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Ceci demande une explication

Toute sensation est un phénomène, et ce phénomène s*accompHt dans les centres psychiques, par suite dans l'intérieur ou dans le sujet sentant. Le processus nerveux, de quelque façon qu'on considère la chose, est interne par rapport à la force extérieure qui excite et provoque le phénomène. Cependant la représentation de l'objet est une image, une foime de l'objet, se produisant grâce aux processus nerveux, et que nous attribuons ordinairement et communément à l'objet même qui a provoqué la sensation et cette représentation. La forme ou image de l'objet est chose subjective, en tant que phénomène psychique; c'est un produit, un phénomène, comme tout phénomène psychique en général. Par suite, hors de nous, hors du sujet, cette forme perceptive n'existe pas ; mais c'est de nous-mêmes que nous donnons et que nous attribuons l'image aux objets. C'est ce fait que j'appelle objectivation de l'image.

Par image ou forme représentative, j'entends non seulement l'image si claire et si distincte qu'on a dans la perception visuelle, mais toute qualité sensationnelle, son, couleur, odeur, saveur, température et ainsi de suite. Et objectiver signifie attribuer au corps extérieur la chaleur, la saveur, l'odeur, la couleur et les autres qualités. C'est là un fait non seulement ordinaire, mais naturel ; aucun homme, à moins de l'avoir appris, ne croit que les objets n'ont pas les qualités qu'il perçoit et qu'il sent ; aussi il lui paraît étrange, pour la première fois, d'entendre dire que les qualités qu'il attribue aux corps ne leur appartiennent pas.

118. Cette théorie qui semble si facile à exposer n'est pas facile à faire accepter au premier moment, parce que la multiplicité des qualités perçues au moyen des divers sens, et même d'un seul sens, ne nous convainc pas que ces qualités ne sont pas dans les objets qui les font naître en nous .

Je commence par dire que le phénomène de la sensation, et par suite la couleur, le son et toutes les autres sensations, sont le produit de deux causes, la cause extérieure ou action du monde extérieur, et la cause interne psychique. Par suite le phénomène doit avoir quelque chose qui se rapporte à l'extérieur, qui agit comme force, dans l'acte même qui, comme sensation, est une pure manifestation subjective.

Si les phénomènes du monde physique se réduisent à des mouvements, c'est une forme de mouvement qui provoque la force nerveuse au phénomène psychique. Si les mouvements peuvent vaiier de forme, d'intensité, de rapidité, l'excitation doit varier avec ces éléments donnés. Si à cela on ^joule que la matière en mouvement est encore quelque chose de distinct au point de vue de sa constitution, l'excitation, comme force extérieure, est fonction de quatre éléments variables dans la cause extérieure. Cependant l'action se déploie sur une force psychique, cause coopérante et eflicientc du phénomène. Ici encore la variété se retrouve dans la structure de l'organe

sensoriel; Tœil est différent de Toreille, et vient se terminer dans des centres nerveux qui sont divers aussi, ou au moins distincts quant à leurs fonctions. La diversité des organes montre que Tun est apte à recevoir des impressions d'une nature donnée, un autre celles d*une nature différente. Ainsi les vibrations lumineuses peuvent exciter la rétine à la vision, mais non l'organe de Touïc, et vice versa. On peut établir par suite que la sensation est fonction et de la fonction de l'action extérieure, et de celle des organes, tant extérieurs ou périphériques que centraux.

C'est ce qu'on peut représenter clairement par une formule se rapportant à la qualité de la sensafion. En appelant S la sensation, q la qualité, F l'action externe appropriée, l'organe sensoriel, on aura :

Sg=FO

La sensation, au point de vue de sa qualité, est en fonction de la force excitatrice et de Vorgane excité.

Si F devient F, on a :

c'est-à-dire que, si la force excitatrice varie, la sensation varie aussi ; l'oigne ne variant pas, la qualité ne varie pas. Appliquons cette règle à des exemples. Soit comme force excitatrice la lumière, comme organe l'œil, la sensation est une sensation de lumière. Si on change simplement la lumière, si l'on prend par exemple une lumière verte au lieu d'une blanche ou d'une autre, alors la sensation varie, tout en restant la môme qualitativement.

Si devient 0', on a :

Sq' = F 0' ;

c'esl-à-dîre que, l'organe excité par une force appropriée que nous appelons toujours F variant, la sensation varie qualitativement. Si c'est, au lieu de celui de la vue, l'organe de l'ouïe qui est excité par des vibrations de l'air, la sensation est différente : c'est un son.

119. Ainsi la sensation, en nous manifestant l'objet extérieur, nous le fait apparaître comme une qualité. L'objet lui-même n'est qu'un élément en fonction de cette qualité, mais nous la lui rapportons entièrement. Si la force excitatrice est variable, la sensation est variable, sa qualité restant la même. Les objets nous apparaissent colorés différemment parce que les ondes lumineuses varient en nombre, en intensité, en rapidité, et que la modification résultante varie aussi. Ainsi, les sons sont aigus ou graves, faibles ou intenses selon le nombre, la longueur et la vitesse des vibrations de l'air. Comme les corps ont des pouvoirs réfringents divers, ils ont aussi des pouvoirs absorbants différents; par suite, d'après les rayons absorbés ou réfléchis totalement ou partiellement, les objets excitent les sens avec un certain nombre de vibrations lumineuses, d'une certaine intensité, simples ou composées, et on aainsi les différentes sensations

(les couleurs dans les corps. On en peut dire autant des sons ; mais ici les difTérences de sensations viennent de la densité plus ou moins gi*ande du corps vibrant, de la composition différente des éléments matériels, et de la force de l'excitation.

Les sensations de température dérivent de l'action différente des corps sur la peau. Un corps qu'on dit chaud a naturellement un état moléculaire différent d'un corps froid, et l'action de l'un doit être différente de celle de l'autre.

Le thermomètre, qui indique l'élévation et l'abaissement du mercure, indique les états différents du coi'ps à dillérenles températures. Ici la température de notre peau entre aussi en action, et il en résulte une nouvelle variante, et une relativité plus grande. Un corps est froid si la température de l'organe est plus élevée, et réciproquement.

Ce raisonnement peut s'appliquer aux saveurs et aux odeurs.

120. Mais où il se présente une grande difficulté, c'est quand il s'agit de la qualité des corps que l'on nomme Henduey et par suite de la formCy de la figure, de la résistance. J'examinerai à part la façon dont nous acquérons l'idée d'étendue, et comment on peut la percevoir ; je dis simplement ici qu'on l'obtient par la vue et les sensations musculaires combinées, et le tact, ou mieux par une association de perceptions et de sensations. D'après le principe établi, l'étendue est un produit exprimé par la formule générale :

Sq = F ;

il ne devrait par suite y avoir aucun doute à affirmer que l'étendue est aussi une sensation que nous rapportons aux corps, mais qui ne s'y trouve pas telle ; de même que la couleur des corps ne s'y trouve pas comme couleur, nuiis est une forme du mouvement, ou un mode particulier de la force de la matière.

Depuis le temps de Berkeley, et maintenant encore, on se pose la question de la nature des corps et de la manière dont nous acquérons la connaissance du monde extérieur. De là, d'après les théories diverses, est sorti l'idéalisme ou le réalisme. Les qualités des corps ont été divisées en qualités premières et ({ualités secondes ; on disait que les premières sont permanentes et les autres accidentelles, et de là sortaient beaucoup d'autres conclusions.

Hamilton a divisé les qualités en secondaires, secondo-primaires et primaires, en mettant au nombre des qualités secondaires \qs saveurs, les odeurs, les sons ; au nombre des so<!ondes et des troisièmes les (pialités se rapportant à l'espace. iMais Hamilton était d'avis que l'espace est une forme subjective comme le croyait Kanl, et que par suite on n'en peut acquérir la notion par l'expérience. Spencer croit qu'il faut diviser les perceptions des corps en trois classes, correspondant à peu près aux divisions de Hamilton, à savoir les perceptions représentant les attributs dynamiques, les attributs

staticO'dynamiques, et les attributs statiques. Dans les premières il fait rentrer les couleurs, les odeurs, les saveurs, etc., c'est-à-dire les sensations qui se produisent par une action sur Tobjet sentant ; dans ces sensations, Tobjet est actifs le sujet est passif . Si le sujet agit sur Fobjet, comme dans le tact, la pression, et si Tobjet réagit, alors l'attribut est statico-dynamique . Quand, au contraire, le sujet seul est actif, et qu'il n'y a point du tout conscience de réaction de la part de l'objet, alors les attributs sont simplement statiques; ce sont les attributs se rapportant à Tespace (1). L'auteur fait remarquer cependant qu'il ne faut pas entendre les mots : statique, dynamique au sens mécanique, mais dans un sens beaucoup plus général. Les attributs statiques sont ceux qui appartiennent aux corps eu tant qu'existant ; les attributs dynamiques sont les attributs des corps considérés comme agissant (2).

Cette division me semble fort inutile si l'on veut apprécier la valeur des sensations et décider si les propriétés des corps existent ou non dans les corps. L'activité du sujet ne peut être niée même dans ces sensations que l'auteur rapporte aux qualités dynamiques ; on ne peut pas nier non plus l'action des corps sur les organes, même dans les sensations pures d'espace. 11 y a dans ces sensations nne activité plus grande de la part du sujet, mais on y retrouve toujours l'action des corps eux-mêmes sur le sujet, action sans laquelle la force subjective elle-même ne pourrait se déployer. Nous traiterons cette question en son lieu.

Quant à ces qualités dites primaires, et qui sont permanentes, dans lesquelles l'activité du sujet l'emporte sur celle de l'objet, ou même se produit seule selon Spencer, est-il nécessaire qu'elles existent dans les corps telles que nous nous les représentons? En aucune façon. S'il en était ainsi, il y aurait là un fait inconciliable avec les résultats scientifiques auxquels nous sommes arrivés sur la nature de la sensation; c'est-à-dire que la sensation nous donnerait h réalité du monde extérieur dans sa vérité objective, et, ce qui est plus grave, qu'en certains phénomènes , comme pour les qualités secondaires, elle nous induirait en erreur, tandis qu'en d'autres, comme pour les qualités premières, elle nous manifesterait la vérité. Il se produirait encore ceci que la sensation, qui est un phénomène mtérieury serait un fait objectif dont nous aurions connaissance, et que la forme et la nature de l'objet sei*aient i*eprésentées comme dans on ne sait quel réceptable passif. 11 est connu, au contraire, qall y a là de la part du sujet une activité très grande, plus grande nénie qu'en toute autre sensation, qu'il y a même une association de sensations différentes, parmi lesquelles les sensations musculaires ; le résultat de cette activité et de ce complexus de sensations doit

(1) Prineiples of Psychology* vol. II, chap. xi el suiv. pari. VI. S) Ibid., p. 165.

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être un produit qui n'est pas Tobjet mais que l'on attribue à Tobjet.

Des différentes inductions scientifiques sur la nature du monde extérieur, il résulte que c'est un complexus de forces, ou, si Ton veut, une force se manifestant d'une façon variée selon les transformations diverses de la matière dont cette force est la manifestation. Et de la même façon que la lumière, la chaleur, etc., sont des manifestations de forces, agissant différenmient sur les êtres organisés, et pi*ovoquant des sensations diverses dans les animaux doués de sensibilité spécifique ; ainsi l'action moléculaire variée qui constitue la masse ou les corps (action réciproque des molécules elles-mêmes, et action sur les organes sensonels des êtres sentants), produit une autre forme et une autre espèce d'excitation, laquelle provoque Tactivité de Tétre sentant, par suite d'une sorte d'ineitie des corps mêmes, et fait connaître un autre phénomène particulier, que Ton rappoite à l'étendue et à tous s(;s attributs.

Ainsi, rétendue, la figure, la forme, les positions, la résistance, ne sont autre chose, considérées objectivement, que des forces différentes dans leur action, d'où la différence des sensations. Après cette conclusion, je ne ferai aucune distinction entre les qualités premières et secondes, parce que, objectivement, toutes se réduisent à des forces en action et qu'une difféi*ence du plus au moins dans l'activité du sujet ne change pas la nature de la chose.

Il y a un argument qui ma paru toujours très concluant à ce sujet. Bien que l'étendue avec ses attributs nous soit donnée par le tact et par la vue, si l'on ] prend séparément l'étendue donnée par la vue, elle n*est pas identique à celle qui dérive du tact, quoique pour nous, dont le tact et la vue agissent toujours simultanément, cette diflérence ne soit pas appréciable. C'est ce qui est affirmé et démontré par l'exemple des aveugles-nés, opérés étant déjà âgés, et qui ont pu acquérir par le tact la notion d'étendue. Ils sont incapables de reconnaître par la vue le même objet qu'ils ont toujours touché, et dont ils connaissent la forme et l'étendue. S'il en est ainsi, nous pouvons parfaitement admettre que l'étendue avec ses attributs est une forme subjective acquise par l'action des corps sur les organes et la réaction de ceux-ci, comme toute autre qualité sensible.

Mil. D'où dérive le phénomène de ro6/ec^tva(ton décrit plus haut? C'est peut-être un résultat du jugement? Je ne le crois pas. Il me semble plutôt venir de l'évolution de la sensation, depuis les premiers degrés de la vie de 1 être sentant, jusqu'à la perception plus complète et plus développée ; c'est par suite, à mon avis, un phénomène on n'entre pas l'activité consciente et la volonté, mais qui a pour seule condition la spontanéité, accompagnée de Icxpérience et de Thabitude.

Au premier moment, les sensations sont, pour le nouveau-né, indéterminées ou indéfinies ; elles sont suivies d'actions réflexes correspondant aux parties excitées avec Une énergie plus ou moins grande,

par les agents externes : contraction de Tiris et fermeture immédiate des paupières, en présence de la lumière du soleil ou d'une lumière artiécieUe, quand elle a une certaine intensité ; contraction musculaires des parties du corps excitées par un contact fort ou aigu. On voit, dans tout cela, que la sensation ne sort pas encore du sujet, car il n*y a pas de mouvements volontaires. Mais avec Thabitude des excitations, avec les mouvements qui commencent à se manifester volontairement, Fétre sentant commence à définir et à déterminer les sensations, et par suite à les séparer. Ce phénomène dépend du développement des organes, tant périphériques que centraux. Le développement physique va avec le développement psychique ; en effet, l'état des organes dans le nouveau-né n'est pas Tétat des oi^anes dans Tadulte ; il continue à être embryonnaire pendant quelque temps. Avec la séparation et la détermination des sensations, la différenciation se produit dans k) conscience, et cette différenciation devient la distinction claire, et la diversification des sens et des sensations éprouvées. Le phénomène de la sensation, complexe à sa naissancei commence aussi à se dédoubler en deux phénomènes différents, ton ou partie affective, et représentation ou perception. Dans ce dédoublement, Tétre sentant exerce son activité et extériorise en quelque sorte le phénomène proprement dit perception. C'est une espèce d'activité que j*appellerai réflexe, parce qu'elle retourne vers l'objet qui l'a excitée et à peu près par les mêmes voies (1).

Ce fait général est analogue à ce qui se produit en particulier dans h vision. L*objet visuel projette des rayons qui, par le chemin le plus court, se réimissent au foyer sur la rétine, en formant les lignes de vision et les points de Timage sur cette même rétine. Dans la mien droite de l'objet, il y a une projection inverse des points de rimage rétinienne vers Tobjet ; alors se forment les lignes de mire qui ne coïncident pas avec celles de vision, mais qui en sont à une distance négligeable. Par la ligne de mire, on observe l'objet dans le champ visuel. Je dis que c'est là une objectwalion de l'image rétinienne beaucoup plus claire que les autres objectivations comme celle des sons, et que c'est un produit ou un résultat naturel de Tactivitë perceptive qui extériorise le phénomène.

Cette objectivation est plus claire dans les sens plus perceptifs, comme la vue et l'ouïe, dans lesquels la représentation n'est pas troublée par le plaisir ou la douleur. Toutefois, dans d'autres sens, cette représentation n'est pas séparée des modifications locales survenues dans l'organe excité, comme dans la peau et dans les ffluqoeuses. Par suite, le fait de séparer et de détacher en quelque sorte la modification et celui d'attribuer la sensation éprouvée à l'objet sont postérieurs dans les sens du tact, du goût et de l'odorat

(1) Cfr. Livre II, cbapé ix, et l'ouvrage cité plus haut» Teoria fisiologica^ etc.; ckip. iv-v*

Cl primitifs dans ceux de la vue et de Touïe. Et il n'est pas douteux que ces deux derniers sens, considérés par leur côté représentatif, ne se développent avant les autres.

S'il en est ainsi, l'illusion que toute qualité sentie se trouve dans les corps telle que nous la sentons, est natui*elle, les sens étant tels. Par suite aussi la difficulté que nous avons à croire le contraire, si une série de raisonnements ne vient pas nous aider a corriger l'illusion et l'erreur, n'est pas moins naturelle.

122. L'action des agents naturels comme la lumière, la chaleur, le mouvement, outre qu'elle stimule les organes appropriés à des sensations déterminées, peut encore produire des excitations en dehors de ces mêmes organes. Alors les effets doivent être différents ; et s'il y a des sensations, elles doivent être diverses. Ainsi la lumière a une grande influence sur les êtres organiques, non seulement dans la vie de relation, mais aussi dans la vie végétative, et elle excite réellement les forces de l'organisme qui, quand la lumière manque, se trouve dans un état de dépression ou d'activité moindre. Ceci est vrai non seulement des animaux, mais encore des plantes. Pour les uns comme pour les autres, sauf quelques rares exceptions, le sommeil est propre à la nuit. Les sensations particulières que l'on peut éprouver par l'influence de la lumière ne sont pas très claires ni toujours conscientes parce qu'elles ne sont pas localisées ni individualisées, mais qu'elles se rapportent, au contraire, comme sentiment de la vie organique, à l'étal général de l'être sentant.

On pourra dire à peu près la même chose de l'action de la température ; pourtant, dans les températures extrêmes, les sensations qui en dérivent sont suffisamment claires, et sont bien distinctement rapportées à leur cause immédiate. Une chaleur excessive et un froid très grand sont accablants, et la sensation qu'on en éprouve est très douloureuse.

D'autres actions externes pourraient être perçues si nous avions des organes appropriés, comme l'action du magnétisme et celle de l'électricité. On dit que l'influence électrique se montre aux uns comme un état dépressif, aux autres au contraire comme une sensation agréable. Ce fait n'est pourtant pas parfaitement prouvé. Quelle que soit la vérité à ce sujet, il est certain que, pour les organes que nous possédons, les sensations spécifiques sont limitées ; peut-être en aurions-nous un plus grand nombre si nous avions d'autres organes pour quelque influence extérieure, active et nécessaire. Toutefois le nombre des sensations moins déterminées est plus grand; ces sensations se rapportent à l'état général de l'organisme et pi*csentent le caractère de plaisir ou de douleur.

Parmi les sensations spéciales elles-mêmes, quelques-unes ont urm. caractère bien tranché et déKni, comme la vue et l'ouïe ; d autres ont un caractère plus générique et moins défini, comme les senss)^ — tions de la peau. Dans le processus d'évolution des organes, la peaiJ

est encore, comme enveloppe ou tégument génci^al de Têtre vivant, approprié à sa défense et à sa conversation, le siège de sensations diverses, qui peuvent être rapportées à Torganisme entier. Le goût et l*odoi*at sont aussi, à Torigine, des sens se rattachant spécialement à la vie organique, et qui, dans Tétat actuel, participent à la vie de relation et à celle de nutrition.

123. De toutes les recherches faites sur les sensations, il résulte encoi'e que la sensibilité a des limites, qui varient avec les individus. Ces limites peuvent être déterminées, absolument, pour les deux excitations extrêmes maxima etminima, et relativement, par la méthode de diflérence. C'est seulement dans les sensations de son et de vue qu'il est facile de trouver les limites extrêmes; dans les autres, on ne peut que trouver la diflérence à peine perceptible.

Dans le son le plus bas perceptible, le nombre des vibrations par seconde est de 16 à 30 ; dans le plus haut, de 36,000 à 38,000.

Pour la vue, la couleur qu'on peut regarder comme limite inférieure, c'est le rouge, une des couleurs extrêmes du spectre visible ; la limite supérieure, c'est le violet ou l'autre couleur extrême du spectre coloré, c'est-à-dire, pour le rouge. . . . 450 billions,

pour le violet .... 790 billions de vibrations par seconde.

Ceci est pour la qualité. Pour l'intensité, on a pu trouver aussi, au moyen de la méthode de difl*érence, une limite d'excitation, et une constante de diflérence, dite constante de la relation, qui constitue la limite relative de diflérence de la même sensation perceptible. Il est bien entendu que celle limite et cette constante ont une vrfleur moyenne approximative. Wundt (1) propose le tableau suivant :

Constante de la relation. — Limite minima d'excitation

Tact — - Pression de 0,002 - 0,05 Gramme (Aubert).

Temnpratiipp ^ ^^^^^ une lempt'ralure de la peau de 18" 4 C.

icmperaiure -^ environ = lA« (Webcr).

Sen^ niii«#*ii1nSrn« ^ Contraction de muscle interne droit de l'œil

^ns musculaires -^ g„^i^^,„ 0,004 m. m. (Wundt).

o^ ( Tranche de liège de 1 m. m. d'épaisseur du poids

^n -TT- de 1 milligr. tombant sur une plaque de verre

'^ à 91 m. m. de distance (Schalhaùlt).

Lumière — Lumière environ 300 fois plus faible que celle

• »... |yy de la pleine lune (Aubert).

(1) Uhrhuch der Physiologie, 3, Aufl., p. 552, Cfr., ci-dessus, chap. iv.

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