‹ La psychologie objective;Chapitre 136 sur 145 · R. Keller. Biolog. CentralM · texte numérisé non relu

R. Keller. Biolog. CentralM

Les recherches de Bolton 1 faites avec l'ergographe Mosso- Krsepelin consistaient en ceci qu'un jour on prenait les courbes du travail musculaire tout seul et le lendemain, accompagné d'un travail cérébral, notamment à faire des additions pendant une heure ou deux. Gomme résultat on a trouvé que le calcul mental élevait la courbe du travail musculaire.

Ceci concorde tout à fait avec les expériences d'Ozeretzkowsky où l'exercice mental prolongé et fatigant, consistant à retenir une rangée de mots, donnait une élévation du travail musculaire.

Développement des réflexes personnels. — A quel degré de l'échelle animale apparaissent les réflexes analogues aux actes humains, on ne saurait le dire avec assurance. Nous avons tout lieu de penser qu'ils se produisent déjà chez les échinodermes. Des réactions personnelles plus simples, se réduisant à la détermination ou inhibition du mouvement par l'expérience antérieure, peuvent être observées même chez les invertébrés.

Phylogénétiquement, les réflexes personnels ont dû sortir des mouvements instinctifs, avec l'accumulation des traces cérébrales et le développement des processus d'inhibition dans l'activité du système nerveux.

Au degré où se développe la vie commune, ils ont dû recevoir un nouvel essor sous forme de nouvelles impulsions primitivement en faveur de la seule descendance, puis en faveur des individus du même groupement et de toute l'espèce. Mais tout cela n'est rien à côté du développement qu'ils ont trouvé plus tard chez l'homme, grâce à la différenciation fonctionnelle de son cerveau.

Quant à l'ontogénèse de la sphère personnelle, il faut dire qu'elle commence de très bonne heure. Les mouvements du nouveau-né sont purement réflexes ou instinctifs, mais ils ne tardent pas à se différencier sous le contrôle des excitations musculo-cutanées et visuelles. Quant aux mouvements qui

A. Th. Bolton. Psych. Arb., Bd IV, Hft. 2.

BECHTEREW.

au

résultent de l'instinct de nutrition, ils ont une différenciation encore plus profonde, relevant à la fois des sensations olfactives et gustatives.

Nous avons déjà vu comment un mouvement, réflexe au début, devient associé ou psycho-réflexe. Admettons, par exemple, qu'en battant Гаіг de ses mains, il se heurte à un objet pointu. Dorénavant la seule approche de cet objet lui fera faire un mouvement de recul. Il en est de même pour les mouvements personnels, par exemple pour l'acte de préhension. L'instinct de nutrition le fait crier, s'étirer, tendre les mains en avant. Dans ses efforts, il rencontre le sein, le saisit et cherche à le retenir. La satisfaction du besoin s'associe chez lui à l'effort de contraction des muscles et des doigts. Dans la suite, tout objet extérieur déterminant une réaction agressive, pourra entraîner, par association, les mêmes mouvements de la main et des doigts. Montrez-lui un jouet, l'impulsion motrice entraînera la reviviscence du complexus précité et déterminera l'acte de préhension.

Il en sera de même pour les réactions de nature défensive. Au début, tout objet quelque peu saillant détermine un mouvement de rapprochement. Le contact d'un objet piquant ou brûlant fait tourner la tête et, simultanément, retirer la main. Dans la suite, toute réaction défensive, qu'il s'agisse d'un objet rapproché ou éloigné, se compliquera d'un mouvement analogue.

On peut aller même plus loin. Gomme la préhension du sein s'accompagne à l'intérieur d'une réaction sthénique et le recul sous l'effet de la piqûre, d'une réaction asthénique, il suffira avec le temps d'une évocation mnésique de nature positive pour déterminer un mouvement de recherche ou de préhension et d'une évocation mnésique de nature négative pour déterminer un geste de défense ou de protestation.

A les voir de plus près, tous les mouvements que dans la psychologie subjective on appelle actes volontaires, proviennent ainsi d'une extension des processus réactifs. Autrement dit, ils présentent la reproduction d'un simple réflexe ou d'un mouvement instinctif.

LES BÉFLEXES PERSONNELS 467

Telle est, entre autres, l'origine du piétinement qui, très souvent, exprime l'impatience ou la mauvaise humeur. C'est la reproduction d'un mouvement réflexe des pieds qui, chez les petits enfants, s'observe même avant qu'ils aient appris à marcher.

Du reste, les réflexes personnels s'acquièrent ainsi, non seulement dans l'enfance, mais aussi dans l'âge adulte. Ainsi, par exemple, lorsqu'on étudie un morceau de musique, on fait d'abord des mouvements d'essai contrôlés par les impressions auditives et ce n'est qu'après justification que ceux-ci s'enchaînent aux autres. ïl en est de même pour l'étude d'une langue étrangère, pour l'apprentissage d'un métier ou d'une profession. Partout ce sont des mouvements réflexes qu'on reproduit étendus ou adaptés.

C'est ce qui explique aussi que la sphère sociale de la personnalité ne se développe qu'avec l'âge et dépend beaucoup du milieu où on a été élevé. Il faut avoir une certaine expérience de la vie commune pour voir se développer, chez soi, des réactions de cette catégorie. Chez les enfants élevés seuls, la sphère sociale est souvent en retard.

LA BASE PHYSIOLOGIQUE DES BÉFLEXES PERSONNELS. En Ce qui

concerne la base physiologique des réflexes personnels, disons tout d'abord que l'ablation de l'écorce cérébrale chez les mammifères supérieurs les supprime totalement, ce qui fait conclure que les centres sous-corticaux ne peuvent pas y suffire. D'autre part, l'étude des cas pathologiques montre qu'ils ne peuvent s'exécuter sans le concours des centres moteurs situés, chez l'homme, dans la circonvolution antéro-centrale et dans la partie postérieure des circonvolutions frontales. Le fait est que la destruction de celles-ci entraîne la paralysie des fonctions motrices et, par conséquent, aussi des réflexes personnels.

Mais les centres que nous venons de citer ne présentent que le dernier rouage de ce mécanisme.

Nous avons vu que les réflexes personnels résultent d'une reviviscence des traces de l'expérience antérieure et devons

supposer l'intégrité non seulement des centres moteurs, mais encore des régions réceptrices du cerveau. La localisation cérébrale de celles-ci n'est pas encore établie et nous ne pouvons l'indiquer que d'une manière approximative. Comme il s'agit ici de réflexes associés aux traces des réactions organiques, il faut penser qu'ils relèvent avant tout des régions corticales où aboutissent les voies des organes internes. Telles sont les circonvolutions postéro-centrales qui, avec les régions précitées, doivent former le siège principal de la personnalité. Mais comme les réactions organiques se rattachent ellesmêmes à des impressions externes très variées et tiennent de là toute leur force, il faut admettre, comme base des réflexes personnels, une région plus étendue comprenant tous les centres récepteurs de l'écorce.

Marche générale du développement neuro-psychique chez l'homme. — Pour terminer, nous voudrions esquisser en quelques mots la marche générale du développement neuro-psychique chez l'homme. Il consiste, comme nous venons de le voir, dans l'enrichissement progressif de l'organisme en réflexes cérébraux. Il est clair que pour saisir les différentes étapes de celte évolution, il faut noter les réactions motrices qui se produisent, chez l'enfant, dès sa naissance, représentant la complication progressive de ses rapports avec le monde ambiant. De cette étude, répétons-le encore une fois, le subjectivisme doit être tout à fait exclu sous peine de lui faire perdre la précision nécessaire. Les phénomènes observés ne doivent être jugés que d'un point de vue objectif. Jusqu'à présent on n'a pu recueillir des matériaux de ce genre que d'une manière accidentelle, la psychologie en général et la psychologie pédologique en particulier ayant été imbues de méthodes subjectives, se basant sur l'auto -observation et l'analogie avec l'expérience personnelle. Nous nous sommes efforcés depuis longtemps à montrer combien ces procédés sont peu applicables soit à la mentalité infantile, soit au psychisme animal1.

i. W. Bechterew. La psychologie objective. Revue scientifique, 1906.

Pour entrer dans « l'âme de l'enfant », pour éclairer la formation de 1' « âme humaine », il n'y a pas d'autre voie que l'étude des processus réactifs.

Nous avons essayé de lui donner une base et un commencement en faisant des observations sur nos propres enfants, au nombre de cinq, pendant toute la durée de leur première enfance. Cela a été fait le plus complètement sur notre dernière fillette, née le 2 avril 1904. Outre cela, nous avons recueilli des observations faites sur des enfants étrangers.

Ceci nous permet sinon de tracer le tableau complet de l'évolution, du moins d'en esquisser les principales lignes. Comme fait initial, nous avons trouvé ici la différenciation des réflexes innés par l'association à des excitants nouveaux. L'enfant vient au monde avec quelques réflexes simples qui ne tardent pas à se différencier sous l'action combinée de plusieurs excitants. C'est ainsi que se développe d'abord la mimique organique connue sous le nom de piaillerie. Celle-ci n'est, à l'origine, qu'une réaction purement réflexe, répondant aux variations de la sensibilité cutanée. L'enfant se met à piailler dès les premiers moments de son existence sous l'effet des excitations qui résultent de l'acte même de sa naissance et des variations thermiques qu'il entraîne avec lui. On sait que la chaleur calme l'enfant et le dispose au sommeil, tandis que toute excitation cutanée, comme celle qui se produit lorsqu'il n'est pas propre, a pour conséquence le réveil et les cris. Mais il se réveille aussi lorsqu'il éprouve le besoin organique de nourriture et celui-ci se combine alors avec les sensations cutanées. Il en résulte sous peu que la piaillerie s'associe au besoin de nourriture et, répondant à celui-ci, prend le caractère d'un réflexe associé.

Suivons-la plus loin. Les plaintes de l'enfant proviennent d'abord des différents contacts, mais ne voit-on pas au bout de quelque temps que l'approche seule de certaines personnes produit déjà cet effet? Voilà une nouvelle extension du réflexe.

Il en a été ainsi chez notre fillette avec le docteur qui, en examinant sa bouche et la région du palais, l'avait involontai-

rement fait pleurer. Depuis lors, chaque fois qu'il s'approchait, l'enfant se mettait à pousser des cris perçants.

Passons maintenant à un autre ordre de réactions.

Les mouvements de la tête, des yeux et des extrémités sont d'abord simplement réflexes, . c'est-à-dire produits par une excitation mécanique de l'organisme, mais celle-ci se combine avec un changement dans la tension musculaire de ces organes et, d'autre part, avec les impressions visuelles, auditives, tactiles, etc., qui se produisent en même temps. Ces impressions nouvelles ou simplement modifiées, pour peu qu'elles se répètent, se substituent facilement aux excitations mécaniques et deviennent susceptibles de produire le même effet. C'est ainsi que les mouvements de la tête, des yeux et des extrémités, de réflexes qu'ils étaient primitivement, deviennent à leur tour associés, répondant à des phénomènes sensoriels devenus excitants après coup. Un objet fait tourner les yeux, un son fait dresser l'oreille, etc., etc.

Répétons-le, pour plus de clarté, sur un exemple concret. Sous l'effet des excitations organiques, le bébé fait des mouvements désordonnés avec les bras et avec la tête. On lui fait prendre une certaine position, on le rapproche du sein et provoque chez lui le réflexe de succion. Il en résulte un enchaînement artificiel des réactions avec les impressions de vue et de contact qui fait que plus tard le seul fait *de placer l'enfant dans une certaine position produit déjà un effet calmant, que la seule vue du sein, éveillant la trace des impressions musculaires, lui fait tourner la tête et ainsi de suite. Les mouvements, de réflexes qu'ils étaient, deviennent associés.

D'autre part, ils ne restent pas isolés, mais s'associent les uns aux autres et forment des réactions très étendues. Le besoin de nourriture qui au début ne provoquait que le réflexe de succion, devient susceptible de produire toute une série de mouvements. L'enfant tourne la tête, cherche le sein des yeux, tend les bras vers la nourrice, etc., etc. Le simple réflexe se transforme ainsi en acte personnel par une série d'associations cérébrales.

Le cas le plus simple des réflexes associés est celui des

ч( réactions circulaires » qui son t si fréquentes chez les enfants, présentant la répétition itérative du même mouvement. Ce phénomène s'explique par le fait que les mouvements réflexes s'accompagnent d'impressions musculo-articulaires dont la reviviscence entraîne la reproduction du mouvement.

Un autre rudiment du réflexe associé est fourni par l'imitation qui joue un si grand rôle dans le développement des fonctions motrices chez l'enfant. H se produit ici^ une association des impressions musculo-articulaires avec la perception visuelle du mouvement qui fait que lorsqu'un mouvement analogue est exécuté devant lui, la reviviscence des traces induit l'enfant à le répéter.

Un mécanisme analogue doit être admis aussi pour l'acte de la concentration nerveuse. Supposons que l'enfant, couché dans son lit, au milieu d'une série de mouvements de la tête et des extrémités, arrête le regard sur un ruban de couleur particulièrement vive ou sur n'importe quel objet de l'entourage. Il se produira du coup le réflexe d'accommodation qui rendra l'impression visuelle plus intense et déterminera, intérieurement, une réaction sthénique. Dans la suite, lorsque le regard de l'enfant tombera de nouveau sur le ruban en question ou sur le même objet, la réaction sthénique associée à l'effort musculaire fixera sa vue dans cette direction. C'est ce que nous appelons concentration passive, autrement dit, déterminée par les objets du monde extérieur.

Plus tard, si l'impression externe s'associe à un besoin organique ou à une pression faisant partie de la sphère personnelle de l'enfant, la concentration prendra un caractère personnel ou actif.

En ce qui concerne le langage, les traces laissées par l'effort musculaire s'associent avec les impressions auditives et lorsqu'il entend des sons rangés en syllabes ou en mots, il se trouve porté à produire les mouvements correspondants de la langue et du gosier. Ainsi le langage commence par être un réflexe simplement imitatif pour s'associer ensuite aux données des autres sens et prendre une valeur symbolique.

Ici, la différenciation porte d'abord sur le côté réceptif du

processus, c'est-à-dire, la réaction verbale se différencie d'abord par l'association à des excitants nouveaux. Ainsi, par exemple, le mot « maman » s'associe aux impressions que produit l'approche de la mère et au bout de quelque temps, la vue seule suffit pour le provoquer. Lorsque l'association est déjà solidement établie, la différenciation se fait aussi du côté réactif du processus. L'enfant apprend à modifier le symbole verbal selon le^s besoins de la situation.

Il importe de relever maintenant la nécessité absolue qui se manifeste dans le développement de cette fonction. Aucun mot ne peut être considéré comme étant le produit d'une convention. La modification des réflexes verbo-moteurs ne peut se faire que dans les limites marquées par les impressions musculo-articulaires et celles-ci relèvent, à leur tour, des impressions auditives du sujet.

L'enchaînement qui se révèle ici a une portée très étendue : il devient un modèle sur lequel se forme la notion de la causalité et, dans l'expression verbale de la pensée, celle des liens logiques.

Il est bien entendu que les réactions ainsi établies peuvent s'étendre plus loin par de nouvelles associations, formant des réflexes secondaires, tertiaires, etc., etc. Les mots peuvent former des phrases et celles-ci peuvent se rapporter à des groupements ou des successions très étendues d'impressions. Objectivement tout le travail de la pensée se ramène à la reviviscence des traces cérébrales laissées par réactions extérieures. On voit que la psychologie objective rattache les phénomènes neuro-psychiques à la base organique de la vie, comme ne peut le faire aucun procédé d'introspection. Le réflexe étant un produit de l'irritabilité cellulaire, les phénomènes psychiques se trouvent rattachés aux propriétés élémentaires du protoplasma. Par là s'établit l'unité de toutes les manifestations de la vie organique depuis la contractilité des protozoaires et des protophytes jusqu'aux actes de l'homme, qui ont si longtemps paru dirigés par une force étrangère.

Le développement de la vie neuro-psychique se réduit en fin de compte à l'enrichissement de l'organisme en réflexes

cérébraux avec inhibition centrale et faculté de décharge sur des impulsions parfois très éloignées.

L'établissement des réflexes s'accompagne de deux processus d'importance capitale, dont l'un, que nous avons déjà vu, est un processus de différenciation, et l'autre, un processus de sy?ithèse, comprenant, pour le même réflexe, la possibilité de répondre à toute une série d'excitations qui, tout en différant de qualité, ont quelque chose de commun comme ordination spatiale ou succession dans le temps. C'est ce qui fait que les impressions ne restent pas isolées, mais forment des systèmes de réactions, correspondants aux différents domaines du savoir humain.

Ce qui distingue cette conception de tous les essais de matérialisme psychologique qui ont été tentés jusqu'à présent, c'est que le développement de l'expérience personnelle ne se rattache pas à des modifications anatomiques, mais à des modifications fonctionnelles du cerveau. 11 n'est question ici d'aucune empreinte dans l'écorce cérébrale, ni dans les centres nerveux. Un réflexe qui s'opère ne fait que consolider la voie où il passe et faciliter sa reproduction sur une impulsion analogue ou associée. Gela fait que le « moi » de l'individu n'a pas de substratum anatomique et ne présente que l'ensemble des réflexes dont les voies sont tracées dans le système nerveux du cerveau.

TABLE DES MATIÈRES

Préface . . .

Introduction*.

Critique des recherches basées sur l'introspection. Nécessité d'une étude objective des phénomènes mentaux. Réduction de ces derniers au schéma d'un réflexe. Modifications des réflexes par l'expérience antérieure de l'individu. La psychologie considérée comme étude des réflexes cérébraux 1-14

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