OD PERCEPTIONS EXTERNES
1" Ces objets nous sont connus comme associés aux choses tangibles. 2° Ils nous sont connus par l'intermédiaire de nos organes, qui sont tangibles. 3" Le vulgaire se représente la couleur, l'odeur et la saveur comme des tluides 'dont sont pénétrés ou imprégnés les objets tangibles, et que loucherait un tact plus délicat que le nôtre : par exempie, Tenfant essaie de saisir avec les mains les sons diin instrument ou dune horloge. 4° Les physiciens expliquent les phénomènes de la lumière et de la chaleur par des fluides qu'ils composent hypoîhétiquement à l'image des corps tangibles élastiques. Ils ne laissent de matériel dans le son que les vibrations de lair^ qui est un corps tangible. Quant à 1 odeur et à la saveur , ils les regardent comme des phénomènes psychologiques ou physiologiques causés par la dissolution des corps tangibles. Ainsi , pour le vulgaire , comme pour les savants , le corps ou la matière c'est ce qui se touche ou ce qui serait susceptible d'être touché; toat ce qui n'est ni tangible , ni connu par nos organes , qui sont eux-mêmes des choses tangibles , est immatériel.
Déilnir le tangible , nous le répétons , personne ne le peut. Si Ton disait que c'est l'étendue , nous répondrions que l'espace est étendu et qu il n'est pas tangible. Si l'on répliquait que c'est une juxtà-positioo de parties, il faudrait ajouter : de parties tangibles, ce qui produirait une tautologie; et encore la physique contesterait-elle avec raison la juxta-posilion , puisque tous les corps de la nature sont susceptibles de se contracter, et que par conséquent, les parties ne sont nulle part juxta-posées. Il n'y a de continuité que dans la perception tactile, il n'y en a pas dans lobjet touché. H faut
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donc se contculcr de dire que le fan^Ml)le est le tangible , et que les hommes entendent , par matière on par corps, ce qui se touche ou ce qui est susceplihie deire touché, ou ce qui est associé aux choses tangibles et connu par le corps humain , qui n'est lui-même quiîne étendue tangible , instrument de nos perceptions.
Chacun entend assez bien le sens du mot perception : l'on adhère, géuéralemenl , à la délinilion que Thomas Reid en a donnée : « Le mot percevoir , dit-il , ne s'ap- » plique jamais aux choses de l'existence desquelles nous )) n'avons pas la pleine conviction. Je puis concevoir ou M imaginer une monlagnc dor, un cheval ailé; mais » personne ne dira «ju'il perçoit ces êtres imaginaires : )) la perception se dislingue par là de la conception ou » de l'imagination. 2^ La perception ne s'applique qu'aux )) objets extérieurs cl non pas à ceux qui sont dans )) l'esprit; si je seulTre , je ne dis pas que je perçois la )) douleur : par là , la perce5)tion se distingue (h\ la con- » science. 3" L'objet inmiédiat de la ])erception est » toujours une chose présente , jamais une chose passée. )) INous nous souvenons de ce qui est passé , nous ne le » percevons pas , et par là la perception se distingue » du souvenir. Kn un mot , la i)erception est la con- » naissance que nous avons des objets extérieurs par nos » sens (1). »
s .">. iJiir. r( ncc de la perception cl de lalTcclion.
Cette dé.Onition distingue très-bien la perception d'avec
(1^ ŒiiK-ret <lf Hrid, Ir. fr *' v .p. 2} l.
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lafToclion agn-ablc ou désagréable (iiii peut en risuller, et aussi d'avec la couccplion , soit de jnéinnire, soit de pure imai^inalion. lusislous sur celle double distinction avant dinlerrogcr à ce sujet la tliéorie plirénologique. Percevoir, c'est connaître par les sens, ce n'est pas jouir ou souiTrir. Ainsi, vous percevez l'étendue tangible sur laquelle est soutenu voire bras : cette perception n'est ni un plaisir , ni une peine. Il y a des couleurs qui vous plaisent , d'autres qui vous déplaisent , d'autres qui vous laissent indiiTérents, et que vous ne distinguez pas moins très-nellement d'avec les précédentes. La distinction que vous faites entre les sons n'est pas toujours une distinction de plaisir ou de peine : lorsqu'une voix frappe voire oreille , vous distinguez les articulations quelle prononce ; mais combien peu de personnes ont songé à se demander ce qu'ils préfèrent de Va, de 1'/, ou de l'o , ou même si ces articulations leur plaisent ou leur déplaisent. Qui pourra me dire ce quil aime le mieux en musique de la niédianle, de la sensible ou do la dominante? Personne peut-être, et cependant il n'est pas besoin d'une oreille trèsmusicale, pour distinguer les tons désignés par ces mots. Il y a donc ici une distinction de perception et non une distinction d'afiection. La différence de la perception et de l'aiTeclion est un peu plus difiicile à saisir à propos de la température, de l'odeur et de la saveur, parce qu'ici la perception et l'aiTection se séparent plus rarement. Cependant cetlc diiTérence n'en existe pas moins. La perception de la température peut se distinguer du plaisir ou de ia peine qu'elle produit: la glace , que vous fuyez en hiver , vous la reclîerchez en élé ; elle reste ia même, comme objet de perception , bien
loi DIFFÉRENCE DE L.\ PERCEPTION ET DE L'AFFECTION.
qu'elle produise une affactioo diflérente. Un chimiste nous dira que tel uiélaî a une odeur particulière; qui! la reconnaîtrait eiître mille, trouvât -on le moyen de la faire passer dans un autre corps? Demandons-lui si cette odeur est agréable ou désagrabîe : il aura quelquefois besoin d'y réfléeliir , quoiqu'il ne lui ait pas fallu de réflexion pour la distinguer des autres odeurs; quelquefois même , réflexion faite , il no os répondra que cette odeur lui est indifler^nte. Il en est de même pour certaines saveurs , qu'il distingue comme telles sans remarquer si elles lui plaisent ou déplaisent. Gassendi , dans ses objections contre Descartes , nous apprend que quand il était jeune , il ne trouvait pas au citron la même saveur que celle qui! lui trouva par la suite : c'était l'aflection et non la perception qui avait changé. Quoique cette saveur, de désagréable qu elle était lui fût devenue agréable , il ne lui conservait pas moins le même nom ; donc il la reconnaissait par une autre voie que l'aiTection, et, agréable ou désagréable, il l'eût démôiéc au milieu de plusieurs autres comme saveur spéciale et constante. Si la perception existe ainsi sans l'aiTection , Taffection à son tour peut se passer , sinon de toute perception , au moins d'une perception qui lui soit proportionnelle en intensité. Ainsi , lorsqu'une lumière nous blesse les yeux, nous ne pouvons en déterminer, ni létendue, ni la forme ; lorsque le son nous déchire l'oreille nous ne pouvons en indiijuer le rang dans réchelle musicale ou parmi les articulations ; les douleurs dans les membres, à la tête, ou aux dents ne contiennent qu'une localisalion très-vague , sans aucune indication d'une étendue ou d'une forme que le moi distingue d'avec lui-même. Condiilac avait donc commis une faute en confondant