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la suggestion dans toutes ces expériences et nous n'y reviendrons pas ici. Disons qu'elle consiste à isoler complètement le sujet, d'abord en lui ôtant toute possibilité de voir ce qui se passe autour de lui, puis en observant et en faisant observer, avant, pendant et après les expériences un silence absolu, enfin en n'agissant qu'à distance, sans contact, par le rayonnement supposé de tel ou tel organe de l'opérateur, principalement de la main.

En opérant dans ces conditions, on est amené à tirer des faits observés les conclusions qui vont suivre. Ces conclusions ne sont données ici que comme des hypothèses, destinées à provoquer de nouvelles expériences et à être plus ou moins complétées, rectifiées par elles.

Tout d'abord, on constate que certains individus émettent, principalement par la main, une influence qui semble rayonner à distance et qui, tombant sur le système nerveux d'un sujet, y détermine, le plus souvent à l'insu de celui-ci, des effets variés, dont les principaux sont : l'anesthésie, la contracture, des mouvements involontaires, et quand l'action est portée sur le cerveau, un état d'engourdissement ou même le sommeil.

On serait d'abord tenté de supposer que cette faculté de rayonner ou d'influer à distance est commune à tous les êtres humains ; mais les expériences prouvent que chez un assez grand nombre d'entre eux, elle est habituellement si faible, si insignifiante, qu'elle peut être considérée comme nulle. A ce point de vue donc les êtres humains pourraient se diviser en deux catégories :

l°les actifs ou rayonnants:

2° les non rayonnants ou inactifs.

Considérons un moment un individu de la première catégorie. Devons-nous supposer que son rayonnement se produit seulement lorsqu'il se trouve en présence d'un sujet ? Ce serait comme si l'on supposait qu'un aimant n'envoie ses radiations que lorsqu'il est en présence de la limaille de fer. En réalité, quand cet individu opère pour la première fois sur un certain nombre d'autres individus, il ignore quels sont parmi eux ceux

qu'il influencera et ceux qui seront réfractaires à son influence : c'est l'expérience seule qui le lui apprend. Donc nous devons supposer que l'émission de cette influence est continuelle et qu'elle se fait aussi bien à l'égard des sujets capables de la ressentir qu'à l'égard de ceux qu'elle trouve insensibles, et même à l'égard des objets matériels aussi bien qu'à l'égard des êtres humains.

Donc si j'appartiens par hypothèse à la première catégorie (celle des actifs ou rayonnants), lorsque j'approche ma main du corps d'une autre personne ou d'un objet quelconque, à plus forte raison si je la mets en contact avec eux, je leur envoie d'une façon constante une radiation, un courant, en un mot, une influence, tout comme l'aimant envoie constamment ses effluves à tous les objets qui l'entourent, bien que seuls certains objets soient susceptibles de les recevoir, ou tout au moins de les déceler.

Mais alors se pose cette question : commment se fait-il, si ce rayonnement existe, qu'il ne produise des effets appréciables que dans certaines circonstances en somme assez rares, de sorte que dans la plupart des cas tout se passe pratiquement comme s'il n'existait pas, et que par suite il ne semble pas y avoir de différence entre les soi-disants actifs ou rayonnants et les soi-disants non rayonnants ou inactifs ? Pour répondre à cette question, il nous faut maintenant considérer non plus ceux qui exercent cette influence, mais ceux qui la reçoivent.

Que se passe-t-il lorsque un individu rayonnant par hypothèse envoie ce rayonnement sur un second individu qui n'en est nullement affecté? On peut faire deux suppositions; ou bien le second individu est comme fermé au rayonnement du premier : il l'arrête, il le repousse ; ou bien au contraire, il lui est si complètement ouvert, il s'en laisse pénétrer avec une telle facilité, que ce rayonnement le traverse instantanément et sans avoir le temps de produire en lui de modification sensible. Laquelle de ces deux hypothèses est vérifiée par les faits?

Voici la réponse de l'expérience : désignons par A l'individu

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supposé rayonnant, par B l'individu supposé inactif, mais en même temps, incapable d'être influencé par le rayonnement de A, et appelons C un troisième individu qui soumis directement à Faction de A manifesterait des anesthésies, des contractures, etc., dans les conditions expliquées plus haut. Si nous faisons agir A sur B, il ne se produit rien apparemment : de môme, si nous faisons agir B sur G, mais; si faisant agir A sur B, nous faisons, pendant que cette action se continue, agir B sur C, nous constatons que G est modifié exactement comme si A agissait directement sur lui. Tout se passe donc, comme si l'influence de l'individu rayonnant traversait l'individu en apparence insensible, mais en réalité perméable et conducteur.

Par conséquent, au point de vue de la réception, les êtres humains se divisent en deux catégories, d'une part les conducteurs ou perméables qui laissent passer l'influence, et c'est, semblc-t-il, le cas ordinaire dans l'espèce humaine, d'autre part les imperméables ou isolants qui arrêtent l'influence et qui lui donnent ainsi vraisemblablement le temps et l'intensité nécessaires pour produire des effets appréciables.

Puisque le rayonnement humain dirigé sur les objets matériels ne produit d'ordinaire aucun effet apparent, nous devons sans doute assimiler ces objets aux individus perméables ou conducteurs. 11 est donc permis de supposer que l'influence rayonnée d'une façon continue par certains êtres humains est continuellement dissipée et perdue à travers tous les objets matériels environnants, doués par rapport à elle d'une conductibilité absolue.

On s'étonnera peut-être qu'une force puisse ainsi exister et agir d'une façon permanente, sans cependant révéler d'ordinaire son existence et son action par aucun effet appréciable. Mais les plus récentes découvertes de la science ont déjà commencé à familiariser les savants avec la notion d'une telle force. Sans parler de l'électricité, qui a été pendant si longtemps ignorée et dont le rôle est pourtant si considérable dans la nature, nous citerons d'abord les ondes dites hert-

zienncs qui accompagnent toute décharge électrique et qui traversent tous les corps avec une rapidité inconcevable. Le professeur Branly a montré qu'un tube contenant de la limaille de fer s'électrise sur leur passsge ; c'est même sur ce principe, on le sait, qu'est fondée la télégraphie sans fil. Mais à défaut du réactif spécial qui les manifeste, ces ondes cheminent à travers tous les corps sans que rien puisse faire soupçonner leur existence. Pareillement les courants alternatifs de haute fréquence étudiés par le professeur d'Arsonval traversent les différents corps et notamment le corps humain dans les conditions telles qu'il est impossible de s'apercevoir de leur passage; et cependant il suffirait de modifier ces conditions pour que l'individu qu'ils traversent fût immédiatement foudroyé. On peut d'ailleurs les révéler en mettant entre les mains de cet individu une ampoule électrique qui deviendra lumineuse sous leur influence. 11 n'est donc nullement contraire aux analogies scientifiques de supposer que le corps humain émet lui-même des radiations de ce genre.

Que se passe-t-il donc lorsque la radiation rencontre un organisme qui l'arrête au lieu de la conduire, comme le cas se produit chez ceux qu'on appelle des sujets ? Nous pouvons supposer que cette radiation est non seulemeut arrêtée, mais tranformée, à peu près comme un rayon lumineux subit une réfraction ou diffraction en passant d'un milieu dans un autre. Mais il reste à savoir en quoi cette tranformation consiste.

Puisque l'état original et normal de la force émise par la radiation humaine consiste dans une fluidité absolue, il semble que cette transformation ne puisse elle-même consister que dans une modification de cette fluidité; en d'autres termes, la force, d'absolument fluide qu'elle était dans son foyer d'émission, devient par l'effet de la réaction du sujet qui la reçoit, plus ou moins visqueuse, c'est-à-dire que sa fluidité diminue.

Une partie des effets observés dans les expériences de magnétisme semble justifier cette interprétation. Par exemple, dans l'expérience du Dr Moulin, le contact des mains de l'opeleur avec le dos du sujet détermine une sorte d'ahérence telle

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que le sujet accuse souvent l'impression d'être tiré en arrière par des fils invisibles.

De même la main de l'opérateur, présentée à quelque distance du coude, du genou, de la main, du pied du sujet, détermine dans ces diverses parties des mouvements attractifs concordant avec ses mouvements propres, et cela en dehors de toute simulation et de toute suggestion possibles.

D'après ces considérations, le sujet ne se bornerait pas à arrêter le rayonnement de l'opérateur; il en changerait la modalité, il ferait passer la force de l'état fluide à l'état visqueux, et ainsi transformée, cette force manifesterait des propriétés toutes nouvelles.

Si Ton se reporte maintenant aux faits constatés par un assez grand nombre d'observateurs dans les séances de spiritisme et consistant en déplacements d'objet sans contact, on est amené à se demander s'il n'y a pas identité de nature entre ces faits et ceux dont nous venons de parler.

Lorsqu'un médium après avoir posé ses mains sur un meuble, table, guéridon, etc. soulève ce meuble et le tient suspendu au-dessus du sol, par simple adhérence avec la pulpe des doigts, lorsqu'il l'attire et le meut à distance en approchant et remuant les mains, etc, il agit à l'égard de cet objet exactement comme un magnétiseur à l'égard d'un sujetmagnetique.il faudrait donc supposer que le meuble ainsi actionné a été au préalable imprégné par le médium de force visqueuse. Il nous est en effet impossible de supposer ici que l'objet matériel soit comme le sujet humain le principe de la transformation de la force fluide en force visqueuse. De toute évidence, cette transformation est l'œuvre non de l'objet, mais du médium.

D'où cette conséquence que tout individu appelé médium, s'il est capable de produire des effets du genre de ceux que nous venons de décrire, ne rentre à proprement parler ni dans la catégorie des opérateurs ni dans la catégorie des sujets, mais qu'il équivaut à la réunion, à la fusion dans un seul et même organisme de deux individus différents,

dont l'un serait opérateur c'est-à-dire fournirait incessamment de la force fluide, et dont l'autre serait sujet, c'est-à-dire ferait incessamment passer cette force à l'état visqueux.

Un fait qui semble confirmer cette hypothèse, c'est que, dans presque toutes les séances de spiritisme, le médium demande pour se mettre en train la présence et la coopération d'un certain nombre de personnes, parmi lesquelles cer taines, incapables de produire elles-mêmes aucun effet, exercent cependant une influence très favorable au développement des facultés médianimiques. Or dans une chaîne quelconque de personne les unes émettent vraisemblablement de la force à l'état fluide ; les autres se contentent de la laisser passer et jouent par conséquent le rôle de simples conducteurs ;d'autres enfin l'arrêtent au passage, l'accumulent et la transforment : par suite, si l'une de ces dernières est un médium, sa production de force visqueuse se trouve en quelque sorte multipliée par toute la quantité de force fluide qu'elle reçoit sans cesse du cercle où elle est placée.

Peut-être notre hypothèse permettrait-elle de produire expérimentalement les phénomènes jusqu'ici observés un peu fortuitement au cours des séances spirites.

En effet, si le médium est par hypothèse l'unité naturelle d'un opérateur et d'un sujet, on devrait pouvoir créer un médium par l'union artificielle d'un sujet et d'un opérateur.

Supposons qu'un sujet, déjà éprouvé dans des expériences précédentes et reconnu comme éminemment apte à subir l'influence magnétique, pose sa main étendue sur un objet suffisamment mobile, comme le plateau d'uae petite table très légère ; supposons d'autre part qu'un opérateur, déjà éprouvé dans des expériences précédentes et reconnu éminemment apte à exercer l'influence magnétique, superpose sa main à celle du sujet et maintienne le contact pendant un temps suffisant : que devra-il se passer d'après l'hypothèse ? La radiation incessamment émise par la main de l'opérateur est incessamment arrêtée par la main du sujet, elle s'y accumule, elle s'y transforme, elle y devient visqueuse ; mais

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sans doute, à un moment donné, quand la main du sujet est en quelque sorte saturée, une partie de cette force ainsi transformée se dépose dans l'objet qui est en contact avec la main, et la surface delà table s'imprègne peu à peu de la force visqueuse. Donc si, à ce moment là, l'opérateur soulève lentement la main comme pour une sorte d'appel, non seulement la main du sujet sera attirée, mais aussi l'objet en contact avec la main. Telle est, croyons-nous l'expérience la plus simple qu'on puisse instituer pour vérifier l'extension de notre hypothèse magnétique aux phénomènes du spiritisme. Nous nous proposons de la faire dès que nous en aurons l'occasion. Dirons-nous que le hasard nous a fait assister il y a quelques années à une expérience tout à fait voisine de celle que nous venons de supposer, mais dont à ce moment-là nous étions incapable de comprendre le sens ?

En décembre 189i, j'allai passer quelques jours dans la petite ville d'Amélie-les-Bains. J'appris qu'il s'y était formé depuis deux ou trois mois environ un petit groupe de spirltes qui obtenait des phénomènes suffisamment caractérisés. Ce groupe se composait principalement de la famille de l'instituteur, sa femme, ses deux filles, une vieille tante et aussi de la femme et de la famille de l'instituteur adjoint. Les phénomènes obtenus jusque-là étaient tous exclusivement de l'ordre psychologique et consistaient en des communications ou messages de soi-disants défunts. Je ne cachai pas mon scepticisme en cette matière et je déclarai qu'à mes yeux les phénomènes physiques étaieut seuls vraiment intéressants.

« Qu'appelez-vous, me dit-on, phénomènes physiques ? >> Sans donner aucune explication, je proposai d'essayer d'en produire et tout le monde consentit à se prêter à l'expérience. Les mains des assistants se placèrent sur le plateau octogonal d'un petit guéridon à trois pieds et moi-même j'étendis les miennes à quelque distance au-dessus de toutes ces mains juxtaposées. Apres quelques minutes d'attente, élevant brusquement mes deux mains, je fis aux médiums le signal d'imiter mon geste : 0 merveille !, la table quitta le sol des trois pieds comme adhérente aux mains des médiums, mais cela dura l'espace d'un éclair; à notre cri de surprise, elle retomba instantanément. Personne ne voulut avoir triché, mais quand nous essayâmes de provoquer de nouveau le phénomène, nos efforts restèrent vains ; la table se dressait bien sur un de ses pieds, mais elle ne parvenait plus à quitter le sol.

« Essayons, dis-je une autre méthode. » Les mains furent de nouveau appliquées sur la table et il fut convenu qu'au signal donné par moi, elles s'élèveraient doucement de quelques centimètres et resteraient étendues toutes ensemble de façon à former voûte au-dessus. Quand je crus le moment venu, je donnai le signal et présentant mes mains à quelque distance d'un des côtés de l'octogone, je fis le geste d'attirer la table vers moi. A ma profonde stupéfaction la table glissa sur le parquet dans ma direction, et à chaque fois que mes mains renouvelaient leur appel, le glissement recommençait. Les médiums debout, leurs mains faisant voûte au-dessus d'elle, la suivaient pas à pas. Le phénomène se produisit à plusieurs reprises dans cette séance, et dans plusieurs séances qui suivirent. Je fis même transporter le guéridon chez moi et désirantexpérimenterdans des conditions un peu plus précises, j'eus recours au dispositif que voici. Je traçai sur le plancher un cercle de craie autour de chacun des trois pieds de la table et la table elle-même fut isolée au centre d'un grand cercle tracé de la même façon. Défense fut faite aux pieds des médiums de franchir cette limite. Un des assistants, placé en dehors du groupe des opérateurs fut prié de se tenir penché pour observer si à aucun moment, les mains des médiums ne prenaient contact avec la surface de la table et de crier halte s'il remarquait quelque chose de suspect. Dans ces conditions, en pleine lumière, à deux heures de l'après-midi, la table à plusieurs reprises quitta sa place et parcourut près de deux mètres sur le sol. Les cercles tracés sur le plancher permettaient de mesurer très lacilement l'espace parcouru par elle.

Il semble que cette expérience ait réalisé les conditions cnumérées plus baut : mais il serait très intéressant de la recommencer à bon escient, en dehors de toute intrusion de l'hypothèse spirite, par la seule combinaison d'un opérateur et d'un sujet magnétique.

Redisons en terminant qu'il faut voir dans l'hypothèse que nous proposons ici, non une hypothèse théorique, destinée à expliquer systématiquement tout un ensemble de faits, mais une hypothèse expérimentale, simplement utile pour imaginer des expériences. C'est pourquoi 11 n'est pas nécessaire, qu'elle soit précisée jusque dans ses moindres détails, car ce sont les expériences mêmes suggérées par elle qui, en même temps qu'elles la vérifieront, la préciseront graduellement. Pour tirer le magnétisme animal de l'injuste discrédit où l'ont tenu jus-

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qu'ici les savants, il est indispensable de lui appliquer les règles de la méthode expérimentale si lumineusement exposées par Claude Bernard ; c'est par des faits, non par des raisonnements, qu'il finira par s'imposer à la science.

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