‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 24 sur 115 · OMISSION DE LA I ACUITÉ MOTRICE · texte numérisé non relu

OMISSION DE LA I ACUITÉ MOTRICE

))la résistance des corps (1)... La physiologie et la pa- »thologic, et en partie lanalomie, prouvent la diflë- )) rence qui existe entre les nerfs des mouvements vo- » lontaires et les nerfs du toucher. Les premiers ne )) peuvent propager les impressions des seconds ; les nerfs )) du mouvement reçoivent leurs impressions du dedans, )) les nerfs du toucher reçoivent leurs impressions du )) dehors. La langue a trois sortes de fibres nerveuses : la )) première pour le goût , la seconde pour le toucher, la » troisième pour le mouvement (2). »

Montrons d'abord que cette faculté intérieure qui emploie les nerfs des muscles à la perception de la résistance des corps , nest pas toujours la volonté ; car Spurzheim, dans l'opposition quil fait du mouvement et du toucher, se sert le plus souvent des mots de mouvement volontaire. Le mouvement instinctif, tel que celui que nous exécutons pour repousser une attaque subite ou pour recouvrer notre équilibre , n'a pas eu le temps de devenir volontaire ; le mouvement habituel, comme celui qui préside à un geste que nous ne remarquons même plus, a cessé dôtre volontaire. Or, pendant l'exercice de ces mouvements , si nous rencontrons un corps extérieur , nous en apprécions à Tinstant non - seulement la température et l'étendue , mais encore le degré de résistance, cest-à-dire la mollesse ou la dureté. Donc la faculté qui préside à l'action du muscle , et à l'aide de laquelle nous connaissons la résistance des corps étrau-

(1) Obs., p. 2i4.

(i) Obs., p. 236.

7i OMISSION Ui; lA 1 AClLTÉ MOTRICE.

gers est présente ici en l'absence de la volonté ; et je crois que les phrônoîogistes nous accorderont celte conclusion. Mais celte faculté intime , cette faculté qui est moi, puisquelle peut devenir perceptive, agit sur les nerfs du mouvenient et sur les muscles avant de connaître, à l'aide des muscles et des nerfs, la résistance des corps externes. Elle n"a du reste aucune connaissance des nerfs et des muscles qu'elle met en action. Donc avant de percevoir la résistance du corps extérieur, elle n'est nullement perceptive ou intelligente; elle est motrice , et voilà tout. Il arrive même qu'elle se déploie souvent sans rencontrer de résistance extérieure ; et , dans ce cas, le mouvement se distingue encore mieux de la perception. Nous avons vu plus haut que celte faculté motrice peut être mise en œuvre par la volonté , comme les forces intellectuelles ou alTeclives , mais qu'elle n'est pas la volonté, et qu'elle se déploie sans le concours de celle-ci. Or, sil y a une faculté motrice qui n'est pas la volonté, qui ncstpasnon plus nécessaîrcment perceptive, puisqu'elle peut s'exercer sans perception , on ne doit la ranger ni dans la volonté ni parmi les facultés intellectuelles. Elle n'appartient pas non plus aux facultés affectives, parce qu'elle n'est pas du plaisir ou de la peine , de l'amour ou de l'aversion. Il faut donc lui faire sa place à part dans un tableau général des manifestations du moi. jNgus ne devons pas cacher la volonté et la facullé molrice derrière rinlelligence cl l'anectivité, mais les placer toul(S les quatre sur le mémo plan, et proclanif^r, dès le début, que l'àme est une force iûtelligentc, afl'ective, motrice et volontaire.

ORGANOLOGIE DE LA l'ACLlLTÉ MOTRICE. 75

Plusieurs philosophes anciens avaient phac6 la facullé motrice au rang qui lui convient sur le tableau général des facultés de 1 àme. Dans les temps modernes , les Ecossais l'ont laissée confondue avec les aiîections sous le nom de facultés actives. M. Th. JoulTroy a , depuis , réparé cette faule, et, dans son enseignement, lia fait reparaître la faculté motrice sur le premier plan de la division des facultés.

Parmi les phrénologistes il n'y a que M. Broussais qui ait suivi la même marche. Il partage les faits phrénologiques en quatre classes : 1° les instincts ; 2° les sentiments; 3° les facultés intellectuelles; h" les mouvements (1). Si le célèbre médecin avait considéré que les facultés qu'il appelle institicts rentrent pour une part dans les moiwemcjits , et pour Taulre dans les alTeclions de plaisir, de peine , damour et daversion , et par conséquent dans les sentimeiiis , il aurait établi une division comprenant : 1" les faits intellectuels; 2° les faits alTectifs ; 3° les impulsions ou motions , et à laquelle il n'aurait manqué que ; h° les volitious pour ressembler à la classilication que nous venons de proposer.

S 2. Inccrtilude des phrénologislcs sur l'orgaue de la faculté motrice.

La faculté motrice est comme l'instrument docile de toutes les autres facultés. Celles-ci lui font produire des mouvements spéciaux appropriés à la satisfaction de leur tendance particulière. Ainsi l'appétit, par exemple , fait exécuter à l'enfant le mouvement de succion , de déglu-

1) Cours cl( phrin.,ç.3.

70 ORGANOLOGIE

titiou, etc. Chaque faculté iatelieclueîle ou affective ayant son siège particulier dans le cerveau , d'après lliypothése phrénologlqiie, il se préseoîe ime question organologique fort compiiquée à l'égard de la force motrice : V Cette force rèside-t-elie comme les autres dans le cerveau ? 2° N'existe-t-il dans le cerveau qu'un seul organe de la faculté motrice , que les autres facultés dirigent à leur manière , ou bien Forgane de chaque autre faculté est-il en même temps l'organe des mouvements qu elle détermine ?

Les phrènologistes se sont partagés sur cette question.

« Le cerveau , dit Gall , est, à Faide de la moelle épi- )) nière , en liaison avec les instruments du mouvement )) volontaire. Chacun des organes met à son unisson les )) instruments des sens , les muscles, et par là les extré- » mités du corps (1). »

Ainsi d'après Gall la faculté motrice n'aurait pas son siège dans le cerveau, mais dans les nerfs , qui agiraient en sympathie avec les dispositions de l'encéphale.

Spurzheim a changé cette théorie. 11 pose un organe cérébral de la perception du poids qui met en jeu les nerfs du mouvement (2). « Les idées du poids, de la résistance, )) dit-il , ne peuvent s'attribuer à aucun des sens exté- » rieurs. Pour les acquérir, les muscles sont employés par )) une force intérieure (3). » Ailleurs il avait dit : a Le » mouvement qui a lieu avec connaissance et volonté rè- )) suite d'une causeinlérieure {h) . » Il attribue ici à l'organe cérébral, non-seulement la connaissance de l'effort , mais

(1) Ànatomie, etc., t. IV, p. 291.

(2) Obs., p. 235-244-282.

(3) Manuel, p. :,Ç,.

(4) Obi., p. 2U.

DE lA lACULTÉ MOTRICE. 77

encore la production de rcffort lui-même. II ne laisse aux nerfs seuls que les mouvements dont nous n avons pas conscience, ou qui ne dépendent jamais de notre volonté, tels que le mouvement périslallique des intestins, la contraction de la matrice qni peut mettre l'enfant au monde après la mort de la mère (1), et c'est probablement par inadvertance que , dans une autre partie, ii rapporte aux nerfs la production de la voix (2), car ce phénomène résuite d'un mouvement qui peut être fait avec connaissance et volonté.

Quant au siège qu'il assigne à la faculté motrice , ii Ta comme égaré parmi les organes des facultés inteliectuelies, entre l'organe de la mémoire de lêtendue et l'organe du coloris. L'analogie s'oppose à cette localisation, et Spurzlieim a déclaré, en définitive, qu'il la regardait encore comme douteuse (3). Sur ce sujet, comme sur beaucoup d'autres , il n'avait pas converti son maître qui a écrit : « Ce que M. Spurzheim dit des organes de l'es- » pérance , de l'étendue , de la pesanteur, n'a pas encore )) pu me convaincre. Aussi n'a-t-il rien prouvé à leur » égard [h). »

Gall ajoute plus loin : « Plus les facultés sont indis- )) pensables à lindividu, plus les organes en sont placés

» vers la base du cerveau Les organes qui se prêtent

)) secours sont placés près les uns des autres. » Mettant à profit ces faits et ces analogies , nous demanderons pourquoi les plirénologistcs ne placeraient pas l'organe de la faculté motrice dans les lobes movens du

(1) Obs., p. 6-7.

(2) Obs., p. 235,

(3) Obs., p. 282.

(4) Jnatomit, etc. t. III, p. XXV.

78 OKGANOLOGIi:

cerveau , aux environs du cervelet , derrière Torgane de l'alimentation , devant les organes du sentiment de la propre défense , et de l'amour physique , car ce sont les affections animales qui ont la liaison la plus étroite avec la faculté motrice. Les nerfs olfactifs , suivant la plupart des phréuologistes , paraissant avoir leur origine dans les lobes moyens : si Ton y [^laçait aussi la faculté motrice, on expliquerait peut-être par-là pourquoi la respiration des sels volatils fait recouvrer 1 équilibre , et pourquoi l'abus des odeurs et des liqueurs enivrantes le font perdre. L'organe moteur étant alors immédiatement voisin de l'oreille et du cervelet , on comprendrait comment la lésion de ces organes trouble tellement le premier, que des physiologistes distingués ont cru devoir dire, les uns , que les canaux semi-circulaires de l'oreille avaient une certaine influence sur les mouvements , les autres, queîi; cervelet est l'instrument qui leur donne une direction symétrique.

M. Fossati, dans ses additions à la traduction du nouveau manuel de Combe, déplace le siège de l'organe qui perçoit la pesanteur cl la résistance , et le porte vers les tempes, le rapprochant ainsi du lieu que nous venons d'indiquer (1).

M. Vimont est revenu à l'opinion de Spurzheim, mais l'organe assigné par celui-ci à la perception de la résistance et par conséquent à la direction de la force motrice, est si petit qu'il est facile de se faire illusion sur sa grandeur relative. M. A imont raisonne ainsi : Une personne croit que les corps fuient devant elle, et elle s'imagine voir une cascade de spectres tomber dans

(1) JVcai'cnu manne!, p. 175.

Dt; LK FACULIK MOTniCE. 79

une chambre sans la remplir ; c est la faculté de percevoir la pesanteur qui doit être troublée. Or, cette personne a une lésion à la partie antérieure du cerveau : donc la facuKé de la pesanteur est dans la partie antérieure du cerveau (i). Mais un désordre dans la faculté motrice nous ferait mal apprécier la dureté, la ténacité et le poids des corps , et on ne voit pas comment elle nous ferait imaginer que les corps fuient devant nous. De même, elle pourrait nous faire perdre Téqui libre et non pas nous faire croire qu'une cascade de spectres tombe dans une ch'ambre ^ans la remplir. La personne qui est victime de ces ballucinations peut n'éprouver aucun désordre dans la faculté motrice, et la lésion qu'elle a subie à la partie antérieure du cerveau ne prouve pas que la faculté motrice y ait établi son siège. L'auteur commet d'ailleurs un double emploi en attribuant la juste appréciation du poids et de la résistance à une partie du cerveau, et l'adresse manuelle à une autre; car ces deux phénomènes dépendent également de la manière dont nous disposons de notre faculté motrice.

Enfin, M. Broussais a émis, en dernier lieu, une théorie qui ressemble beaucoup plus à celle de Gall qu'à celle de Spurzheim, et qui établit, dans chaque organe, deux parties, l'une destinée à la fonction inlellectuclie ou affective, l'autre à la détermination des mouvements. « Les fibres nerveuses motrices qui se » rendent aux muscles, sont partout, dans le cerveau, )) en rapport avec les organes de nos facultés, et c'est ce » qui constitue le volume énorme du cerveau (2). »

(1) T. II, p. iil-i.

(2) Cours de phrrn.j [). 1 >3 0 "Gi»

80 OaGANOI.OGlE DE LA FACULTÉ MOTRICE.

C'est aux organologistes à vider entre eux ce débat. J'ajouterai seulement que des deux hypothèses, celle dun appareil moteur accordée à chaque organe pour sa fin parllculière, et celle d'un organe moteur unique, placé sous l'influence de toutes les autres facultés, la seconde paraît la moins compliquée , et par conséquent la véritable , puisque la nature procède toujours par la voie la plus simple et la plus courte. IVous exposerons en leur lieu les raisons qui nous font croire que la force motrice a son siège à la place même du prétendu organe de la destructiuité.

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