GENÈSE DES RÉFLEXES DE TEINTE
Le rôle équilibrateur des réflexes visuels de teinte.
Rappelons brièvement en quoi consiste le jeu remarquable des nuances de contraste dans lesquelles nous avons appris, antérieurement déjà^ à reconnaître des phénomènes réflexes.
Sitôt qu'une impression visuelle a été produite en ua point quelconque du champ visuel^ il apparaît, tout autour de ce point et allant en mourant jusqu'aux limites extrêmes du champ, une sensation de teinte exactement complémentaire, c'est le réflexe simultané. L'impression première venant à cesser, tout aussitôt il en résulte un phénomène inverse donnant à l'ensemble du champ la teinte de l'excitation initiale^ et, à l'endroit de cette excitation, la teinte complémentaire; c'est le réflexe consécutif. Un instant après^ les relations sont de nouveau interverties^ et ainsi de suite jusqu'à ce que toute sensation soit définitivement éteinte.
Désignons par le signe -+- la teinte de l'excitation première, et par le signe — celle de sa complémentaire, on développera le phénomène dans le tableau suivant :
Au lieu de V impression.. Dans le reste du champ.
Si Ton se rappelle que la sensation complémentaire représente l'ensemble des hauteurs non comprises dans
rexcitation première, il devient évident que chaque impression visuelle ne provoque pas seulement un phénomène sensoriel momentané, mais, à côté de lui et après lui, toute une série de sensations ayant pour résultat final de faire passer dans retendue entière du ch&mp la totalité des sensations de hauteur.
Je ne saurais mieux comparer cela qu'au phénomène qui se produit dans une cuve remplie d'eau lorsqu'on vient à y laisser tomber une pierre. En même temps qu'une excavation est produite au point de la chute, une onde naît, qui soulève toute la surface de la cuve et se propage en mourant jusqu'au bord. Mais bientôt, le poids de la périphérie l'emportant sur le centre, celle-ci vient à s'affaisser, tandis que le centre se soulève, et ainsi de suite chaque fois en sens inverse jusqu'au complet repos de la surface.
Une comparaison plus simple encore est celle des plateaux de la balance. Que l'on déprime l'un, et aussitôt l'autre se soulève; qu'on l'abandonne ensuite À lui-même, une oscillation naît en sens inverse, et le phénomène se poursuit en diminuantjusqu'aumoment du repos complet.
Les réflexes visuels représentent certainement des mouvements analogues d'équilibration dans le domaine de la sensibilité visuelle.
Mais qu'est-ce donc alors que la sensibilité ? Ici nous devons empiéter sur la suite de cet ouvrage et dire qu'il est, dans les nerfs, à l'état de repos comme à Tétat d'activité, une force dont la tension momentanée représente ce que l'on appelle sensibilité. Des variations de cette force sont produites par les impressions qui viennent du dehors et représentent les courants nerveux.
Voyons maintenant ce qui aurait lieu si la tension momentanée, qui représente la sensibilité du champ visuel n'était pas sans cesse égalisée dans l'étendue de la surface >
rétinienne. Certainement les impressions rencontreraient des résistances très différentes, et nulle image ne produirait des effets nerveux proportionnés aux relations qui la composent. L^impression qui vient de passer gênerait l'impression présente et la déformerait au point de la rendre inutilisable. Il se produirait exactement ce qui arrive au photographe lorsque, par mégarde, il utilise, pour une nouvelle impression, un cliché usagé, ou ce qui arrivait communément à la photographie par les procédés lents du début : toute figure quelque peu mobile se trouvait transformée en une image informe. Certainement il en serait de même de nos sensations visuelles, si notre sensibilité n*était sans cesse équilibrée.
Une équilibration de la sensibilité est donc indispensable à la netteté des sensations, et les réflexes, tant simultanés que consécutifs, en sont Texpression.
Le mécanisme des réflexes visuels de teinte.
Considérons encore la marche des courants nerveux dans la rétine. Il ne reste plus pour nous qu'une étape à y courir, celle des grandes cellules multipolaires. En effet; le mécanisme de répartition des hauteurs, qui est à la base des sensations de teinte, nous a conduits jusqu'à Textrémité des cellules de la couche interplexique. C'est là que nous devons reprendre le courant nerveux visuel pour en suivre la marche ultérieure dans l'explication des réflexes de teinte .
Représentons-nous, sous la forme de courants divers sortant des éléments interplexiques, les effets d'une impression lumineuse variée. Ces courants rencontrent à nouveau des résistances diverses suivant l'épaisseur et la longueur des filaments qui mettent en contact cette couche celluleuse avec la suivante dans le réseau fibrillaire appelé
le plextÂS rétinien cérébral. Ils gagnent, par conséquent, à travers des voies différentes, les grandes cellules multipolaires, dont nous négligeons momentanément la communication avec le cerveau. Ces cellules en sont excitées, et Texcitation venue par un pôle se transmet à l'élément tout entier pour s'écouler ensuite par tous les pôles et les expansions qui en dérivent.
La figure 14 nous montre ce qui doit alors arriver. Une excitation quelconque, parvenue à Tune des nombreuses expansions fibrillaires de la cellule multipolaire, est transmise à la cellule d'abord, puis à tous les filaments qui en émanent; elle est, par conséquent, envoyée en arrière ou réfléchie, et, rencontrant les expansions fibrillaires des cellules inlerplexiques^ elle suit cette voie jusqu'à venir exciter en retour les foyers mêmes qui les composent.
S'il s*agit, par exemple, d'un courant de hauteur habituellement bleue, ayant excité l'élément interplexique correspondant, le courant en retour portera l'excitation sur les autres éléments communément affectés au jaune et au rouge, et donnera naissance à une sensation complémentaire, celle des réflexes simultanés. Le phénomène est exactement celui que l'on observe dans les liquides lorsque les récipients qui les contiennent communiquent entre eux; si l'on vient à charger l'un des vases, le liquide ne tarde pas à emplir tous les autres.
La comparaison avec les liquides des vases communiquants explique tout à fait bien encore ce qui va se passer lorsque l'impression lumineuse directe a pris fin. C'est d'abord une dépression au lieu de première excitation, tandis que l'excitation complémentaire atteint son summum, et c'est ensuite une série d'oscillations dans un sens et dans l'autre représentant les phénomènes du réflexe consécutif.
En résumé, Texplicalion mécanique des réflexes de teinte me paraît résider dans le fonctionnement des cellules de la couche postérieure, grandes cellules ou cellules multipolaires de la rétine, à Tégal d'un réservoir établissant une communication et une équilibration entre les foyers interplexiques où s'opère la répartition des hauteurs. Nous verrons plus tard (deuxième partie, Intelligence) intervenir entre l'impression première et la cellule multipolaire, non plus seulement quelques couches de grains cellulaires nerveux, mais à titre de dérivation toute rénorme chaîne des foyers cérébraux. Nous pouvons les supprimer ici sans en atténuer la vérité générale.
CONCLUSION
PERFECTIONNEMENT FINAL DE l'œIL ARTIFICIEL.
La série des opérations que l'observation et l'analyse physiologiques nous ont permis de déceler dans le mécanisme de la sensation visuelle représente finalement quatre étapes fournies par autant d'organes fondamentaux, qui sont :
a) Un organe de transformation fourni par une pile photochimique représentée par les cellules épithéliales ;
b) Un organe ou foyer nerveux de première impression ayant son siège dans les cellules nerveuses terminales;
c) Un organe de sélection ayant son foyer dans les cellules entre plexus ;
d) Enfin, un appareil d'expression réflexe dont l'organe ou foyer rétinien, en communication avec le cerveau, est la grande cellule multipolaire.
Transformation , impression , sélection , expression ,
LE MÉCANISME DE LA COULEUR. l«l
telles sont, en quatre termes, les opérations mécaniques élémentaires de la sensation de couleur. Nous apprendrons, dans la suite, à les reconnaître dans tous les ordres de sensations.
Toutes ces disposition? sont aisées à reproduire dans un œil artificiel, mais il faut, à cet effet, apporter à Tappareil tel que nous l'avons représenté tout d*abord, Télément nerveux fondamental signalé en passant, et que l'avenir nous fera connaître en détail : le foyer de la force nerveuse. Toute notre interprétation de la psychologie sera, en effet, basée sur la préexistence de la force dans les nerfs et sur sa mise en action parles chocs extérieurs. Elle peut ôlre représentée très exactement dans l'œil artificiel par des accumulations électriques.
Soit donc à résoudre le problème de faire voir un aveugle par les procédés de la nature. Il y aurait à préparer et à relier entre eux :
1^ Une batterie de piles photochimiques ;
2^ Des accumulateurs électriques en nombre égal aux piles;
3° Un réservoir électrique réglant uniformément et ramenant sans cesse, au même niveau, la charge de ces accumulateurs;
4® Une sonnerie d*au moins trois sonnettes électriques, de tons différents, pour chaque élément de pile.
Des anses de fils différents de longueur et d'épaisseur recueilleraient les diverses sortes de courants produits dans chaque pile par les diverses sortes de lumière et seraient disposées de façon à provoquer la décharge des accumulateurs. Le courant de ceux-ci agiterait lasonnerie.
Que la lumière vienne à frapper la batterie, il en résultera des sons^ des harmonies de sons, voire des mélodies que pourrait enregistrer un phonographe.
L'intensité et la longueur d*onde de la lumière seront signalées par des variations dans Tintensité, et la hauteur des sons donnant à l'auditeur les notions équivalentes aux valeurs et aux hauteurs de la couleur.
Les teintes seront représentées par les relations harmoniques des divers sons et leurs changements par les successions d'harmonies ou mélodies.
Les réflexes apparaîtront à des accords complémentaires accompagnant en sourdine les notes frappées et leur succédant aussi.
La répartition des sons dans les diverses parties de la sonnerie pourra même figurer des images visuelles en indiquant les différences de répartition de la lumière dans le champ de la batterie. Gela ne se passe pas autrement chez les insectes, dont chaque facette oculaire est un œil rudimentaire aboutissant à un seul élément nerveux.
Enfin, les chaleurs de ton seraient rendues sensibles aux changements harmoniques que produiraient ou bien une solution de pourpre rétinien interposée sur le trajet delà lumière incidente, ou simplement des verres de couleurs différentes successivement interposés sur le trajet des rayons lumineux.