‹ La psychologie des sentimentsChapitre 84 sur 112 · Vierteljahrsschrift fur irissenscli. Philosophie, t · texte numérisé non relu

Vierteljahrsschrift fur irissenscli. Philosophie, t

sitifs et les actifs se ramène aussi à ce contraste fondamental entre la contraction et l'expansion, entre la tendance à la vie intérieure pour les uns, à la vie extérieure pour les autres.

3° La réduction aux deux grandes classes qui précèdent n'est pas suffisante. Sans doute, si l'on s'en tient à une construction théorique, il n'y a rien de plus que l'agir et le sentir; mais l'observation nous montre qu'il est nécessaire d'établir une troisième classe : celle des apathiques, qui correspond à peu près au tempérament lymphatique de la physiologie. Ses caractères généraux sont bien nets : ils consistent dans un état d'atonie, dans un abaissement du sentir et de l'agir, au-dessous du niveau moyen. Les deux autres classes sont positives, celle-ci négative; mr"s très réelle. Les caractères apathiques ne doivent pas être confondus avec les amorphes : les premiers sont innés, les seconds sont acquis; sous sa forme pure, l'apathique a pour marque propre : l'inertie. Il n'est pas plastique comme l'amorphe ; il n'offre pas de prises. Il ne réussit pas à sentir assez pour agir assez. Il n'est ni optimiste, ni pessimiste; mais indifférent. Paresseux, endormi, inerte, insouciant : telles sont les épithètes qui le peignent dans sa généralité. Ce caractère a pour base physiologique la constitution lymphatique bien souvent décrite : abaissement du tonus nerveux (Henle), augmentation de la circulation lymphatique, d'après les uns ; affaiblissecient de la circulation sanguine, d'après les autres. Cependant, il ne faudrait pas croire que ce n'est qu'une terre ingrate sur laquelle rien ne pousse. Ajoutez-y un troisième élément éliminé jusqu'ici à dessein — l'intelligence — et le caractère apathique prend du reliet comme nous le verrons dans la suite.

Dans cette détermination des genres, des classes fondamentales ramenées à leur plus haut degré de généralité, faut-il admettre une quatrième classe, celle des tempérés't On pourrait dire : prédominance du sentir, prédominance de l'agir, atonie de l'un et de l'autre; cela réclame un complément, à savoir un état de parfait équilibre entre la sensibilité et l'action. Ce type existe; mais je nie qu'il ait sa place dans une détermination primordiale. C'est une forme mixte, composite, dont par conséquent l'étude doit être ajournée. D'ailleurs, il ne faut pas se faire illusion : tout caractère est une hypertrophie ou une atrophie ; le caractère « iiarfaitement équilibré » est un idéal

analogue au temperamenlum temperalwn des physiologistes ou bien il se rapproche des aniorphes.

ni

Sortons de cette classification très générale pour entrer dans notre détermination du second degré. Passons des genres aux e^èces. Ici entre en scène un nouveau facteur : les dispositions intellectuelles.

Le terme sentir (comparez l'anglais feeling) s'applique à deux groupes distincts de manifestations psychiques, ©onfondues à l'origine : les états affectifs, les états représentatifs. Jusqu'ici, en employant ce terme, ou n'a tenu compte que des seuls états affectifs, parce que seuls avec les mouvements ils sont primitifs dans la constitution du caractère. Us forment la couche profonde, de première apparition; les di.spn^ions intellectuelles forment une seçoiide couche, superposée. Ce qui est fondamental dans le caractère, ce sont les instincts, tendances, impulsions, désirs, sentiments : tout cela et rien, que cela. C'est un fait d'une observation si simple et si évidente qu'il n'y aurait pas lieu d'insister, si la plupart des psychologues n'avaient embrouillé cette question par leurs incurables préjugés intellectuahstes. c'est-à-dire par leur effort à tout ramener à l'intelUgence, à tout exphquer par elle, à la poser comme le t^-pe irréductible de la ^ie mentale. Thèse insoutenable; car, de même que physiologiquement la vie végétative précède la \ie animale qui s'appuie sur elle ; de même, psychologiquement, la vie affective précède la vie intellectuelle qui s'appuie sur elle. Le fond de tout animal, c'est « l'appétit » au sens de Spinoza, la « volonté » au sens de Schopenhauer, c'est-à-dire le sentir et l'agir, non le penser. Je ne veux pas insister sur ce point qui exigerait trop de développement : je m'abstiens, non par pénurie, mais par surabondance de preuves '.

Restons strictement dans notre sujet en nous bornant à quelques

1. Je renvoie le lecteur au brillant chapitre de Schopenhauer intitulé : « Du primat de la volonté », en rappelant que « volonté » signifie chez lui tendance, sentiment. (Le monde comme volonté, etc. Supplément au liv. II, ch.xrx.) Nous reviendrons, sur ce sujet dans la Conclusion de cet ouvrage.

\ remarques décisives. Le caractère exprimant l'individu dans ce qu'il/ la de plus intime, ne peut se composer que d'éléments essentiellement subjectifs et ce n'est pas dans les qualités intellectuelles qu'il jfaut les chercher; puisque l'intelligence, dans son évolution ascendante des sensations, aux perceptions, aux images, aux concepts,' tend de plus en plus vers l'impersonnel .

On pourrait, de plus, prouver par de nombreux exemples que le développement excessif de l'intelligence entraîne souvent une atrophie du caractère, ce qui établit clairement leur indépendance. Les grands manieurs d'abstractions, confinés dans la spéculation pure, tendent à réduire leur vie ordinaire à une routine monotone, d'où l'émotion, la passion, l'imprévu dans l'action, sont exclus autant que possible (Kant, New^ton, Gauss et bien d'autres). Schopenhauer a raison de dire que beaucoup d'hommes de génie sont « des monstres par excès », c'est-à-dire par hypertrophie des facultés intellectuelles. « Si l'homme normal, dit-il, est formé de 2/3 de volonté et de 1/3 d'intellect, l'homme de génie comprend 2/3 d'intellect et 1/3 de volonté *. » 11 y a des exceptions : on le sait. Elles prouvent non que le développement de l'intelligence favorise celui du caractère; mais que, chez quelques-uns, elle ne l'entrave pas. — NV.st-i] pas aussi d'observation courante que, ces deux facteurs, le caractère et rintelligencR, spnt souvent pji,Alsaccord ? on pense d'une manière et on agit d'une autre, on écrit de beaux traités de morale que l'on ne pratique pas, on prêche l'action et on reste bien tranquille, on a le cœur très tendre et on rêve des plans de destruction universelle *.

L'intelligence n'est donc pas un élément fondamental du caractère : elle est la lumière, elle n'est pas la vie, ni par conséquent l'action, l-p pgrqpt^rp. pinngp sps rarines dans l'inconscient, ce qui yfiiit dire dans l'organisme individuel ; c'est là ce qui le rend si difficile à pénétrer et à modifier. Les dispositions intellectuelles ne peuvent agir qu'indirectement dans sa constitution. Reste à voir par quel mécanisme.

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