu’un dans une amitié iystérieuse et providentielle. Or, en s’attachant à l’homme, l’Ange gardien s’attache du même Coup à tous ceux qui entourent cet homme, à sa famille, à son père, à sa mère, à ses frères, à ses amis ; il s'attache aux Anges gardiens de la famille, du père, de la mère, des frères, des amis, et ainsi à la famille terrestre composée des parents issus d’une même souche, correspond là-haut une famille angélique composée des Anges gardiens de tous ces parents. Et ces Anges se concertent entre eux, en des conseils où domine l’amour de nos âmes, pour arrêter les moyens de nous sanctifier et de nous sauver. Et quand un membre de la famille terrestre quitte ce monde pour entrer en paradis, il est reçu par cette famille d’ Anges gar- diens dans laquelle il est présenté par son Ange gardien triomphant : il vit au milieu des Anges 3 gardiens de sa famille. Comment ne pas croire ir est instruit par ceux-ci; qu'ils lui parlent de ceux qui sont restés, et qu'ils gardent et accompagnent ; qu ils lui racontent les progrès de chacun de ces parents aimés, le secret de leurs souvenirs pour le mort, de leurs délica- : tesses pour travailler encore à son salut et à son bonheur ?

Entretiens pleins de douceur où l’âme sor-

tie du corps, loin d’être séparée des siens, revient au milieu d'eux, vit dans leur pensée et les suit jusque dans les luttes et dans les victoires de leur conscience, les soutient dans leurs angoisses, grâce à la complicité, pleine d'amour et de tendresse, des Anges de la famille.

O Dieu, quand donc iraï-je à l’école de ces Anges si éclairés, si éloquents et si bons : quand en goûterai-je les harmonies ; quand pourrai-je en contempler les lumières ?

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