CHAPITRE IV
Fonctioiu de la touiliUité
LA SENSATIOH
30. La première roncUon de la sensîbililë, c'est la scosation. Nous savons généralement de quoi nous parlons en pai'Iant de sensation : une pression, le chaud, le froid, une couleur, une saveur, nous appelons tout cela sensation. Jamais une de ces sensations ne se produit spontanément, c'est-à-dire, sans une force extérieure qui la provoque. Kous nommons psyché, sans donner pour le moment à ce mot de délenuination qui soulève bien des quesJons, la forée intérieure a un <^tre vivant et à l'homme, et qui donne son nom aux phénomènes psychiques. Cette ;\me se manifeste principalement dans la force nerveuse tant des nerfs périphériques que des centraux. Force psychique est donc, pour moi, synonyme de force nerveuse et les deux expressions seront employées dans le même sens.
La psychâ est la cause intérieure des phénomènes psyoliiques; comme force , elle doit être provoquée pour entrer en action, et c'e^ la forec extérieure ou de lanatui-e qui sert à ce but. Le mode général d'action de la force, comme action de la matière, c'est le mouvement. Et il est maintenant suflisamment connu que les phénomènes naturels, qui sont de si nombreuses manifestations de fofces, se réduisent à
Sur celle oxlnhnilo du nerf parfailomenl conslruilc el adaplée à son objet, lexcitalion produit une modification qui n'est pas diflérente en réalité de celle que produit sur la matière Taction des a<;ents naturels. La modification n'est qu'une altération de la substance nerveuse du nerf excité, un chanfçement moléculaire de cette substance qui n'est pas limité à la périphérie du nerf, mais qui se propage dans toute la longueur du nerf jusqu'au centre où il a son point de départ ; c'est-à-dire, jusqu'au centre psychique où il doit se produire une niodifi(ration correspondante dans la masse grise ou dans les cellules où le nerf va s(î perdre. O fait est de nature physiologique, parce qu'il se passe dans les organes, et est une fonction, mais il ne diflère pas d'un phénomène physico-chimique en général.
C<»lte modification qui se produit dans la substance des nerfs peut èli-e provoquée, comme je l'ai dit, par toute forme» des agents naturels, lumière, chaleur, etc. Nous ignorons si la modification nerveuse qui suit um» exc^itation lumineuse est la même que celle qui suit une excitation de chaleur ou de pression ; mais elle doit être probablement de nature difierente, si l'on considère (jue les éléments nerveux ne difiÏTent pas par leur énergie, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas une énergie spécifique, et que pourtant la sensation ou ce qui en résulte est de nature différente. C(; qui, à mon avis, doit avoir lieu en raison et de la nature difierente de l'excitation, et des différentes altérations provoquées, et des fonctions divcTses des c(»ntres ou des niasses nerveuses centrales.
il. La sensation (»st donc un phénomène qui s(» produit alors qu(î la force psychique est provoquée à agir par la force exlérieuni de la nature, d'une façon (pii lui est propre, par une manifeslatitm qui est commune vi constante. On peut dire par suite que la sensation (»st le produit de deux forces, l'une interne, la psyché, l'autre exterm», la nature, en prenant ce mol dans le sens de monde extéri(»ur à l'autre. Si l'une des deux causes man(iue, le phénomènes fait défaut.
\2. Mais l'exetitation, au lieu d'être physique, c'est-à-dire dép(»ndante de la nature exlérieure, peut aussi étn^ physiologiciue , c'esl-à-dire d<''p4*ndre des organes (»ux-mêmes de l'élre sentant. Les nerfs sensitifs ne vont pas seulement à la périphérie» du corps el dans les organes des s<»ns, mais encore» dans l(»s viscères; ce»ux-ci peuve»nl les exciter et, par suite, faire naltnî des sensations. On verra combien différentes sont le»s se»nsations provo(|ué(»s sur les organes des S4»ns e»t eM»lles (]ui elérivent de celte» excitation physiologique». Pourtant e)n pe»ut e'tahlir que, de cette* fae;on, les fonctions ele nutrition devienne»nl e*onscienleîs, sans que» pourtant leurs organes soient centres de conscienen» eromme on l'a déjà montré.
Outre celte excitation que j'ai appelée physiologique, mais qui est toujoui*s périphériepu», il y en a une autre» qui dérive du mouvement mus4!ulaire. Un muse-le se erontracte par excitation du nerf moteur,
SERe;i 2
iS ^8vcnaL0GlE piiTsroi..oGiQi'E
ex(!ilalîoii rcnlvale; mais la seiisuUon qui se rapporte au mouvement tn^mc dvcive du muscle monte qui s'est coulraclé. Dans ce cas encore l'cxcilation peut i^ti-e dite périphérique, mais elle est de nature pliysiologique.
Il peut enfin y avoir une excitaiiou centrale qui dérive des centres psychiques mèmi^s ; et ccUo excitation arrive dans la reproduction des sensations, dans les songes, dans les hallucinations. Cn fait pourtant n'est quc! le dériv»! du pT-emitT, o'est-ù-dîrc de la sensation produite par l'excitation ptTiphérique, avec laquelle elle a toujours des rapports, comme nous le montivcons en son lion.
De tout cela il r<>sullc que la sensation ne peut se produire sans ime excitation, de quelque part qu'elle vienne, péripliérique ou ceninde ; avec cette réserve jiourtaut que l'origine primitive de toute sensation est dans l'excitation giériphérique, la centrale n'en est qu'un dérivé.
43. Les deux causes de; la sensation, l'excitation et la force psychique, opèn>nt dans des limites déterniinées ; c'est-à-din^ que toute excitation n'est jias capable de provoquer une sensation , ce qui i-evient à dire que toute excitation n'est pas propre à provoquer la force intérieure psjehique pour en obtenir un effet qui est la sensation. 11 y a une limite d'excHatioH qu'on peut appeler mitiima, et une limite mfiximn ; co qui signifie que la st^nsation ne commence pas à une quantité infiniment petite d'excitation, mais à une quaulité définie; et elle ne croit pas indéfiniment avec l'excitation de quelque degn- qu'elle soit, maisjnsqn'à une certaine forée qui est elle-même limitée.
La limite mînima a l'-té appelée par FecUner et Wundl seuil d'exci- 1 (Ki'i/.srlnvilk), la limite maxima hnitleur ilexcUilion (Reiz-
FOIfCTIOrfS DE LA SENSIBILITÉ 10
une porportionnalité entre le travail musculaire et l'excitation, et entre la force de celte excitation et te processus nerveux. On peut poser Téquation suivante :
(l) t/ = ax+c,
en désignant par y la force d'excitation, par x la force du processus nerveux, par c la constante de la force excitatrice : de a dépend la vitesse avec laquelle y doit croître pour produire Taugmentation de X. L'équation peut s'exprimer ainsi : la force excitatrice est proportionnelle à la force du processus nerveux, plus la constante avec r accroissement que ce processus peut subir.
En faisant z = contraction musculaire, a c étant d autres constantes, on a :
(2) X z=za z -i- c
laquelle équation exprime le rapport du processus nerveux à la contraction musculaire.
Réunissant les deux équations, on a :
y = aa z -h (a c -\- c)
d'où : (3) y = Az-hC,
ou: la force excitatrice est à la contraction musculaire comme les constantes A, C, puisqu'on a :
A = aa C =^ a c -h c
45. Cette proportionnalité trouvée entre le processus nerveux et l'excitation, et ensuite entre l'excitation et la contraction, peut s'appliquer à la recherche de la proportionnalité entre l'excitation et la sensation, en substituant celle-ci au processus nerveux, pour faciliter la recherche des lois fondamentales de cette relation.
A la limite nfinima ou seuil d'excitation, correspond une sensation à peine perçue, c'est-à-dire la plus petite sensation qui correspond à son seuil ou limite inférieure minima, A la hauteur ou limite maxima d'excitation, correspond la sensation maxima, ou sensation de la limite supérieure maxima^ et par suite hauteur de la sensation. Au delà de ces limites maxima et minima, il n'y a plus de sensations que nous disions perçues, ou capables d'entre perçues par la conscience.
Bien qu'il puisse se produire des sensations de qualité différente, ces limites font qu'à ce degré d'intensité elles sont égales, pan^e qu elles correspondent toujours aux sensations à peine perçues, celles de la limite minima, et aux plus hautes possibles, celles de la limite maxima.
La sensibilité (jui se rapporte et correspond à la limite maxima d'excitation dépend de la position de cette limite ; plus elle est petite, et plus la sensibilité est grande. Ainsi, soit 1 l'exc^italion dans un cas, 2 dans un autre, la sensibilité est comme 1 : ^ ; ou en général, la sciusibilité de limite minima est inversement proportion-
30 PSYCHOLOGIE PltVSiOLUGlQLE
ncllo à la valeur de la limite mininia d'excitation. Au contraire, la sensibilité de limite muxima croit avec l'excilaiioD. SI l'excitation est 1 dans un cas, 3 dans un autre, la sensation correspondante est alors comme i:i; c'est-à-dire que la sensibilité de limite maxima est directement proporiicmnellc à la valeur de la limite maxlma d'excitation. Du nippoil de la sensibilité de limite minima et maximu, dépend le circuit relatif d'excitation, correspondant au circuit de sensibilité, c'est-ù-dirc ce qui estcompns entre les limites minima et maxima. Il croit quand descend la limite minima, et (]uand la limite maxima s'élève. Supposons dans un cas la limite minima = I, la limite maxima =^ i ; si, dans un autre cas, la limite mininui est 3, (;t la limite maxima 8, le circuit relatif est égal à 4. Si, au contraire, la limite minima est 3, la maxima 1, le circuit = 8; c'est-à-dire que : iecircuit relatif d'excitation est proportionnel au produit de la sensibilité de limite minima par celle de limite maximu, ou au quotient de la limite maxima d'excitation par la limite minima.
Soit s la limite minima d'excitation, h la limite maxima, on aura :
lu mesure de la sensibilité de limite minima ^ J
la mesure de limite mauma = h,
la mesure du eiraiit = -.
46. Qu'on ne croie pas pourtant que ce soit chose facile de déterminer la limite minima et maxïma d'excitation ; c'est, au contraire, une tàclic diflïcile et incertaine parce que l'excitabilité des ditfé-
peine perçue, ainsi il y a une limite de différence sensationnelle ^ à peine perçue. Il faut examiner ce point pour mieux établir et prouver la loi de proportionnalité entre Texi^itation et la sensation.
Dans la sensation, il y a deux constantes qui correspondent à deux quantités, minima et raaxima ; dans la différence de sensation, il n'y en a qu'une qui est la variation minima de sensation, ou va- Hation à peine perceptible. Et celle-ci, comme la grandeur de la sensation, à ses deux limites, a une valeur constante pour tous les sens et toutes les qualités diverses de sensation, et cela pour les mêmes raisons indiquées ù propos de la sensation. 11 y a par suite une limite minima ou seuil de différence d'excitation, à laquelle correspond un seuil de différence de sensation ou un minimum de dificv rence d'excitation.
18. On emploie trois ni(';tliodes pour trouver la relation entre les variations de l'excitation et celles de la sensation ; de ces méthodes, l'une est directe, les deux autres sont indirectes.
(1) Méthode de différence à peine perceptible, qui consiste à passer d'une excitation d'une certaine force ù une autre qui la surpasse d'une quantité telle qu'elle puisse donner une différence de sensation égale à la plus petite perceptilile.
(2) Méthode de Cerreur tnoi/enne. Elle consiste en une série d'expériences pour lesquelles on fait usage d'excitations de valeur décroissante en les:]^outant, en commençant pourtant toujours par la méthode directe. Ainsi pour une série de Vas, on peut avoir une moyenne qui correspond à la vérité.
i3) Knlin, il y a la méthode des ctis vrais et des fanjr. Par cette méthode, (m fait, par exemple, deux excitations sur l'organe d'un sens, de façon qu'elles différent peu l'une de l'autre et qu'elles correspondent à des sensations de différence peu observable aussi.
(les exciUitions peuvent étnî estimées plus ou moins fortes. SI le ntmibre des
cas observés est n et celui des cas réels r, on aura la relation — , qui s'appn»chera d'autant plus de l'unité que le nombrt» des cas réels est plus grand. Alors le quotient— est la mesure de la sensibilité de différence, c'est-à-dire que la
sensibilité est d'autant plus grande que le (fuotient est plus grand, et rice versa.
49. Selon qu'on enq)loie une de ces trois méthodes qui d'ailleurs ne s'enq)loient pas séparément, on a trois expressions de la loi suivant laquelle la sensation varie avec l'excitation entre les limites minima et maxima. Soit pcmr la pn*mière méthode : r accroissement de sensation t/ui produit un chaniiement de sensation à peine perceptible est toujours dans un rapport constant avec la quantité iCej'citation à Iw/uelle elle a été ajoutée. Ainsi, si à un poids 1 on ajoute -g- Pf*ur avoir la différence de sensation à peine perceptible, à un poids 2 il faut ajouter -§- pour avoir la différence de même nature.
Suivant la méthode de l'erreur moyenne, renonciation d(» la loi est la suivante : Cerreur moyenne variable qui s'obtient par la comparaison d'une ej'citation avec une autre dont celle-ci ne diffère p(ut quant an mode d'aperception, exprime toujours une fraction constante de rexritation. Ainsi, si pour une excitation 1 l'erreur variable est ^, pour 2 elle est de ^, pour 3 de ^ et ainsi de suite.
P5T<»0I,0GIB PnïSIOLOGIQUE
SelOD la luétliode des cas vrais et Taui, l'expression de la loi est b sulvaDle: quand apri* let éliminationi de* influenee* dam la comparaiion de deux excitation* non perceptible* diverte*, la relatinn — entrr. le* manife*talioni vraie* et le nombre total de* ea* reete constante, le* deux ertHtation* eompariet doivent conierver toiijour*, Cune et Contre, la même relation. En admellani qu'une excilaiiao 1, (omparci? avec une de 1 -f ^, préBente un rapport détermio^ ^, l'excitation 2 comparée avec l'exciiatton 2 + -f, l'excitalion 3 avec 3 + -f doivent garder le mCnie rapport ■^,
Les trois formule» précédeolcs peuvent se mmener i tiné plus générale qui exprime une loi sur l'accroissement de la sensation auquel correspond 11 variation de l'eicitatioo, c'csl-ù-dire que : *i Cinteniité de ta *en*atioH doit augmenter pour de* quantité* abtobte* égale*, raugmeHlation relative iFexeitatioA doit reilrr comlaiite. Ou encore, une différence entre deux excitation* e*l $entie eontme fyutement grandi.; si cette différence reile relativeiHeat iauariabir.
Cette loi Tut (l'abord établie par Weber, en employant la première des trois méthodes; Fecimer, ensuite, au mojrf^ndes deux autres prouva la vérité de celte lui, qnl [Ul appelée loi de Weber ou lai fondamentale psycho-physique. Wundt aussi, à son lunr, accepta la loi en corrigeant les expériences de ses prédécesseurs, et en introduisant encore quelque modillcation dans l'expression (1).
50. De tout ce qui précède et des ex|>ériences faites, il résulte que la formule mathématique pour exprimer la retalion qui existe entre la sensalion et l'excilaliun est la formule du rapport entre la proportion arithmétique el la projiortioii géométrique, c'esl-à-dire entre les logarithmes el leur base. La lui
FO?ïCTIONS DE LA SENSIBILITÉ 23
sensation correspondante, par a la valeur limite de Texcitation, celle pour laquelle S=^, par G une constante ù déterminer, on aura Téquation ;
S = G. iofç. -
SI rt = 1, Texpression devient :
S = G log. E
Gette loi peut encore être rendue claire et visible géométriquement : On représente l'intensité de la sensation au moyen des abcisses et la force d'excitation au moyen des ordonnées et on construit, comme dans la figure 5, la courbe qui exprime une ligne logarithmique. Si on admet que les augmentations de sensations sont représentées par des parties d'égale longueur, sur la ligne des abcisses, les accroissements correspondants doivent apparaître comme des augmentations des ordonnées.
Soit chaque partie de l'abcisse —, par quoi nous voulons dire que l'intensité
définie de la sensation S a été divisée en n parties de l'abcisse. Désignons par
R la grandeur —, l'ordonnée du point o par a et les suivantes par 6, r, d, etc.,
les valeurs de l'abcisse par K, 2K, 3K ; selon 1 a loi psycho-physique, aux augments égaux R, doit toujours correspondre la même relation des ordonnnées entre
lesquelles est comprise chaque portion K. Ainsi on a — = y- = -- rapport
constant; et les ordonnnées, venant Tune après l'autre, forment la série suivante :
dans laquelle a désigne l'ordonnée pour la valeur 0 de l'abcisse, et — ^ , l'ordonnée pour la valeur de l'abcisse nK = S. Si nous représentons par E l'ordonnée correspondante à l'excitation, nous aurons, en substituant la
valeur -rà la valeur de l'alicisse S pour l'ordonnée —^j qui est pour m, une
relation générale entre les abcisses et les ordonnées de la courbe, dans réquation suivante :
ou, si a = 1, E*- = //• d'où l'équation fondamentale pour le rapport entre la sensation et l'excitation :
S log. nat. /> = K log. nat. E
S — K 1^^- "^^' ^' "" log. nat. h
Gette équation a été trouvée par Fechner, connue formule de inesurc psychophysique, parce qu'elle sert immédiatement comme mesure de l'intensité de la sensation, tandis que la formule fondamentale expllipie s<'ulenient la loi ^'énérale de l'augmentation de la sensation. La valeur de l'abcisse A est le point limite où connnence la sensation, le seuil de la sensation, a = 1 désigne donc la <]uantité prise pour unité d'excitation de valeur limite de celle même sensation. Et le logarithme de 1 = 0, et k est la valeur de l'abcisse «à laquelle correspond l'ordonnée b.
Si A = 1, b = e (base du logarithme naturel), par suite log. nat. ^ = 1, on a la formule plus simple :
S = log. nat. E
2Î PSTCHOLOCIE PHTSIOLOGIQl'E
Lit irnialion nt ^tl"'' "" logarithme, nalurrl ilr l'ercilalioH, ni on prrnit rommr «nilr il'rj:ciliUioH la limite laimnia, et romiaf tiHité ilr letualion /'in- IfHgilf iIk la arimition correipondant à 2,7183 fou la vaintr ilr la limite minima irexrilation,
51. !y, au li^u i\e cette uniié i;hoisie, on en veul iireatlre une uulre, on » alors S = K tOK. aaL E où K ilps^nie une constante i]é|>endanl <le riuiilé choisie. Si an veut aussi changer la valeur de l'uniié d'excituiion, et en |>reDUre une qui ne corres|toaile [laa âla limite mioiina, on uura alors — au lieu de Y), a exprimant la limite uilnjma de la valeur {!).
5S. Cette loi mathématique qui exprime la relation entre l'excitation et la sensation n'est pas abstraite, mais elle est fondée sur des expérienees variées, d'abord faites par Weber commi> je l'ai déjà dit, puis étendues |>ar Fcchner, h toutes les sensations, et continuées par HeImboUz et d'autres avec Wundt. Le nombre d'expériences le moins considérable a été fait sur les sensations audiiivi>$; on en a fuit un ((Rind nomtin> sur la vue, le |)oids, la tem]>érature, que nousnepouvonsRipporteriei. Seulemenluneiiliscrvalion importante est à faireiri, c'estquc les Inls mêmes ne peuvent être en ruilappliquéesqu'approximativement, et la raison principale en est i|ue l'élément nerveux qui constitue le processus principal de la sensation est très changeant el très variable pat- )a nature de sa coinposiliun et par suite des inDuences continues auxquelles il est soumis. Anssi enire-l-il encore dans le calcul cet élément qui souvent est une inconnue cause de trouble pour le phénomène psychique selon la loi d'une exacte relation entre PexcitatiuD el la sensation.
53. La loi logarithmique n'a pourtant |ias été sans soulever de graves objections, lin des derniers qui y aient été o)i]>osés, c'est Hcring, professeur de physiologie à l'universiii; de Prague. Déjà Delbwuf (S) de Liège y avait fait des objections, mais, en gardant la loi, il l'avait modlQéc, et, en la défendant contre les olijectiuns de Hering, il coniirme les modifications qu'il avait pruposi^es. La plus gRive objection est que, dans ia lui énoncée, on ne tient pas corniite de l'état de i'organe el de la force de l'être sentant qui doiveiU pour l'exactitude entri'r
Cette fonnule exprime que les sens sont des instruments essentiellement différentiels, qui apprécient non la valeur absolue des forces qui les excitent, mais leur
différence; ^ exprime une rupture d'équilibre. D*où il résulte qu'une sensation,
à peine produite* s'affaiblit parce ({ue la différence entre p et ;/ tend à devenir nulle. C'est un effet de la réaction de Tune sur l'autre. La sensation, qui correspond à im mouvement, se transforme en un état sensible correspondant au repos. C'est-à-dire que la sensation se dét/railf, d'où la lc»i de dé^^dation.
On peut considérer ;/ comme constant, et;; variable et vicp-i'enta; ou encore les deux quantités comme variables, ce qui rend le cas beaucoup plus compliqué; mais la loi reste la même.
Pour la formuler, on suppose que p', la force la plus grande, est consUmte et que la force p*, qui est la moindre, est devenue p après un temps /; on a la relation :
t = log. ^"
Dans la fraction du second membre de l'égalité, le numérateur est constant et exprime la différence initiale, le dénominateur est variable, et on voit que le temps nécessaire pour 'que p augmente, et que la différent'e de p à p diminue d'une quantité égale, est de plus en plus grand à mesure (|ue cet effet se produit. Donc la sensation va en diminuant mais de moins en moins rapidement. En réalité l'équilibre ne s'établit pas, et p ne devient jamais égal à ;/ qu'à un espace de temps infini, c'est-à-dire que cela n'arrive jamais; la première impression laisse une empreinte qui ne s'efface jamais.
Si. La seconde loi a rapport à l'intetuité (le la sensation, La sensation est nulle quand p = p\ et que leur différence est zéro ; en ce cas la quantité
log. — devient log. — = 0. L'être sentant reste dans l'éliit de mouvement ^ P ^ p
marqué par p et il est en équilibre avec le uiilieu ambiant. Si ;;' change, s'il devient plus grand que /;, à ce moment Télre sentant reçoit une impression et la sensation se produit. Il résiste à rimprcssion, mais peu à peu il cède et il obéit enlin à l'impulsion et arrive ainsi à un nouvel état d'équilibre, c'est-à-dire
que p devient égal à //, la sensation à zéro. Si nous exprimons S' = log. — = 0
il est nécessaire, pour qu'une nouvelle sensation api)araisse dans le même sens, (lu'il y ait une augmentation de force extérieure, il faut que // devienne
p', alors on a S' = log. ^: ;/ finira par devenir égal à f»", et leur différence
égale par suite à zéro, d'où la proportion :
d'où on tire :
V'-P P qui est en réalité la loi de Weber, c'est-à-tlire que les accroissements d'excitation, tels qu'il les entend, doivent toujours être en rapport constant avec l'excitation primitive, parce que la sensation croît de (piantités égales.
Si on a d'abord S = log. 2^, =log. -^, ({uand S deviendni égal à log. ;||| = 0, pour avoir une nouvelle sensation s = .v, n(ms devons établir : x = log. \j, log. -^. L'excitation, qui d'abord était 3(5-27 = D, est maintenant 18-3G = 12, c'est à-dire plus grande, et on a la proportion ^î = E> solon la loi de Weber.
Ce (pii est conforme au théorème suivant : Pour des accroissements éf/au.r de genmtion, les accroissements d'e-rcitation sont en protjression f/êométrique, La
26 PSVCHOLOGIE PHYSIOLOGIQUE
raisoD (le celle progression esi e ; e repréBenle la base des logarilhmes népériens.
K. 11 y a une troisième loi. qui est celle <le tention. Il faut distinguer réguilibre naturel et rfqHitibre île tention. La position d'équilibre naturel d'une corde de violon est celle qu'elle prend naturel le ment sur l'instrumeat, quand elle est abandonnée â elle-même ; si elle se tient écartée de cette position, c'est un équilibre de tension; si la tension est trop forte la corde rompt. Il j a pour la quantilép un maximum et un minimum, oii la tension est extrême et conOne à la rupture; U faculté d'accommodation, la nexibilité de l'être sensible est déterminée, en extension, par ces valeurs extrêmes de p. La tension est nulle, l'équilibre est naturel, quand p = >""'"■+?'.'"''?,■. a mesure que les excitations se produisent, la tension augmente, la résistance devient plus grande et la flexibilité diminue.
Si nous exprimons par T la tension qui accompagne l'excitation liig. ■^, et par A le maximum de tension possible, la formule d'épuisement et de lassitude de l'organe sera :
L'épuisement devient de plus en plus grand ii mesure que T augmente, et tend vers l'inlini quand T arrive à son maximum.
Le même raisonnement qui a été fait pour l'excitation s'applique i la tension, laquelle, après tm certain temps, devient T = 0 par suite de la faculté d'accommodation que possède l'organe.
f:e qui est exprinié par la formule :
quand A = A-T = A', d'où ou tire :
/■ = log- jçi = 0 et ainsi de suite.
56. Je nesachepasquelus physiologistes et les psychologues se soient jusqu'ici
57. Une seconde observation à faire : la seconde loi de Delbœuf n*établit qu*un renouvellement ou qu'une restauration de la sensation, mais de la même intensité, sans aucun accroissement réel. Les formules posées par lui Findiquent assez clairement :
' = log. |,
quand p devient égal à p' par reflet de l'accommodation, la sensation est nulle :
s = log. I» = 0
il faut que p' devienne />' pour qu'on ait de nouveau une sensation s'
Ou en chiffres devient :
par suite
qui devient
et
*' = log. ^ , et ainsi de suite.
s = log. 1?
' = ïog. §S = 0,
s^ = log. âî s = log. }i = G
s' = log. i^, et ainsi de suite, s = s = s^. C'est-à-dire que la première sensation a la même intensité relative que la seconde, la seconde que la troisième.
(ieci ne semble pas pouvoir s'accorder avec la loi de Weber ; ce qu'il faudrait, c'est un véritable accroissement de sensation après un accroissement d'excitation et ces deux accroissements doivent avoir entre eux le rapport établi entre la proportion arithmétique et la proportion géométrique. C'est ce qui résulte des expériences directes de Bouguer et de Fechner sur la vue. Soit une lumière L' assez distante d'une autre lumière L pour rendre invisible l'ombre projetée d'un objet sur une table, soit s la distance de la lumière la plus voisine de L. #" celle de L' ; les intensités des deux lumières sont entre elles comme les carrés des distances, par suite comme jr et s'^. L' est dix fois plus éloigné que L, on a :
^ = tÙît L.
58. Des observations et des expériences, il résulte que, suivant les lois de dégradation et de tension avec celle qu'il nomme loi d'intensité, on trouverait pour la sensation de la vue, par exemple, qu'après un certain temps la sensation serait nulle, et qu'on ne devrait plus voir d'objet lumineux. Nous avons des faits qui sont entièrement opposés. En venant d'un lieu plus éclairé à un autre qui Test moins, c'est-à-dire en passant d'une excitation plus grande qui nous donne une sensation plus intense, à une moindre, au premier moment nous nous croyons dans l'obscurité, ou, au moins, nous ne distingons pas clairement les objets; après un certain temps, pourtiml la vision devient plus claire et nous distinguons. Au lieu d'une dégradation, il semble qu'il y ait dans ce cas une augmentation de sensation. L'accommodation des organes à la lumière, ou excitation, entralne-t-elle ici que la sensation soit nulle 1 L'hypothèse que fait Tillustre auteur d'un œil sans pupille, immobile, excité toujours par une lumière uniforme, expliquerait le phénomène pour une autre raison, comme je le dirai plus loin.
On ne peut nier d'autre part qu'il n'y ait des sensations qui, après un certain temps, deviennent nulles, comme celles de température, de pression, de tact et tie contact, d'odeur. Mais je voudrais rapporter ce phénomène à une tout
28 PSYCHOLOGIE PHYRiatOGIQUË
autre raiise que celle que l'auteur iuilique. Fl il'alionl je JisUn({ue lc<t sensations qui peuvent ftre |irolon(;ées [leniJani un temps plus ou moins long, et celles qui sont devenues habituelles (1).
fid. Une sensation se produil par une tKaion exiorne, mouvement vibratoire de l'élher, de lair, des corps d'tine lempératupe donniïe, efllux de particules volatiles d'une fleur et ainsi de suite, plus, par une force psychique rcprésenlôe par la force nerveuse. Celle-ci, comme toute atitre force, se transfoime et s'épuise dans sa manifestation spéciale qui dans ce cas est la sensation, (jncl est l'elTet d'une extûiaiion instanianéc sur un organe? Elle provoque, si elle a l'intensité voulue, la force nerveuse h l'activité, ce qui a pour elTet le changement chimico-f^ysique de la substance du nerf ou des éléments nerveux ; et, selon le degré de l'excitation instantanée sur cette force psychique, celle-et se manifeste dans le phénomène stïnsitif avec une intensité correspondante. Ces éléments nerveux, en supposant qtt'uut^unc^ excitation nouvelle ne s'ajoute ùla première, doivent revenir à l'état primitif, que l'on peut appeler l'élat d'équilibre de l'Atre sentant, ou de la force psycliique elle-même. Et après un certain temps, l'organe correspondant se remet à l'élat primitif. En cel état, l'excitation prodttit le même effet que la première fois, si elle a la même intensité.
Mais si, au contraire, à une première excitation d'une intensité délermint^ en succède une seconde, puis une troisième, c'est-ùdire, si l'excitation, au lieu d'être instantanée, est continue pour un temps donné, l'organe et la force nerveuse correspondante n'ont pas le temps de se remettre a l'état d'équilibre, ou ù l'état primitif, avant d'avoir reçu une excitation nouvelle. La sensation, en ce cas, rire il'<'j,'alf inlensilé depuis ii' liniiniciin'iiiriii jusqu'à
d excitation moins intense à un état plus intense ; c'est leffet opposé (|ui se produira, c'est-à-dire une sensation d'obscurité, si on passe d'un état plus intense à un autre moins intense. Mais en revanche il arnvera que ce premier effet cessera, et que la rétine; s'accoutumera à la lumière actuelle, et en aura une vision claire et distincte, à moins que ce ne soient les deux limites extrêmes d'excitation.
A partir de ce moment il n'y aura plus dans l'être sentant de changement d'aucune sorte au point de vue de la clarté de la vision. Suivant la loi de dégradation d(; D(»lbœuf, en passant dune lumière plus intense à une lumièn; moins intense, il ne devrait plus jamais y avoir de vision ; mais, au coutraii'e, on devrait être dans l'obscurité complète, parce qu'il faudrait une excitation d'une valeur relative consUmte égale à la première pour produire une; sensation d(; la vahîur de la première. Ce qui est contraire à l'expérience et aux faits.
60. £n comparant les sensations du ta(.*t, de l'olfaclicm et de la vue, on voit clairement qu'elles ne sont pas dans les mêmes rc^lations par rapport à l'organe sensitif. Et j'ai déjà avancé cette idée que la sensation, pour une exciUUion de courte durée, a une valeur correspondante à cette excitation, mais que pour une excitaticm continue de la même intensité, et encore d'une intensité plus grande, elle peut, pour certains organes, se réduire à zéro, et cela, parce que l'organe épuise'^ n'a pas le temps de se réparer. Ce qui est vrai pour \v tact, l'olfacticm, la température, la pression, mais non pour la vue ni pour l'ouïe ; et encon* pour ce dernier sens, parlons-nous des sensaticms instimtanées et (•onlinues, non des sensations habituelles.
Les nerfs de la vision et de l'ouïe ne s'épuis(;nt donc pas? Il n'en est rien; ils sont sujets aux mêmes lois naturelles que les autres, et il n'y a aucune exception pour eux à cet égard. Je crois que la raison principale de ce qu'ils présentent de particuliei* est dans un fait auquel on n'a pas fait attention jusqu'ici. Je dis que les sensations de la vue et de l'ouïe sont à excitation inlermitlrnte, et toutes les autres à ejrrilation continue.
Le contact d'un corps avec notre peau est (continu, non intermitl(»nt, de même que l'excitation de la mucpunise du nez et de la langue, <»t les excitations de température, (kîtte continuité consiste encore en ce que les excitations, dans quelques sensations, ne sont variables qu'en degré, c'est-à-dire sont dune plus ou moins grande intensité, comme la température, la pression; dans d'autres, si celles sont variables, le passage de l'une à l'autre u'(»st pas très rapide, mais lent, comme il l'est pour les s(*nsations de goût e\ d'odeur, en sorte que, pour une excitation donnée, hîs sens dont nous parlons sont à excitation continue.
Il n'en est pas ainsi pour la vue et pour l'ouïe; outre que les vibrations de l'éther pour la vue, comme c(^II(îs de lair pour l'ouït», sont intermittentes, bien qmi (!ela ne soit pas observable ni percep-
30 MVCIIOLOCIE PHYSIOLOGIQTT
liblc, la v-airâliilité de l'oxritalion est extrême, et la itélicalcsso des organes répond à celle variabililé. C'est-à-dire qu'il se produit ce fait que ni l'excitation de la vue ni celle de l'ouïe ne peuvent être dites identi<|ues à tous les instants, (tarée que dans un temps très court se snccèdent des excitations différant en intensité et en nature. Et puis les oignes sont en état de pouvoir recueillir tous les changements rapides qui se produisent, mi^nie dans les temps les plus courts. L'organe de la vue a un autre avantage, c'est sa mencilleusc mobilité, par laquelle cn)it la vaiiabililé de l'excitation et par suite son intemiiltenre. C'est celte dilTvrt-nce dans l'excitadon, qui, à mon avis, jiroduit les conséquences que nous avons remarquées. Dans l'exciiation intermittente, les éléments nerveux ne s'épuisent pas entièrement, maïs ils ont le temps de rt'parer la force qui se transforme dans la sensation et dans tous ses eftets. Ce qui ne peut arriver pour les sens à excitation continue. Ce fait et cette opinion son corroboi'és par les deux obser^'utions suivantes. Si nous ramenons les excitations de la peau ù la forme intermittente, nous sommes capables de percevoir longtemps les sensationsqui nous en viennent. Kn second lieu, le fait de l'excitation intermittente de la rétine est prouvé par ceci que les images qui se forment sur la rétine dans la vision ont une durée trt-s courte, et s'cflkcent pour donner lieu à d'autiTS images qui suivent ; et qiu> celtt; durée {>cul devenir plus grande par la persistance de l'excitation sur la iTiinc. La brièveté ÛK la dunle de l'image sur la rétine ne peut s'expliquer d'une autre favon que par ce fait que l'organe se remet à l'état primitif par une ri'fection instantanée que l'on p<iut rapporter à l'intermittence des ondes élhérées ou lumineuses.
De là résulte a- corollaire très important que l'action excilatriix^
même énergie initiale, mais avec une énergie plus modérée, pour établir des courants nerveux constants, isodynamiques, pourrait-on dire, qui se rapportent à un état d'excitation que Ton peut qualifier d'équilibre de Tétre sentant, comme tous les courants nerveux dérivés des excitations constantes et invariables des fonctions organiques. On a alors une espèce d'accommodation, seulement pour une excitation donnée, non pour une de nature différente au ]K)int de vue de la qualité. Le phénomène de Texcitation, apparaissant plus intense au commencement pour diminuer ensuite, n*est pas différent de ce qui arrive mécaniquement dans une forcée initiale ou choc. Devant vaincre la résistance du corps frappé, elle semble avoir une énergie plus grande parce que le corps frappé subit dans le premier moment un déplacement proportionnel ù sa force de résistance et au choc re(;u. Tel est le phénomène d'une sensation qui apparaît plus intense au premier moment que dans la suite ; la résistance vaincue, l'excitation d'une même intensité produit des courants nerveux constants, et celle-ci, l'effet produit, perd de son intensité ; mais dans tout ce processus, il y a un temps de réparation de la force modifiée ou transformée dans les organes.
Ce phénomène qui est de nature physique, d un côté, et se manifeste comme effet nul au point de vue psychique, n'existe pas pour toutes les sensations, comme on Ta dit en parlant des sensations à excitation intermittente; mais il appartient aux sensations à excitation continue. De fait, pour la vues comme pour rouie, la sensation ne diminue pas jusqu'à zéro, (*lle ne diminue même en aucune façon ;au contraire avec raccommodationà la (luaiitité d'excitalion on a une sensation plus claire et plus dislin(;l(î ; tandis que pour les autres sensations, à l'opposé, on a un dé(*roissement jusqu'à zéro. L'excitation habituelle et permanente imnule \\'ï\\\i psychique pour h;s sensations à excitation continue, elle ne produit aucune consé- ([uence pour celles à excit<Uion intermittentes
6*2. Après ces considérations sur la nature de l'organe ou de la force nerveuse modifiée par une provocation à l'activité psychique dans l'effet utile de la sensation, il me semble que la loi logarithmique de Wel)er peut s'appliciuer à l'état initial et intermittent de la force, non à l'état permanent d'excitation, et (ju'alors il ne sera besoin d'aucune modification à la loi, comme le propose Delbœuf qui veut faire entrer dans le calcul l'étiU de l'être senlant après une sensation donnée, en attendant toutefois que cette sensation se d<'*grade jusqu'à zéro. Et je suis convaincu cpie la loi de W(»ber ne pouvait regaixler le cas d'une annulation totale de s(»nsalion, pour lequel cas il aurait eu une autre (expression, commi» le veut h» professeur Delb(ruf.
63. Si nous voulons considér(»r rinlensilé diî la scîiisation d'une autre manière, nous trouvons d'abord ([ue l'cîxcilation est déeomposable en éléments similaires. L'excitation ou la force extérieure qui
32 PSVCHOI,OGIE PHYSIOLOGIQUE
opère sur les or^^ancs est un mouvement, eomnie toutes les manifestaUons de force ; ce mouvement esl roi-nié do beaucoup d'autres plus petits et élémentaires. Consiilûrée comme excitation sur les organes, la force agit comme un complexus, non comme si elle était simple, et vile doit agir <>n un temps déterminé, c'est-à-dire que le nombre des éléments de la force excitatrice doit se trouver réuni dans un temps, ou dans une unité de temps donnée, pour produire un eflil utile. Dans une unité de temps, un certain nombre de ces éléments peuvent être la limite minima ou masima de la force excitatrice. Dans ce cas, non seulement le nombre csl modifié, parce qu'il peut y avoir' des valeurs diverses d'éléments qui agissent alors avec une vitesse plus ou moins grande, mais c-ncore la grandeur du même élément. Ainsi, si la force extérieure est un mouvement vibratoire, comme celui de l'air dans le son, il y a un nombre différent d'ondes dans une même unité de temps, et différentes longueurs d'ondes, parmi lesquelles la plus rapide est la plus petite, et au contraire la plus lente est la plus gr-ande.
Et pourtant, quelle que soit cette variation des ondes, il est ceilain que, pour la pins petite sensation pei-ceptible, il en faut un nombre donné, qui est en rapport avec la sensibilité limite de chacun. Un nombre inférieur i-esterait non peri;u et n fortiori un seul de ces éléments. Si la sensibilité était plus fine, et l'était assez pour être e\cité<' par un seul élément, ce serait là la limite minima naturelle de toute sensation, et pour tout individu.
Tout élément d'unie force opère pourtant selon sa valeur, comme un nombre quelconque d'éléments quelque petit qu'il soit, mais il n'est pas apte it provoquer la force psychique à la sensation correspondante ; le logarithme de l'unité esl zéro. Mais il doit y avoir un
là ; on montrera que les éléments inconscients eux-mêmes peuvent être cause d'excitation d'un phénomène conscient, spécialement dans la reproduction des sensations.
64. La sensation, outre son intensité ou sa force, a encore la qualité , c'est-à-dire la manière différente dont une modification peut arriver dans les organes sensoriels, ou le mode spécial de modification sensible pour une excitation différente et spéciale. Ainsi iâ vue donne la sensation des couleurs diverses, la forme, l'étendue des objets visibles, l'ouïe les sons avec toutes leui*s variétés.
Les sensations par rapport à leur qualité, comme le reconnaît très bien Wundt, peuvent se diviser en deux classes: sensations qualitativement uniformes, et sensations qualitativement variées. Les premières sont celles qui font connaître seulement une qualité se manifestant avec les gradations possibles d'intensité. Ce sont les organes généraux de la sensation qui ont cette qualité uniforme, comme la peau qui se manifeste dans les trois sensations de poids, de température et de tact, et les sensations musculaires de toute espèce. La seconde classe de sensations comprend celles qui dérivent des sens spéciaux, vue, ouïe, odorat, goût : ici le phénomène est varié et a des gradations diverses.
65. La sensation a un autre mode ou propriété, c'est ce que les philosophes allemands appellent sa ^ona/t7é, c'est-à-dire le plaisir ou la douleur ou l'état moyen d'indillérence. Une sensation a non seulement une certaine intensité dans une qualité (|ui lui est propre, mais encore elle peut être agréable ou douloureuse, selon cerlaines conditions spéciales de l'être sentant, correspondant à la force et à la qualité de la sensation. Cette tonalité de la sensation constitue pour elle une propriété importante, qui a rapport à la conservation de l'être sentant, et doit être considérée comme la partie essentielle du phénomène primitif, parce (jue de cette propriété dépend la défense de l'être vivant, comme la raison des rehitions avec la nature, à l'état primitif.
Je montrerai à son lieu la nature et l'essence de c(î mode de la sensation, c'est-à-dire quand je dt^vrai considérer le phénomène isolément et dans son évolution.
66. Si nous réunissons les modems de la sensation, nous trouvons qu'elle a intensité, qualité, tonalité. Si nous voulions la considérer avec un de ces modes en moins, ce serait une abstraction. Cependant l'intensité est cette propriété de la sensation, qui est comme le caractère d'une force, lequel se manifeste dans le plus ou moins de valeur ou de puissance de la force. La lonalitéesi relative à l'avantage ou au désavantage de l'être sentant, la douleur et le plaisir étant considérés à l'état natif. La qualité est le troisième élément essentiel de la sensation ; elle se rapporte à une correspondance plus directe entre l'être sentant et sa modilication, avec la force naturelle exlé-
34 PSVCUOLOGIB PHYSIOLOGIQUE
rieurc, variée et divofsc (tans ses manirestaiions ; la qualité dépend tant de la siruclurc des organes que du mode spécial d'action de la force extérieure sur les organes marnes. Un corps qui est présent h la vue et excite sur la rétine une lumière diffuse, el qui provoque la vision d'une couleur, provoque encore celle de sa forme et de son étendue propre, et ces cxcilatalions sont distinctes et différentes pour pouvoir produire deux sensations diverses bien que simultanées.
La sensation n'est donc pas un phénomène simple, comme on l'a si souvent dît, mais c'est au contraire un phénomène complexe dans son mode; elle est multiforme, el bien qu'elle soit un produit purement subjectif, qui a une valeur seulement comme fait intérieur, on ne peut cependant pas nier son rapport avec l'extérieur, ou avec l'autre cause d'oîj part la première impulsion qui la fait naître. La qualité de la sensation est la construction d'une forme qui peut être dite Vimnge de la force matérielle extérieure ou de l'objet qui agit comme force excitatrice; laquelle forme ou image, par habitude et par suite d'un phénomène spécial à l'être sentant, est généralement rapportée àl'objet lui-m^mc,et est confondue avec lui, comme si c'était sa nature même. Elle constitue proprement ce qu'on a coutume d'appeler représentation ou perception ; mais, comme chacun voit, c'est un mode de la sensation, comme la tonalité, mode qui ne peut en être séparé ; sinon la sensation perd ce qu'elle a d'essentiel, elle n'est plus quelque chose de distinct, de significatif, elle ne conUent plus rien, mais elle est une modification de pure tonalité, caractère agréable, on désagréable, ou indifférent.
67. Depuis longtemps les philosophes se posent cette question : La sensation (<st-elle perception? Un grand nombre la résolvent
la plus simple, la présence de la cause exUTleurc dans Timage que nous nous formons de Tobjet, dans la qualité de la sensation même. Si la couleur et la forme sont des sensations au point de vue de la qualité, la couleur et la forme sont saisies dans quelque chose d'extérieur; il en est de même de la température. Le contact, par exemple, d'une piastre froide avec le bras d'un enfant, lui fera retirer son bras ou repousser l'objet. La perception, comme mode de la sensation, n'est pas claire, distincte comme un phénomène de connaissance, et comme l'est la perception de Wundt, de Lewes et des autres, mais c'est quelque chose d'enveloppé, de peu clair, im simple avertissement de la présence d'un objet externe sans qu'on le connaisse encore.
La qualité de la sensation en constitue donc, dis-je, le caractère perceptif, lequel se développe continuellement avec la sensation même ; c'est-à-dire que l'activité psychique, déjà mise en action par des excitatioiï^ sensitives, grâce au rapport qu'elle a sans cesse avec l'extérieur, grâce aussi à la concomitance et à la coopération de toutes les sensations, en vient dans son développement à analyser et à examiner toutes ses modifications, et s'élève ainsi à une nouvelle forme et à une nouvelle manière d'être plus complexe et plus >'ariée.
Si l'élément représentatif ne se trouvait pas déjà dans la sensation, on ne sait pas conmient et d'où il pourrait dériver, puisqu'il n'y a aucune autre source de la perception que la communication avec le monde extérieur par la sensation (1).
L'analyse de ce fait ne peut donner que le résultat auquel je suis arrivé. En revenant à Wundt, je trouve qu'au nombre des sensations proprement dites, qui ne sont pas perc(»ptions, il place, en parlant de l'ouie, les combinaisons de tons et en même temps de sons, les détonations, interruptions, dissonances, rharnionie ou le man(|U(; d'harmonie et d'autres choses encore. Toutes ces choses ne sont-elles pas plutôt perçues et senties, c'est-à-dire n'est-ce pas par la sensation perceptive que ces diverses modifications nous sont connues 1 Pour moi cela ne fait pas de doute. Le passage qu'il établit de ces phénomènes à d'autres plus complexes du même sens me parait arbitraire»; les uns et les autres sont connus et annoncés grâce à la perceptivité de la sensation même, perceptivité qui s'est développée merveilleusement chez l(»s hommes, bien qu'inégalement.
68. Je conclus sur ce point en disant que la sensation, dans son caractère complexe, a deux modes, outre» rinl(»nsité, par suite» de» e'C e]ui a été dit ; ces modes, qui sont la qualité e»t le te)n e)U la tonalité, se développent avec une^ certaine inde»pendance, e't deviennent, à leur plus haut degré de développement, deux phénomènes distincts, l'un avec le ne)m de perception dans son sens le^ plus propre, et
(li Voir sur la sensation l'ouvrage de l'aulcur, Teorin fisio/of/ica délia pprcfziottc. Ch. \^. Milan, 1881.
36 PsvcaoLOCiE rHvsiou>GiQU&
l'auti'C avec oului dv, sentiment, qui comprend l'expression primitive de la douletii', du plaisir ou étal d'iDditlérence, et celle plus haute de l'idéal, du beau, du juste, du bien. La pci^ieption a son développement dans les manifesiations variées dv la connaissance ou de l'intcUigeDcc. La sensation n'est autre que le phénomène fondamental, le pHncipe continuel de l'activité psychique, ce qu'on peut représenter pai- le schèmo suivant :
J'ai dit que la perception et le sentiment se développent avec une certaine indépendance, mais cette indépendance n'est pas totale, car, comme on le montrera, le développement de l'une est en rapport avec celui de l'autre.
G9. Puisque j'ai regiu'dé la sensation sans le mode de pei'ceplivitc, comme une abstraction, non comme une réalité, je ne li-aitcrai pas d'abord de la sensation comme on le fuit génci'alcment, pour arriver ensuite aux |K>rceptions plus complexes et plus distinctes, qui ontété considérées pur d'autix-s comme les seules et véiitables perceptions. Ayant à parler, en fait, de la qualité de la sensation, je dois traiter d(! son élément représentatif, qui est l'un de seS éléments composants, l'une de ses significations. Je parlerai donc des pei'ccptions ; je chei-cliei-ai comment elles sont suscitées et produites dans les organes,
nausées, de réplédon de Testoinac, et les sensations oi^aniques qui accompagnent d'ordinaire les passions, les émotions fortes.
c Dans cette énumi'^ration nous reconnaissons déjà d(^s groupes distincts qui peuvent se rapporter ù des appareils organiques distincts. Ainsi la faim, la soif et les sensations opposées, la nausée, la plénitude de Testomac, et les sensations relatives à Tévacuation du canal alimentait*!; sont associées à l'appareil digestif. On peut les appeler sensations digestives.
c La privation d'air produit une sensation dont le siège est dans les poumons ; c'est une sensation associée à la respiration.
c La chaleur et le frisson se rapportent à la peau, aux poumons, et à toutes les opérations organiques en général. Les organes génitourinaires ont aussi leurs sensations particulières qu'il vaut mieux ne
pas faire rentrer dans la sensibilité commune La seule difficulté est
de savoir où il faut placer ces classes de sensations organiques. Je crois qu'il faut les mettre avec les sensations. On objectera qu'elles n'ont pas toujours un objet extérieur qui leur corres|)onde. Sans doute, ce ne sont pas des sensations au sens propre et rigoureux du mot ; elles n'ont pas une cause extérieure comme le plaisir provenant d'un son, la répulsion causée par une saveur amère ; mais dans le plus grand nombre de cas, sinon toujours, c'est un objet extérieur que l'on peut désigner, qui est le stimulus de ces sensations : par exemple dans les sensations digestives, l'objet, c'est le contact des aliments avec le canal alimenUiire. — L'analogie est si grande, que nous ne cessons pas de comparer nos sensations internes aux sensations proprement dites. Ces considérations nous déterminent à placer ces impressions à côté des sensations (l). >
En acceptant les considérations du professeur Bain, il est bon de faire remarquer qu'un grand nombre de ces sensations, bien (ju'on puisse les considérer comme ayant dans un objet externe leur stimulus propre, ne sont pas représentatives comme les sensations spéciales ou externes ; mais quelles constituent seulement un état de sensibilité, tonalité ou ton de la sensation, partie affective du phénomène; la cause stimulante étant de caractère physiologique, (*omme il arrive» encore dans certains cas de maladie. C'est pourquoi on pourrait mieux les classer comme états de sensibilité que comme sensations véritables. L'indétermination pourtant peut être considérée comme diminuée, si l'on pense qu elles sont localisées, comme Ta montré Bain lui-même. Cette localisation est déjà une forme ivprésentative, bien qu'elle ne se rapporte pas à un objet extérieur ou perçu. Elles peuvent êlrCi réunies sous le titre de Sensations de la vie organique,
;li Bain, Lt^s Sens et rintcliiffonce, pp. 81-S3 (traduit en français par M. Gazelles. — F. Akan, éd.)
PSTCHOLOGIE PHYSIOLOGIQUE