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CONTRIBUTION A L ÉTUDE DE LA TÉLÉPSYGHIE

Le phénomène du rapport consiste en cette particularité que présentent certains sujets de n'être en relation pendant l'état l'hypnose qu'avec une seule personne, à savoir celle qui les a mis dans cet état. En d'autres termes le sujet qui présente ce phénomène entend son magnétiseur, mais n'entend que lui : toute autre personne est pour lui, sujet, comme si elle n'existait pas.

Dès mes premières expériences avec Ludovic, je constatai ce phénomène du rapport, du moins aussitôt qu'un tiers fut admis à y assister. Ce tiers ayant pris spontanément la parole pour interpeller Ludovic S. . . , nous fumes fort surpris de voir celui-ci rester impassible et bouche close, comme s'il n'avait rien entendu. « Pourquoi ne répondez- vous pas, demandai-je au sujet? — Je vous réponds, me répliquat-il. — A l'instant, repris-je, on vous a fait une question : pourquoi n'avez-vous pas répondu ? — Quelle question ? Je n'ai rien entendu. »

Depuis lors, chaque fois qu'une ou plusieurs personnes assistaient à mes expériences, je les invitais, soit par signe, soit par écrit, à adresser la parole au sujet, et presque toujours le sujet paraissait ne pas les entendre.

Toutefois, si, pendant qu'une de ces personnes parlait au sujet, je me mettais en contact avec elle, par exemple en lui touchant la main ou l'épaule, aussitôt, celui-ci dressait l'oreille, se tournait dans la direction de la voix, et répondait. En revanche, dès que cessait le contact, il redevenait sourd et muet à l'égard de cet interlocuteur tout en continuant à m'entendre et à me parler.

Par quel procédé le sujet parvient-il à se rendre compte du moment précis où s'établit le contact entre l'opérateur et l'un des assistants, et du moment précis où ce contact est supprimé ? — C'est là un problème dont la solution nous échappe

entièrement. N'oublions pas, en effet, que le sujet a les yeux bandés, que l'opérateur et l'assistant sont souvent à une assez grande distance de lui, au lieu qu'étant très rapprochés l'un de l'autre, il leur suffit d'un mouvement imperceptible pour produire et pour suspendre le contact.

11 s'en faut d'ailleurs que le phénomène soit toujours identique à lui-même dans tous ses détails. Il se présente au contraire avec des variations assez notables dont il est bien difficile de donner une explication.

Ainsi, certaines personnes — fort rares, il est vrai, — peuvent entrer d'emblée en rapport avee'le sujet, sans aucun contact préalable avec l'opérateur. D'autres, une fois mises en rapport par un premier contact, continuent à être entendues du sujet et à converser avec lui, sans avoir besoin désormais de la médiation de l'opérateur.

Dans certains cas, le contact n'est pas nécessaire ; il suffit d'une certaine proximité entre l'opérateur et l'interlocuteur étranger. Tout se passe alors comme s'il existait autour de l'opérateur une sphère d'influence d'un rayon plus ou moins étendu. Toute personne placée en dehors de cette sphère n'existe pas pour le sujet : elle devient d'autant plus perceptible qu'elle se rapproche davantage du centre.

C'est ce que j'ai observé dans la très curieuse expérience que voici .

Une personne, Mllc. J D..., placée tout près de moi, commença à réciter à haute voix une pièce de vers, que le sujet parut écouter avec attention et intérêt; puis, tout en continuant à réciter, elle s'éloigna de moi peu à peu et sans bruit. Au fur et à mesure que la distance devenait plus grande, le sujet donnait des signes d'étonnement et d'impatience : « Je n'entends plus aussi bien, disait-il ; pourquoi baissez-vous la voix? Parlez donc plus fort ; vous n'articulez pas, vous chuchotez : je n'entends plus rien. » Mais à mesure que MIlc D... revenait vers moi, le sujet recommençait à l'entendre plus distinctement. Les résultats étaient les mêmes lorsque Mlle D... et moi étant placés l'un à côté de l'autre à l'extrémité de la pièce, je m'éloignais, puis me rapprochais d'elle par degrés. La netteté des perceptions du sujet variait en quelque sorte en proportion de la distance qui me séparait de mon aide.

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