Ibid., p
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de poèmes, d'oeuvres d'art, et qui par conséquent impliquent d'innombrables opérations de raisonnement et d'imagination, auxquelles cependant la conscience de ces médiums est absolument étrangère ; et c'est même pour cela qu'ils sont invinciblement portés à les attribuer à des intelligences distinctes de la leur, à ce qu'ils appellent des esprits. On en trouvera de très beaux exemples dans le livre de Flournoy, des Indes à la planète Mars, en particulier celui de la création inconsciente d'un langage (le langage martien) avec vocabulaire, grammaire, écriture, etc.
Il va sans dire que la mémoire, qui est déjà normalement inconsciente chez tout le monde dans une de ses fonctions (la conservation des souvenirs), fournit aussi une ample moisson de faits cryptopsychiques. Le procédé de la boule de verre peut servir à les manifester expérimentalement. — Une jeune fille raconte qu'en regardant un miroir, elle était obsédée par une image toujours la même : c'était une maison avec de grands murs noirs, sombres, tristes, sur lesquels brillait une touffe merveilleuse de jasmin blanc. Jamais, croyaitelle, elle n'avait vu une maison pareille dans la ville où elle était depuis longtemps. Or, après une enquête minutieuse de la Société psychique de Londres, il fut démontré qu'il y avait en effet à Londres une maison qui avait tout à fait cet aspect f et que la personne en question l'avait vue. — Elle avait passé à côté en pensant à autre chose, mais elle l'avait vue. — Une autre personne mise en présence de la boule de verre y voit apparaître un numéro. C'est un numéro quelconque qui apparaît subitement. « Ce numéro, je ne l'ai jamais vu, dira cette personne. Pourquoi est-ce au 3244 que j'ai affaire plutôt qu'à un autre ? » Or, il fut démontré que dans la journée la personne avait changé un billet de banque et que ce numéro était celui du billet. — Une troisième personne, un peu mystique, voit apparaître dans la boule de verre un article de journal. Elle trouve cela bizarre, mais elle cherche à lire, y parvient : c'est l'annonce de la mort d'une personne de ses amis. Elle raconte ce fait : les personnes présentes sont
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stupéfaites. Mais voici qu'on trouve dans la maison un numéro du journal accroché devant la cheminée comme paravent. Or, sur le côté visible s'étalait en toutes lettres Farticle en question avec les mêmes caractères, la môme forme qu'il avait revêtue dans le cristal *. — C'est un cas du même genre que nous avons déjà rapporté à propos du somnambule qui copie dans le miroir la lettre écrite par lui dans un précédent état de somnambulisme et dont il n'a gardé aucun souvenir conscient.
Ainsi, tous les phénomènes intellectuels sont susceptibles de revêtir la forme cryptopsychique. — Il en est de même des phénomènes d'activité musculaire, des actions proprement dites. La méthode « des suggestions par distraction » permet de s'en rendre compte. Ainsi on commande à un sujet de faire un pied de nez, et ses mains se placent au bout de son nez. Interrogé sur ce qu'il fait, il répond qu'il ne fait rien et continue à causer pendant longtemps sans se douter que ses mains s'agitent au bout de son nez. On le fait marcher au travers de la chambre, il continue à parler et croit être assis 2.
Pourrait-on de même provoquer ou observer des actes de volonté proprement dite, des résolutions ou décisions subconscientes ? Le cas serait intéressant à étudier : nous ne savons s'il a encore été constaté.
Enfin les émotions peuvent également passer de la conscience dans la subconscience, mais comme toute émotion se rattache d'ordinaire à une idée, il est assez difficile de savoir si la persistance latente de l'émotion n'est pas une simple conséquence de la persistance latente de l'idée qu'elle accompagne. Il faudrait, pour dissocier les deux phénomènes, des expériences qui, croyons-nous, n'ont pas encore été faites. Les travaux de Lange et de William James pourraient y trouver une intéressante vérification. Dans l'état actuel de nos recherches, la question des émotions subconscientes n'est qu'une autre face de celle des idées fixes subconcientes. Selon
1, Pierre Janet, Névroses et idées fixes, I, p. 417-418.
2. Pierre Janet, L'automatisme psychologique, II0 partie, ch. i, p. 239.
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le Dr Pierre Janet l, ces idées fixes, tout à fkit analogues à des suggestions hypnotiques (et par conséquent subconscientes, comme elles), prennent leur origine dans une émotion, dans un incident quelconque qui a un moment trappe l'esprit de la malade. L'émotion, en effet, est un facteur puissant de distraction, d'anesthésie, d'amnésie, en un mot d'inconscience. Elle semble avoir, dit l'auteur que nous venons de citer2, au moins dans certains cas, un rôle inverse de celui qui a été attribué à la volonté et à l'attention. « Ce qui caractérise ces deux fonctions, c'est une activité de synthèse, une construction de systèmes plus complexes édifiés avec les éléments de la pensée, les sensations et les images ; ces systèmes forment les résolutions, les perceptions et les jugements, la mémoire et la conscience personnelles. L'émotion, au contraire, semble douée d'un pouvoir de dissociation, d'analyse. Sauf dans des cas extrêmes, elle ne détruit pas réellement les éléments de la pensée : elle les laisse subsister, mais désagrégés, isolés les uns des autres, à un point tel quelquefois que leurs fonctions sont à peu près suspendues ; et c'est dans cet état de désagrégation et d'isolement, pourrait-on dire, qu'ils deviennent en quelque sorte extérieurs à la conscience personnelle du sujet. 11 en résulte que dans presque toutes les observations d'idées fixes, on retrouve, en cherchant bien, à l'origine quelque émotion violente qui d'une part a contribué à fixer l'idée tout en la soustrayant à la conscience et qui d'autre part entretient un trouble plus ou moins profond dans toutes les fonctions intellectuelles ou même vitales et tend à reparaître sans cesse à la moindre occasion, le plus souvent sans que l'idée reparaisse en même temps. » Ainsi une malade, Jus., parmi d'autres symptômes d'hystérie, présente des attaques violentes qui surviennent en apparence sans cause ; en outre, elle a une horreur singulière pour la couleur rouge. Or, en état de somnambulisme, cette malade explique fort bien comment son attaque est provoquée par la reproduction d'une
\. Névroses et idées fixes, t. I. p. 156. Paris, F. Alcan. i'. Ibid., p. 475.
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ancienne émotion qui date de plusieurs années : elle a vu le cadavre de son père au moment où Ton fermait la bière, et à chaque attaque elle contemple de nouveau ce spectacle cruel ; elle explique aussi son horreur du rouge par le souvenir des fleurs qui étaient sur le cercueil l.
Tous les faits que nous venons de passer en revue appartiennent à ce que nous avons appelé la cryptopsychie élémentaire ou fragmentaire, c'est-à-dire qu'ils constituent des sortes d'îlots plus ou moins étendus sous-jacents à la série continue des phénomènes conscients dont se compose la personnalité apparente et habituelle ; mais il peut arriver aussi, sous l'influence de circonstances encore mal définies, que des faits de ce genre, au lieu de rester intermittents et épars, se soudent entre eux et constituent de véritables continents, de manière à présenter l'apparence de personnalités secondaires plus ou moins permanentes, en coexistence avec la personnalité principale. Ils appartiennent alors à ce que nous avons appelé la cryptopsychie synthétique ou organisée.
Tout d'abord il est possible de provoquer expérimentalement cette transformation. C'est surtout par le moyen de l'écriture automatique qu'on y réussit. Laissons encore ici la parole au Dr Pierre Janet 2.
« Ayant constaté, non sans quelque étonnement, je l'avoue l'intelligence secondaire qui se manifestait par l'écriture automatique de Lucie, j'eus un jour avec elle la conversation suivante, pendant que son moi normal causait avec une autre personne,
1. Dr Pierre Janet, Névroses et idées fixes. — Voir également, p. 341, les cas de contracture émotionnelle observés chez divers hystériques. « La contracture persiste parce que l'émotion persiste entraînant toujours avec elle les mêmes conséquences psychologiques et physiologiques : c'est en quelque sorte une émotion figée. »
2. L'automatisme psychologique, II8 partie, ch. n, p. 31. Paris, F. Alcan. Boirac. — Psychologie inconnue. 9
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« Mentendez-vous ? lui dis-je. — (Elle répond par écrit) Non. — Mais pour répondre il faut entendre. — Oui, absolument. — Alors, comment faites-vous ? — Je ne sais. — Il faut bien qu'il y ait quelqu'un qui m'entende? — Oui. — Qui cela ? — Autre que Lucie. — Ah bien! une autre personne. Youlez-vous que nous lui donnions un nom? — Non. — Si, cela sera plus commode. — Eh bien ! Adrienne. — Alors, Adrienne, m'entendez-vous ? — Oui. »
Une fois baptisé, le personnage inconscient est, selon M. P. Janet, plus déterminé et plus net, il montre mieux ses caractères psychologiques. Il nous fait voir qu'il a surtout connaissance de ces sensations négligées par le personnage primaire ou principal. : c'est lui qui dit qu'on pince le bras ou qu'on touche le petit doigt, tandis que le sujet a depuis longtemps perdu toute sensation tactile, etc. — Un des premiers caractères que manifeste ce « moi secondaire », c'est une préférence marquée pour certaines personnes, en particulier pour l'expérimentateur. Adrienne, qui obéit fort bien au Dr Janet et qui cause volontiers avec lui, ne se donne pas la peine de répondre à tout le monde. Quand les phénomènes cryptopsychiques sont isolés, ils peuvent être provoqués par le premier venu ; mais s'ils sont groupés en personnalité, ils manifestent des préférences et non seulement ils n'obéissent pas, mais ils résistent à l'étranger.
Cette personnalité a d'ordinaire peu de volonté, elle obéit aux moindres ordres, bien qu'elle se montre parfois très indocile et qu'elle semble même acquérir, en grandissant, une sorte de capacité de résistance et de spontanéité. Le Dr Pierre Janet rapporte à ce sujet 1 le cas très curieux d'une lettre écrite spontanément par le personnage secondaire (Léontine) pour l'informer de l'état de santé du personnage principal (Léonie) et de la précaution prise par le premier pour empêcher le second de déchirer les papiers écrits en état de subconscience.
Il est même possible de provoquer ainsi, chez le même sujet, la formation de plusieurs personnalités latentes, en