SUR L’ESPRIT MÉTAPHYSIQUE
Le docteur Gall s’est efforcé en vain de donner une définition satisfaisante des deux facultés qu’il appelait cornparaison et esprit métaphysique , et de tracer entre 1 une et l’autre une ligne de démarcation. Voici comment il décrit X esprit métaphysique ou la profondeur d'esprit :
« La tendance des génies profonds n est pas la même; le )> domaine de l’un est le monde matériel, celui de l’autre » est le monde spirituel; l’un veut connaître ce qui est : il » fait de l’observation la base de ses méditations ; il re- » cherche le rapport de cause et d’effet ; l’autre, dédai- » gnant le monde matériel, s’élève dans le monde des es- » prits, et se créant un univers d’êtres idéaux, contemple )) 1 esprit dans ses effets, comme esprit, et ne tient aucun » compte des conditions matérielles de ses fonctions; il » est à la recherche de vérités générales, de principes gé- » néraux, et selon lui tout ce qui existe ici-bas doit être w conforme à ces idées générales (1).» Ainsi, le traitcommun de tous les esprits métaphysiques, qu’ils s’appliquent au monde matériel ou au monde spirituel, c’est la recherche du rapport de cause et d’effet et des généralités. Voici maintenant le rôle de Y esprit de comparaison : « découvrir les ressemblances et les contrastes (2), bien )> saisir les rapports des choses, des circonstances, des » événements (3).» Il s’agit encore ici de généralités et du rapport de cause et d’effet. Nous avons vu que le rapport de cause et d’effet nous est fourni par l’idée de volonté et de force motrice, et que la généralisation dépend de la faculté inductive. Le docteur Gall est libre de donner à
(3) Jb., p. 168.
ÏHKOLUi DE GALL
cette faculté le nom d’esprit métaphysique , comme Spurzheim, le nom de causalité, mais ils commettent l’un el l’autre un double emploi en lui adjoignant la faculté de comparaison.
Les phrénoîogistes ne sont donc pas parvenus à constituer à part les facultés de comparaison et de causalité , et sous ce double titre, ils n’ont donné que la faculté de généralisation inductive.
Mais nous n’avons pas seulement à leur reprocher d’avoir mai nommé et surtout mal décrit cette dernière faculté, nous leur ferons le reproche plus grave d’avoir entièrement oublié cette conception de l’infini, à laquelle la réflexion ne peut manquer de nous conduire, et qui, plus que toutes Ses autres, élève l’humanité au-dessus des choses terrestres et des misères de notre humble condition. Sans doute, il est difficile de comprendre comment cette conception peut s’attacher à un organe cérébral. Mais si la phrénologie partage ce scrupule, elle devrait l’énoncer et n’en pas moins compter parmi les facultés intellectuelles la conception qui se trouve au sommet et à la base de toutes les méditations de haute métaphysique, et qu’on ne peut négliger sans se mettre en contradiction avec les plus beaux génies de toutes les époques de Thistoire.
Nous avons terminé la revue des facultés intellectuelles.
Reprenons en peu de mots les critiques que nous avons faites de la théorie phrênologique sur cet important sujet. La phrénologie regarde la mémoire comme un second degré de la perception, confondant une différence de nature avec une différence de degré , et oubliant que , de son aveu même , les perceptions ap-
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partiennent aux nerfs et les mémoires aux organes cérébraux. Elle laisse quelque confusion et quelque lacune dans ia liste des perceptions. Sous le nom ü individualité , elle crée une faculté inutile dans laquelle il ne faut voir probablement que la mémoire des choses tangibles. Elle commet encore des omissions dans l’analyse des différentes espèces de mémoires. Elle confond plusieurs attributions diverses dans les facultés qu’elle appelle localité et éventualité. Elle n’a pas analysé et séparé les diverses espèces d’imagination, et elle les a rapportées aux memes organes que les diverses espèces de mémoires. Elle ne donne pas le véritable caractère de la faculté du langage naturel et n’y comprend pas l’articulation. La manière dont elle présente îa faculté morale condamne celle-ci à n’être qu’une faculté inutile et dérisoire. Enfin dans la liste des plus hautes facultés de l’intelligence, cl se introduit une faculté de comparaison qui fait double emploi avec plusieurs autres; elle ne décrit pas exactement îa généralisation inductive qu’elle appelle à tort causalité , et elle passe sous silence îa conception nécessaire de l’infini.