OMISSION
)) cheval et le - chien sentent une mouche qui se pose » sur leur poil (1). » Cet exemple se rapporte très-exactement a la perception de l’étendue tangente que nous nous sommes efforcés de faire distinguer d’avec rétendue résistante. Or, n’est-il pas étonnant que Spurzheim n’ait compris au nombre des fonctions tactiles que la perception de la température, de l’humidité et de la sécheresse, du plaisir et de la peine, et qu’il n’ait mentionné la perception de l’étendue qu’en dehors des fonctions du toucher (2). Ce n’est certainement pas en vertu de la température ou de l’humidité que les chevaux sentent la mouche qui se pose sur leur épiderme , ou la main qui se place sur leur croupe, sans qu’ils en éprouvent ni plaisir ni peine. Il faut donc ajouter aux perceptions du toucher mentionnées par Spurzheim celle de l’étendue purement tangible.
Quant au plaisir et à la peine, ce sont des phénomènes affectifs dont je n’ai pas à m’occuper en ce moment; je rappelle seulement que l’attribution du plaisir et de la peine aux sens extérieurs et aux facultés intellectuelles (3) dérange un peu la division principale des organes en organes des facultés intellectuelles et organes des facilités affectives.
D’un autre côté la perception de l’humidité et de la sécheresse n’est qu’une nuance de la perception de la mollesse et de la viscosité, jointe quelquefois à celle d’un certain degré de froid , et je m’étonne que l’auteur qui
(1) Obs., p. 213.
(2) Obs., p. 215.
(3) Obs., p. 320-
DE QUELQUES PERCEPTIONS. Ul
rapporte la perception de la résistance et de la fluidité à la force motrice (i), attribue aux nerfs tactiles la perception de l’humidité.
Spurzheim, qui assigne la mémoire musicale et la mémoire verbale à des organes cérébraux distincts , renvoie à Fouie ou aux nerfs auditifs la perception du son, qui! paraît regarder comme une perception indivisible ; mais il doit y avoir dans la perception première les memes divisions que dans la mémoire : il y aurait donc lieu de compter à part la perception de l’intonation et celle de l’articulation. Indépendamment de ces deux nuances du son, nous en avons remarqué une troisième que nojs avons appelée le timbre; il se pourrait qu’une oreille fût conformée de telle sorte quelle demeurât fermée à une ou à deux de ces modifications. Les animaux qui se guident à la voix de i homme , perçoivent évidemment les articulations. Quelques-uns reconnaissent la voix de leur maître : ils perçoivent le timbre ; quelques autres paraissent sensibles à la musique : ils perçoivent les intonations.. Pouvons-nous assurer que tous soient doués des trois espèces de perceptions? Du moins ils ne les possèdent pas en proportion les unes des autres, Il y a donc lieu de compter ici trois perceptions au lieu d’une.
Je ferai remarquer enfin que la connaissance de l’étendue et d une partie des limites ne doit pas figurer seulement parmi les conceptions ou mémoires. Les perceptions tactiles et visuelles , au moins, et pour ne pas parler des autres, contiennent nécessairement une per-
(1) Obs., p. 2 U.
FÀCÜLTÉ I INTERPRÉTATIVE.
cepüon détendue, puisque nul li a jamais vu ni touché un point indivisible. Elles contiennent aussi des limites. Si elles n’étaient que des impressions sans étendue et sans forme, à propos desquelles les organes internes, sans communication avec les objets extérieurs, conçussent l’étendue et la configuration, ainsi que Spurzheim le donne à entendre dans plusieurs endroits de ses ouvrages (1), cette étendue conçue ne pourrait être qu’illimitée ou renfermée dans une forme toujours la même. Il faut donc que les limites et la forme variable des étendues soient fixées dans leurs éléments par les perceptions premières. Les perceptions attribuées par Spurzheim aux sens extérieurs ne sont donc pas complètes; aux perceptions de la résistance , de la température, de la couleur, du son, de fodeur et de la saveur , il faut ajouter celle de l’étendue purement tangible. On doit de plus diviser la perception du son en perception de l'intonation , de 1 articulation et du timbre ; résoudre la perception de 1 humidité en perceptions de la mollesse et de la température ; enfin noter que toutes les perceptions, et surtout celles du tact et de la vue, contiennent une perception d étendue et de limites.
S 11. Faculté interprétative.
La faculté intellectuelle qui s’éloigne le moins des sens extérieurs, c’est la faculté qui nous fait interpréter les
(1) Obs,, p. 33 et
signes naturels , la faculté en vertu de laquelle certains traits du visage, certains mouvements et certains sons nous apparaissent comme manifestations de sentiments et dépensées. Cette faculté s’applique, en effet, à des phénomènes matériels; mais les figures ne sont pas pour elle de simples positions de ligne dans l’espace ; les couleurs, de simples phénomènes visibles ; les sons, de purs objets de l’ouïe. Le pli du front est un signe; la couleur de la prunelle , une manifestation ; le mouvement de la tête , un indice ; l’inflexion de la voix, une déclaration. Sous le phénomène physique , elle devine un phénomène insaisissable aux sens ; en un mot , elle traduit ou interprète. Suivant la remarque de Thomas Reid (1) , l’enfant reconnaît spontanément dans les traits du visage , dans l’accent de la voix, des dispositions internes qui lui sont favorables ou défavorables., et il fait cette interprétation bien avant de remarquer qu’il produit de son côté les mêmes phénomènes , et en conséquence bien avant de les employer sciemment comme signes. C’est faute d’avoir
remarqué la priorité de l’interprétation sur la signification intentionnelle , qu’on a mal saisi la nature du langage, et qu'on l’a regardé comme le fruit d’une invention humaine. On a oublié que pour employer volontairement un geste ou une inflexion de voix comme signe , manifestation , indice , il fallait que ce geste ou cette inflexion eût été déjà interprétée involontairement et par nous-mêmes qui l’employons et par ceux à qui nous voulons l'adresser. Comment, en effet, leur en donnerions-
nous le sens? Ce ne serait qu’à l’aide d’autres gestes ou
d’autres sons qui auraient été compris naturellement ou qu’il eût été impossible de faire comprendre.
Cette interprétation naturelle , nous la faisons sur les gestes et les accents d’autrui , avant de la faire sur nos propres gestes et nos propres accents. La faculté du langage est donc interprétative avant d’être volontairement significative, ou expressive. Lorsque le geste ou l’accent expressif est involontaire, il n’est que l’action de la faculté motrice qui meut les muscles des membres , de la face, de la poitrine et du gosier, sous 1 influence d'une faculté affective ou intellectuelle ; et lorsque l’expression est volontaire, l’esprit a saisi le sens du geste ou de l'accent; il le reproduit sachant , en vertu de la faculté interprétative, ce que signifie ce phénomène, et usant du pouvoir de la volonté sur la faculté motrice. On a supposé que chacun de nous instituait séparément ses propres signes , qu'il choisissait à son gré un certain nombre de phénomènes , qu’il les revêtait volontairement du caractère de signe, qu’il supposait ensuite par induction , que les autres hommes suivaient la même marche , et qu’il n’arrivait à comprendre le langage d’autrui qu’après l’avoir parlé lui-même. D’abord comment s’expliqueraiton que ce choix arbitraire tombât chez tous les hommes sur des gestes et des sons , et ce qu'il y aurait de pins étonnant , sur les mêmes tons et les mêmes gestes. Secondement, si nos semblables n’étaient pas disposés par leur nature à prendre tels phénomènes physiques pour des déclarations de pensée , notre choix arbitraire ne parviendrait pas à rendre ces phénomènes intelligibles. Nous resterions dans notre solitude , et ne serions pas plus compris que des insectes agitant leurs antennes ou produisant leur bourdonnement. En troisième lieu ,
pour donner même arbitrairement à certains phénomènes le caractère de signe ou de manifestation , il faut que nous ayons nous-mêmes ridée de signe. Or , le rapport de signification ou de traduction , est tout à fait suigeneris. Ce n est pas un rapport de pure concomitance : le geste n’accompagne pas seulement la pensée dans le temps et l’espace , il la décèle. Ce n’est pas un rapport de succession : le jour succède à la nuit , et le jour ne signifie pas la nuit ; ni un rapport de substance et de mode : le geste n’est pas une qualité de la pensée , ni la pensée une qualité du geste ; ce n’est pas un rapport de cause et d’effet : car si la percussion est une cause de la chaleur, celle-ci n’est pas la traduction delà percussion , comme un regard sombre est la traduction du mécontentement ; enfin ce n’est pas un rapport de ressemblance : qu’y a-t-il de semblable entre un mouvement de tête et le refus , le doute ou le consentement?
Le rapport de traduction qui lie certains phénomènes matériels aux phénomènes externes , est donc un rapport spécial donné par une faculté particulière.
Mais cette faculté ne prend pas pour des signes tous les phénomènes matériels indistinctement; elle n’attache ce caractère qu’à un certain nombre de faits extérieurs qui sont partout les mêmes. Ainsi , sur toute la terre , l'inclinaison de la tête en avant signifie l’assentiment ; son mouvement horizontal de droite à gauche manifeste le refus; son mouvement en arrière traduit l’étonnement ; son balancement oblique exprime le doute; la joie est signifiée par une bouche qui s’entr’ouvre et dont les coins s’écartent; le souci, par des lèvres qui se collent l’une contre l'autre et qui se portent en avant. En tous lieux*
la prière s'énonce par les mains jointes ; la menace par le poing fermé. Toutes les nuances de la pensée , toutes les émotions du cœur ont leur langage naturel.
Les premiers instituteurs des sourds-muets , dominés sciemment ou à leur insu par une philosophie qui ne reconnaît aucune faculté innée , composaient pour leurs élèves des signes conventionnels. Pour donner à ces phénomènes extérieurs le caractère de signes , il fallait qu’il *
y eût d’abord entre le maître et le disciple une manière naturelle de s entendre, c’est-à-dire, une faculté innée d’interprétation, c’est ce qu’on ne remarquait pas. Mais dans le sein de l’école, à côté du langage artificiel, le langage naturel se développait , et les élèves , au grand étonnement du maître , furent bientôt en possession d’un langage qui n’était de l’invention de personne et qui devenait plus rapide , plus souple et plus riche que le langage d’institution magistrale. Il fallut que le maître apprît la langue des disciples, pour communiquer plus promptement et plus sûrement avec eux. Aujourd’hui, dans chaque institution de sourds-muets, il existe un langage des gestes naturels, que le maître et les élèves parlent de préférence au langage de convention. Ce qu’il faut remarquer, c’est que ce langage est le meme dans toutes les écoles, dans celles de la Russie comme de la France, de l’Amérique comme de l’Allemagne , bien qu’elles n’aient pas eu ensemble de communication. Deux sourdsmuets gui se rencontrent, des deux extrémités du monde, se comprennent sur-le-champ , et conversent ensemble comme des compatriotes ou des condisciples.
Maintenant, quelle est la limite du langage naturel ?
La partie expressive de la force motrice ne comprend pas seulement les mouvements des muscles du visage , de la tête et des bras : elle s’étend aux émissions de voix , aux accents et aux indexions. On dit ordinairement que le langage naturel ne renferme que les sons inarticulés; mais ce n’est pas assez dire. Les interjections se ressemblent dans toutes les langues ; elles font partie de ce que tout le monde nomme le langage naturel , et les interjections sont déjà des articulations ; elles comprennent les sons voyelles et quelquessons consonnes. 11 est inspiré à l’homme d’interpréter la voix comme les gestes , et de se servir, d’abord involontairement et ensuite avec intention, de sa voix comme de ses gestes pour se faire comprendre. On n’a pas assez observé que l’enfant encore au maillot est tout aussi naturellement frappé desaccentset des inflexions articulées de la voix de sa mère que de l’expression de sa physionomie; que quand il commence de son coté à signifier involontairement, et sans s’en apercevoir , il emploie autant la voix articulée que le geste. Les sourds-muets eux-mêmes , tout en s’exprimant par gestes , produisent des sons articulés, et c’est en attirant leur attention sur ceux qui leur échappent qu'on les leur fait répéter , qu’on y associe le signe qui les représente dans l’écriture , et qu’on leur enseigne à lire à haute voix.
Ceux des philosophes qui veulent tout expliquer dans 1 intelligence par un choix raisonné entre les données des sens extérieurs , ont supposé que l’homme avait tâtonné entre différents moyens d’expressions , tels que les figures tangibles, les couleurs, les bruits extérieurs, les tons musicaux , les odeurs , les saveurs et les articulations , et
qu’il s’était arrêté à ces dernières comme à des instruments plus commodes. De ce que le raisonnement nous conduit quelquefois au même but que la nature , on a souvent conclu que l’inspiration naturelle n’existait pas. Mais sur ce pied , on pourrait aussi révoquer en doute 1 existence de l’appétit. Notre corps ayant besoin de nourriture pour se soutenir, le raisonnement pourrait nous faire prendre le parti de lui donner des aliments à certaines époques périodiques ; mais la nature n’en a pas moins pris la précaution de nous faire sentir, à certains moments du jour , un vif besoin de nourriture et une forte impulsion à la chercher. Elle nous mène ainsi plus sûrement et plus promptement au but qu elle se propose, et nous serions bien malheureux si ce but était justement l’opposé de celui auquel nous conduirait le raisonnement.
Dans toutes les institutions qui sont réellement humaines, une nation parcourt differents degrés aux diverses époques de son existence , et les nations marchant dans ce progrès d’une vitesse inégale , se trouvent à de grandes distances les unes des autres. Pour l’écriture , par exemple , il y a un temps où une nation n’écrit pas , un autre où elle peint , un autre où elle abrège les peintures. Plus tard le signe écrit représente l'idée ; plus tard encore il représente le mot tout entier ; puis dans un temps plus avancé la syllabe , et enfin il dissout la syllabe et arrive a la lettre. Ainsi , tandis que nous sommes parvenus à ce dernier progrès, les Chinois ont encore autant de signes écrits que de mots. À l’égard des méthodes de numération les différences sont les mêmes : parmi les peuples, les uns comptent ayec des planchettes, les autres avec des nœuds.
les troisièmes , comme les Romains , avec des lettres d’un embarrassant attirail; les quatrièmes , comme les Arabes, avec des signes abrégés qui ont une valeur par euxmêmes et par la place qu’ils occupent.
Si les peuples avaient hésité dans le choix des moyens de communication, et qu’ils eussent essayé les différents procédés qu’on leur prête, les uns s’exprimeraient avec de petites ligures de bois, les autres avec des pièces d’étoffes diversement colorées, ceux-ci en frappant sur des corps de différents timbres , ceux-là en mariant les couleurs , d’autres encore par les intonations musicales. Or tous les peuples, même les plus barbares, se servent des articulations.
Ce ne peut être le raisonnement qui les ait conduits à ce choix, et qui leur ait fait varier les articulations suivant toutes les délicatesses de la pensée et du sentiment. Les peuples qui sont encore dans la plus profonde barbarie, qui n’ont fait usage du raisonnement dans aucune des branches auxquelles le raisonnement s’applique, qui ne l’ont employé à l’amélioration ni de leur nourriture, ni de leur vêtement, ni de leur habitation , ces peuples ont des langues admirables. Celles des Rerberes , des W olofs , des Chirokees offrent une complication et une richesse qui manquent à la nôtre. Nous avons tout à leur apprendre sous le rapport des arts de raisonnement , rien sous le rapport du langage.
Si i on disait que ces populations sont les débris d’un grand peuple autrefois florissant dont les monuments se retrouvent de jour en jour ? et qu’ainsi la langue est
chez elles une tradition ; nous demanderions comment
ces peuples auraient conservé lart merveilleux de la parole, eux qui auraient laissé perdre l'art plus simple de peindre ou de sculpter, l’art plus grossier de tisser ou de bâtir, et qui n’auraient gardé enfin aucune trace du plus facile des arts mécaniques.
Il est donc probablement naturel à l’homme de se servir des articulations en les interprétant , c’est-à-dire de les prendre pour signes. L'inspiration naturelle vat-elle jusqu à faire attacher certaines articulations précises à certaines pensées? IS1 expliquerait- on pas ainsi la communauté de radicaux que I on découvre peu à peu entre toutes les langues? Une fois reconnu qu’il serait inspiré à l'homme d’attacher ridée de signe à l’emploi de l’articulation , l imitation du son naturel des objets donnerait déjà l’origine d’un assez grand nombre de ces articulations. Secondement , sous l’influence de telle ou telle impression, soit de joie, de tristesse, d’amour, de haine , d’effroi ou d’admiration , le corps et principalement l’organe vocal prennent une disposition particulière : le souffle poussé .dans l’organe doit produire alors un son particulier, comme jouir, gai, gaieté, suave, doux , peur , poids , frémir , froid , horreur ; ce qui donnerait l’origine d’une classe de radicaux non moins nombreuse que la première. La diversité des désinences s'expliquerait par la diversité de l’organe vocal et de l’organe auditif, qui diffèrent de race à race, et qui pourraient être considérés comme ayant influé sur les radicaux eux-mêmes , si Ton arrivait à découvrir définitivement des langues irréductibles les unes aux autres.
Dans ce second cas , la différence des langues tiendrait encore d'une cause naturelle , et non d’un choix arbitraire.
La langue d'un peuple n'est pas constituée seulement par sa faculté interprétative ; elle est le reflet de toutes les facultés de son esprit. S’il est fort occupé des objets de la perception physique , sa langue contiendra beaucoup de mots concrets et individuels; s'il aime à se laisser entraîner à la pente de la généralisation, sa langue s’enrichira d’un grand nombre de mots généraux et abstraits. S ’il n’est pas avancé dans l’analyse des idées, ses mots exprimeront beaucoup de choses à la fois et il aura des déclinaisons et des conjugaisons très-compliquées ; s'il a eu le loisir et le goût de la réflexion , il exprimera les rapports des substantifs non par leur désinence, mais par des prépositions, et il rendra le mode , le temps , le nombre et la personne des verbes non plus par des appendices au radical mais par des pronoms et des auxiliaires.
Quoi qu’il en soit de l'origine des radicaux et des désinences, la tendance naturelle à produire des interjections qui sont déjà articulées , tendance qui se remarque chez les enfants avant la tin de la première année, et même chez les sourds-muets, l'attention particulière que les enfants apportent à la parole qu’ils entendent , l’emploi universel des articulations chez les peuples même les plus barbares , tout cela nous prouve assez que le langage naturel comprend non-seulement le jeu de la physionomie et les gestes, mais encore des articulations , quand même il faudrait reconnaître, ce
qui est douteux , l'intervention de la liberté humaine dans le choix de telles ou telles articulations.
§ 12. Théorie phrénologiquc du langage.
Sur ce beau problème du langage, la phrénologie n’a produit que des ténèbres et des contradictions : le docteur Gall commence par dire : « Chaque langue soit com- » posée de gestes et de sons, soit articulée, est un produit » naturel des sentiments et des idées intérieures (1). » Le docteur semble ici regarder le langage non comme le fruit d'une faculté particulière , mais comme le résultat de toutes les facultés. Ailleurs il établit pour le langage trois facultés particulières et distinctes : « 1° le talent » de la mimique qui règle la démarche, le geste, le son » de la voix, fournit les intonations justes et les gestes » appropriés aux paroles, et donne l’expression et la )) vie aux ouvrages de Fart (2) ; 2° le sens des mots ou » le sens des noms, mémoire des mots, mémoire ver- » baie ; 31 2 3 le sens du langage de parole , ou le talent de » la philologie (3). »
Il suffît d’une réaction des facultés intellectuelles ou affectives sur la faculté motrice, et par elle, sur l'organe de la voix et sur les membres du corps , pour expliquer le geste, Faccent de la voix et de l’articulation involontaire ,• c’est-à-dire le langage incompris de celui
THÉORIE rURÉNOLOGIQÜE DU LANGAGE. 153
qui le parle ou que nous produisons sans en avoir F intelligence. Nous ne voyons donc pas ia nécessité d’une l'acuité mimique, différente de la force motrice pour la production de ces phénomènes. Il ne faut de faculté spéciale que pour les comprendre ou les interpréter. Spurzheim serait de notre avis sur ce point , car il a réduit la faculté mimique de Gali à un simple amour de limitation, laissant à chaque faculté le soin de se manifester au dehors par des expressions qui lui sont propres. « Toute faculté étant active, dit-il, mani- » feste son activité par des signes extérieurs... La tète )> est ordinairement portée dans la direction du siège de » l'organe... ( l). )> Quant au sens des mois et au sens du langage de parole 5 Gall a voulu désigner par ces dénominations un peu semblables, d’un coté, la mémoire des mots et de l’autre Fintelligence de 1a parole, ce qui est une distinc tion fondée en expérience.
Mais au suj et de Fintelligence de la parole, le docteur laisse voir Tien des tergiversations.
D’abord ? il ne donne nulle part une explication satisfaisante^ été ce qu’il entend par ces termes. Il ne fait point ressortir 7te caractère interprétatif de la faculté du langage. Il attrib ue à cette faculté la rédaction des dictionnaires, qui poT orrait tout aussi bien appartenir à la mémoire des mots, et le besoin décrire l’histoire, d’approfondir les an' tiquités, qui ira pas un rapport spécial avec la faculté inter; prêta tive. Quant à la question de savoir si la parole est d’institution naturelle ou d’invention arbitraire, le docte ur Gall émet successivement l’une et 1 autre solution. Il dil , d’une part , que les animaux ont un langage arti-
(1> -Obsti p. 00 et 301.
culé (1) , que le langage des sons est naturel (2), et de 1 autre, que le langage de parole est de tous les signes artificiels possibles, leplus commode à employer (3), et il parle de signes arbitraires , tels que le langage de parole (4). Ailleurs il revient à Fopinion que le langage est le résultat de toutes les facultés. « Tous les signes pos- » sibles , le langage d’action , aussi bien que celui de » parole, sont un produit de l’activité des facultés... » Il est dans la nature de l’homme et de l’animal de » produire des sons ou des signes dès qu’ils sont affec- » tés (5) , )) et enfin il trouve le moyen de confondre deux doctrines différentes dans une seule phrase : « Le » langage de parole est un effet de nos facultés inté- » rieurcs , et un organe particulier du cerveau préside )> à cette admirable fonction. » Si le langage de parole est un effet général des facultés , il n est pas le produit d’une faculté spéciale ou d’un organe particulier.
Cette incertitude des maîtres a jeté les disciples dans la perplexité.
Spurzheim distingue un langage naturel et un langage arbitraire. Le premier lui paraît le résultat de toutes les facultés , et le second, le produit d’une faculté spéciale.
« Toute faculté étant active, dit-il, manifeste son » activité par des signes extérieurs qui sont compris )> de tous les êtres doués de la même faculté (6)... La
(3) Ib., p. 95.
(4) Jb., p. 9G.
THÉORIE PHRÉNOLOGIQUE Dü LANGAGE. 155
)> tête est ordinairement portée dans la direction du » siège de l’organe : ceux qui ont de l’amour-propre ,
)> tiennent la tête levée en arrière (1) Le chien com-
» prend parfaitement les signes de la colère de son mal- )> tre, parce qu’il a cette affection comme lui , mais il ne » comprendra jamais les signes delà vénération, parce » qu’il est privé de ce sentiment (2). »
D'après cette première partie de la théorie, toutes les facultés de l ame sont interprétatives, par cela seul qu elles sont expressives, ou qu’elles déterminent certains mouvements ; mais n’est-ce pas mêler deux choses fort différentes, confondre deux phénomènes qui ne sont pas en proportion l’un de l’autre, et qui demeurent souvent séparés. Pour prendre l’exemple du docteur allemand, autre chose est de vénérer, autre chose est de comprendre ou d’interpréter une certaine attitude du corps comme signe de vénération. La faculté interprétative devine, dans le mouvement musculaire ou dans l’émission de la voix , le phénomène psychologique delà vénération. Il faut, sans doute, que celui qui fait cette traduction ait l’idée de la vénération , et il ne peut l’avoir acquise qu’en éprouvant ce sentiment ; voilà pourquoi on ne comprend que les signes des émotions ou des pensées qu’on partage ; mais de ce qu’on éprouve la vénération , il n’en résulte pas qu’on en connaisse nécessairement le signe matériel. Autrement les hommes les plus faciles à émouvoir et les penseurs les plus profonds seraient les plus habiles physionomistes. La passion» n’est pas liutcrprétation , la
(1) Obs p. 96.
(i) Ib.f p. 301.
15Ô ÎHÈOMË ftMÉNOLOGIQÜE DO LANGAGE.
faculté de sentir ou de penser , n’est pas la faculté d’interpréter.
Spurzheim aurait donc bien fait , à ce qu’il semble, de constituer à part une faculté du langage naturel, c’està-dire une faculté d’interprétation, car ne l’oublions pas, la faculté du langage est d’abord interprétative : nous n’employons volontairement un signe, qu’après l’avoir d’abord interprété in volontairement , et parce que nous supposons que les autres l’interpréteront de la même manière.
Voyons maintenant l’opinion de Spurzheim sur le langage artificiel : « L’homme , dit-il , a un langage naturel , )> mais il invente encore des signes artificiels pour commu- » niquer ses sensations et ses idées. Ce langage arbitraire » emploie toutes sortes de signes écrits ou imprimés. )> Les chimistes , les arithméticiens , les mathématiciens, » les géomètres , les géographes , les musiciens , les )> mécaniciens, ont leurs signes muets, qui leur servent à )> s’expliquer de la manière la plus simple et la plus abré- » gée. On se donne des avis à de grandes distances par » le simple mouvement de quelques leviers , par des » feux, etc. (1). Les hommes préfèrent les langues vocales » parce qu’elles sont plus commodes ; mais si ce moyen de )> communication vient à leur manquer, ils ont recours à » des signes calculés pour les yeux , comme font les sourds* )> muets (2). . . Les hommes, par leurs facultés réflectives, » conviennent de la nécessité d’avoir des signes arbi- )> traires; ces signes peuvent être vocaux; mais ceux )> qui s imaginent que les sons articulés ont une signifi-
(2) Obs.t p, 259.
THÉORIE RHRÉNOLOGlQÜE DU LANGAGE. 157
» cation par eux-mêmes sont dans l’erreur; les langues » sont différentes ; les signes vocaux sont les pluscom- » modes, et c’est pourquoi on s’en sert de préférence; mais » dans les cas où ils ne sont pas applicables, comme » lorsqu’il faut communiquer avec les sourds ou les per - )> sonnes absentes , on a recours à des gestes ou à des )> signes écrits. Avec un être privé de la vue et de )) l’ouïe on aurait besoin de signes adaptés au toucher. « Tous ces signes arbitraires n ont aucune signification » par eux-mêmes. Les facultés supérieures de l’entende- » ment humain éprouvent le besoin de signes arbi - » traires , et il y a une faculté qui les aime , les cher- » clie , les connaît et examine leur rapport ; c’est la » faculté du langage artificiel (1). »
N’est-on pas frappé d’abord de cette contradiction dans les termes : une faculté naturelle du langage artificiel ! S’il y a dans notre nature une faculté qui nous pousse à chercher et à employer des signes, ces signes ne sont ni • arbitraires, ni conventionnels, ni artificiels. Mais déplus, l’auteur a confondu les signes vraiemëot naturels et les signes artificiels; il met sur la même ligne : les gestes , les
bre, la notation musicale, la télégraphie, la pyrographie, et cette sléréographie que l’on pourrait inventer pour s'entendre avec un homme sourd et aveugle. Il n’y a point de peuple qui ne se trouve dans des circonstances extérieures , favorables au développement de tous ces moyens de communication ; pourquoi donc ne les rencontre-t-on pas tous chez tous les peuples ? Pourquoi
*(1) Obs., p. 302-3.
les gestes et les sons articulés se trouvent-ils seuls (l’un usage universel ? Ces deux derniers moyens sont, ditesvous, les plus commodes ; mais montrez-nous que tous les peuples ont réglé tous leurs autres usages sur le pied de la plus grande commodité? Montrez-nous que les barbares ont trouvé la manière la plus commode de se vêtir, de se loger et de se nourrir ? Pour communiquer avec les personnes absentes, les gestes et les sons ne servent plus de rien; les signes écrits sont alors les plus commodes : pourquoi donc tous les peuples n’emploient-ils pas l'écriture ? Vous avez distingué vousmême un langage naturel et un langage artificiel ; mais si vous placez les gestes dans le second , que resterat-il au premier ? Peut-être parlez-vous des gestes de convention et des alphabets manuels , inventés par les instituteurs des sourds-muets? Ces derniers signes sont en effet arbitraires , artificiels ; mais aussi ne sont-ils pas le fruit d une faculté spéciale naturelle ; on en connaît l’inventeur, et les sourds-muets les abandonnent promptement pour revenir entre eux au véritable langage de la nature.
Les hommes étant mis en possession d'une faculté interprétative , cette faculté doit s’appliquer à certains phénomènes extérieurs prédestinés. Elle fournit l’idée spéciale de signe, et nous met en mesure de nous comprendre les uns les autres. Nous pouvons alors convenir entre nous de nouveaux moyens de communication, établir de nouveaux signes, comme l’écriture, la télégraphié ; si un peuple a dans l’imagination un peu de poésie et de grâce, il invente comme en Orient le
théorie PHRÉNOLOGIQÜB Dû LANGAGE. 159
, langage des fleurs ; si son esprit est plus porté à l’abstraction, il arrive à l’algèbre. Mais ces inventions qui proviennent du raisonnement et de la réflexion, sont successives et coïncident avec d’autres découvertes. La réflexion et le raisonnement ne sont pas des facultés spéciales; elles ne sont que l’activité prolongée de toutes les facultés de l’esprit, et leur application est générale ; ainsi l’invention de l’écriture coïncide avec celle de la navigation ; l’invention de l’imprimerie avec celle des postes; l’invention de la télégraphie avec celle de la machine à vapeur. Montrez-nous les inventions qui ont coïncidé, chez les sauvages de l’Amérique , avec celle des gestes et du langage articulé.
De tout cela nous concluons : i° que l’écriture , l’algèbre, etc , sont bien des inventions humaines, des signes conventionnels, et qu’il ne faut pas les regarder comme le produit d’une faculté particulière; 2° que la vraie faculté du langage détermine l’emploi et l’intelligence de certains phénomènes, qui sont les vrais signes naturels , et que parmi ces signes, il faut compter le jeu de la physionomie , les gestes et aussi les articulations.
Le docteur allemand ne paraît pas avoir bien saisi théoriquement la limite où s’arrête le langage naturel et où commence le langage de convention, et c’est pour cela qu’il a rapporté à la faculté du langage l’écriture , l’algèbre , etc. Mais s’il eût fait attention aux exemples organologiques sur lesquels s’appuie sa théorie , il aurait vu que ces exemples concernent tous l’emploi de l’articulation; quen conséquence il devait la distinguer des
autres moyens de communication jet ne pas la regarder
comme artificielle. Ainsi les condisciples de Gall, auxquels Spurzheim attribue la faculté du langage, n’étaient remarquables que par la facilité avec laquelle ils retenaient et employaient les mots, et l’on ne dit pas que ces jeunes gens aient inventé le télégraphe, l’algèbre, ou tout autre moyen factice de signification.
Pour donner des exemples du dérangement de la faculté du langage , Spurzheim rapporte l’histoire de quelques idiots qui peuvent prononcer des paroles isolées, mais qui ne les lient pas entre elies (i). Il cite encore des malades frappés d’apoplexie qui se rappellent les signes vocaux , mais qui ne peuvent plus les prononcer (2). Tous ces exemples ont trait aux articulations. Pour prouver que la faculté du langage ne dépend pas des organes extérieurs , il rapporte l’exemple de quelques personnes , qui , privées de la langue par un vice originel , « ont senti le besoin de se communi- » quer aux autres , et ont tâché de prononcer des signes » vocaux (3). )> Or, si la faculté du langage produisait indifféremment les articulations , récriture , la télégraphie , les gestes conventionnels , ces malheureux auraient bien dû choisir quelqu’un de ces derniers moyens , et ils ont eu cependant recours à la parole , à ce procédé qui n’a obtenu , dit-on , la préférence qu’en vertu de sa commodité.
Enfin, le docteur termine par cette observation fort juste, que certains animaux, comme le chien et le Cheval, comprennent la signification de quelques mots, même en
(2) lb.
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différentes langues , et c’est ce qu’il appelle comprendre le langage artificiel ; mais alors , pourquoi ces animaux ne comprendraient-ils pas l’écriture , la télégraphie et le langage des fleurs? L’exemple pris des animaux me paraît surtout de nature à faire saisir aux phrénologistes la véritable limite entre le langage naturel et le langage d’invention.
La faculté du langage naturel s’étend à l'articulation ; mais autre chose est d’être porté par sa nature à prendre l’articulation comme signe , autre chose est de retenir un grand nombre d’articulations, et surtout les articulations insignifiantes. La mémoire verbale serait donc un puissant auxiliaire de la faculté du signe ; mais elle s’en distinguerait, ainsi que l’avait pensé le docteur Gall (1). « Gall , dit Spurzheim , avait distingué l’organe des mots )> et f organe des langues... ; mais il me semble que c’est )> la même faculté qui apprend les mots par cœur et » qui aime à étudier l’esprit des langues... Cette faculté )> aime et connaît les signes artificiels , leur rapport et » leur construction , de même que la faculté des couleurs )> aime et connaît les couleurs et leurs combinaisons har- » monieuses (2). »
D’après l’analogie signalée par Spurzheim , la faculté du langage nous porterait à l’étude des langues douces et euphoniques, et nous éloignerait des langues rudes et aspirées. Aimer l’euphonie du langage n’est pas la même chose que chercher à pénétrer les secrets de la grammaire ; cette dernière étude appartient aux facultés les plus hautes de l’esprit , et Spurzheim s’est contredit sur
(1) Jnat., t 4, p. 68 et 79.
(2) Obs p. 300-
ce point , puisqu’il avance ailleurs que la faculté du langage ne nous pousse à l’étude de l'étymologie et de l’esprit des langues que par sa combinaison avec d’autres facultés qu’il appelle comparaison et causalité (1).
Le docteur Gail avait donc bien fait , ce me semble , de distinguer la faculté du langage d'avec la mémoire verbale , comme elle se distingue de la mémoire des figures ou des gestes. J’ai entendu Spurzheim citer l’exemple d’un artisan irlandais qui avait la passion de lire des dictionnaires de langue étrangère, sans s’informer même de la signification des mots. Le docteur fait probablement allusion à cet exemple lorsqu’il dit dans un de ses ouvrages : « Quelques personnes appren- » nent beaucoup de signessans connaître leur signitica- » tion (2). » Spurzheim n’a pas fait attention à cette phrase : il se donnait ici à lui-même la démonstration que la mémoire des mots peut se séparer de la faculté du langage ; car des signes vocaux dont on ne connaît pas la signification, ne sont plus des signes, mais seulement des articulations. Une seconde preuve de cette distinction , c'est que certaines personnes retiennent les noms propres, ordinairement dépourvus de sens ou de rapport avec les individus qu’ils désignent , tandis que d’autres ne peuvent retenir que les articulations dont ils comprennent parfaitement le sens, et qui deviennent alors de véritables signes. Nous nous expliquerions encore, par la distinction entre la mémoire des articulations insignifiantes et la faculté interprétative, ces ruines partielles de la mémoire qui emportent le souvenir des noms - - “ .
(1) Obs.y p. 309.
(2) Oui n pi 303i
propres en laissant celui des noms de qualité (1); car les noms propres n’ont ordinairemènt avec leurs objets qu’un rapport de concomitance, et pour ainsi dire de superposition , tandis que les noms de qualité , tels que les noms communs , les adjectifs ou les verbes , sont les seuls véritablement expressifs ou significatifs, étant, pour la plupart, des harmonies imitatives ou le résultat de la disposition physiologique du corps sous telle ou telle impression.
En résumé, la faculté du langage est une faculté interprétative à laquelle nous devons ridée spéciale de signe , de traduction , de manifestation. Elle ne peut devenir volontairement significative qu’après avoir été interprétative. Elle nous fait considérer naturellement tel jeu de la physionomie , tel mouvement de la tête , telle attitude du corps , tel geste du bras , tel accent de la voix , telle interjection articulée pour la déclaration de telle pensée ou de tel sentiment ; elle nous pousse à comprendre l’articulation comme un signe particulier , et à 1’employer comme tel , soit en imitant le son naturel des objets , soit en laissant notre organe vocal produire de lui-même l’articulation qui résulte de l’état du corps sous telle ou telle impression. Au reste, la faculté d’interpréter l’articulation naturelle , n’implique pas la production nécessaire de certains radicaux ; elle laisse place à l'opinion qui suppose que l’homme aurait fait usage de sa liberté dans le choix , non pas de 1 articulation , mais de telles ou telles articulations particulières, dont il aurait fixé le sens par le geste , quoique cette opération nous paraisse bien merveilleuse pour des barbares. Dans tous
(1) Spurzheim, Oh p, 307.
les cas , la faculté interprétative Se distingue de la mémoire des mots comme de la mémoire des gestes et des figures. .
Notre dissentiment avec Spurzheim, au sujet de la faculté du langage , porte donc sur les points suivants : 1° il n’a pas distingué le langage naturel ou l’interprôtation spontanée d’avec les autres facultés de l’âme , supposant à tort que par cela^seul qu’une faculté existe, elle a l'intelligence des phénomènes extérieurs qui l'expriment; 2° il n’a pas renfermé l’articulation dans la faculté naturelle du langage ; 3° il a supposé une faculté naturelle du langage artificiel ; ce qui est une contradiction dans les termes ; k°.il a confondu la faculté interprétative avec la mémoire des mots.
Le docteur Fossati, dans ses notes additionnelles à la traduction du manuel de M. Combe , attribue le langage des gestes à la faculté mimique de Gall , et l’usage de la parole , à la faculté du langage (î) ; mais il ne distingue pas entre la production et l’interprétation du geste et de
la parole. Sous le rapport de l'interprétation, la faculté du
langage est indivisible : celui qui comprend le geste comprend également bien l’accent de la voix. Quant à la production des phénomènes expressifs , on peut faire des distinctions , et comme le dit M. Fossati : « Il y a des » mimes très-habiles qui ne savent pas trouver de mots » pour exprimer leurs idées , et des parleurs infatigables » qui ne savent accompagner leurs discours d’aucun geste )> expressif (2). » Mais il en résulte seulement que la
(1) Noui’. manuely p. 206.
(2) Ibid. , p. 206-7.
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production du geste est distincte de la mémoire des mots, et non pas que le geste soit produit par un organe de la mimique y distinct de celui de la faculté motrice.
M. Vimont a partagé les incertitudes de ses prédécesseurs. II établit : 1° « un organe des sons articulés et non » articulés ou faculté du langage (1); 2° un organe du » langage d'expression ou du talent d imitation (2); 3° une » mimique naturelle des facultés fondamentales résultant » de l’action de chaque organe (3). » Voici , par exemple,
la mimique du courage chez les militaires : « La portion
» droite du shacko se trouve abaissée vers l’épaule droite , » tandis que la gaucîie’plus élevée laisse à découvert la » région du courage (4). » Les phrénologistes nous qpseignent que les organes sont doubles , et symétriquement répétés dans la partie droite et dans la partie gauche de la tête. Le schako mis de côté ne peut donc découvrir l’un des deux organes du courage qu’en couvrant l'autre, et sur ce pied le conscrit qui porte le schako renversé en arrière, devrait avoir l’air beaucoup plus courageux. Mais laissons de côté cette nouvelle preuve d’une aveugle complaisance pour une doctrine chérie, et relevons le vice fondamental de la théorie de l’auteur. D’après cette théorie un cri expressif comme celui d’AchiSîe dans Homère, pourrait se rapporter : 1° à l’organe des sons articulés ou non articulés ; 2° à l’organe du langage d’expression , et 3° à la mimique des facultés fondamentales. C’est trop de trois
(1) Traité de phrén ., t. 2, p. 332-34i.
(2) Ibid., p. 373.
causes pour un seul effet. M. Vimont s’efforce en vain de dissimuler ce triple emploi en disant : « Chaque faculté, » lorsqu’elle entre en action , est accompagnée de signes )> extérieurs ; ces signes peuvent se rencontrer chez toutes les p ersonnes. Il n’en est pas de même de la faculté de » les reproduire à volonté : celle-ci suppose un organe » particulier , c’est-à-dire , le grand développement d’un » organe (1). » On peut reproduire volontairement un mouvement des bras sans avoir l’intention de donner aucun signe : il n’y a là que l’action de la faculté motrice et de la volonté ; et l’on peut interpréter involontairement un geste qu’on a produit egalement sans volonté. Ce p’est donc pas l’intervention de la volonté dans le mouvement qui le constitue signe , c’est l’action d’une faculté intellectuelle spéciale, de la faculté interprétative dont les phrénologistes n’ont pas saisi le caractère.
Cl) Ibid., p. 373.