Rédaction correcte du dernier vers
« Et moi, je dois rester ? Pourquoi moi P »
suffisaient à provoquer un accès brusque de vomissements.
« Gesund... wieder einrücken... warum denn ich? » (Bien portant... retourner au front... pourquoi moi?)
k) Voici quelques autres cas d'erreurs de lecture, en rapport avec la guerre, que le D^ Hanns Sachs (de Vienne) a publiés dans Internation. Zeitschr. f. Psychoanalyse, IV, 1916-17.
« Un monsieur que je connais bien m'avait déclaré à plusieurs reprises que, le jour où il serait appelé, il ne ferait aucun usage des diplômes attestant sa spécialité et lui donnant droit à un emploi à l'arrière, mais qu'il demanderait son incorporation dans l'active, pour être envoyé au front. Peu de temps avant son appel, il m'annonce un jour, sèchement et sans aucune autre explication, qu'il a fait le nécessaire pour la déclaration de sa spécialité et qu'il sera en conséquence affecté à un établissement industriel. Le lendemain nous nous rencontrons dans un établissement officiel. J'étais en train d'écrire, debout devant un pupitre ; il entre, regarde un instant par-dessus mon épaule et dit : « Tiens, c'est écrit : Druckbogen (formules imprimées) ; et moi, j'ai lu : Drückeberger (carrottier). »
« Assis dans un tramway, je pense à tant de mes amis de jeunesse qui, bien qu'ayant toujours été considérés comme faibles et chétifs, sont aujourd'hui capables de supporter les fatigues les plus dures auxquelles je succomberais facilement, si j'étais à leur place. Pendant que je pense à ces choses peu réjouissantes, je lis en passant, à moitié attentif, le mot jEise/iKONSTiTUTioN (Constitution de fer), inscrit en
grosses lettres sur l'enseigne d'une maison de commerce. L'instant d'après, je me dis que c'est là un mot qui ne convient pas tout à fait à une inscription commerciale ; me retournant rapidement, je puis encore apercevoir l'enseigne et je constate que le mot qu'elle porte est : ^^îsenKONSTRUKTioN (constructions en fer). »
« Les journaux du soir ont publié la dépêche Reuter (reconnue depuis inexacte) annonçant l'élection de Hughes à la présidence des États-Unis. Cette nouvelle était suivie 'd'une courte biographie du prétendu président nouvellement élu, biographie dans laquelle je hs que Hughes a fait ses études à l'Université de Bonn. Il m'a paru bizarre qu'au cours des débats qui, pendant des semaines, se sont poursuivis dans les journaux avant les élections, personne n'ait fait mention de cette circonstance. En rehsant la biographie, je constate cependant qu'il s'agit de la Brown-U myersity. Ce fut là une erreur assez grossière qui s'expHque non seulement par l'attentipn insuffisante avec laquelle j'avais parcouru le journal, mais aussi par le fait que, pour des raisons aussi bien politiques que personnelles, la sympathie du nouveau président pour les Puissances Centrales m'était on ne peu plus désirable. »
B. Erreurs d'écriture.
a) Sur une feuille de papier, sur laquelle j'inscris de petites notes journaUères d'un intérêt purement pratique, je trouve, à ma grande surprise, parmi les dates exactes du mois de Septembre, la date erronée : « Jeudi, 20 Octobre. » Il ne m'est pas difficile d'expUquer cette anticipation, qui n'est que l'expression d'un désir. Rentré depuis quelques jours de vacances,
je me sentais complètement remis des fatigues de l'année et tout disposé à reprendre mon travail professionnel. Mais les malades tardaient à venir. A ma rentrée, j'avais bien trouvé une lettre dans laquelle une patiente m'annonçait sa visite pour le 20 Octobre. En inscrivant cette date parmi celles du mois de Septembre, j'ai sans doute pensé : « Madame X. devrait déjà être ici ; quel dommage que sa visite soit reculée d'un mois ! » Et c'est en pensant ainsi que j'ai anticipé la date. L'idée perturbatrice n'avait rien de choquant dans ce cas ; aussi mi'a-t-il été possible d'expliquer mon lapsus, dès que je l'ai aperçu. Un lapsus tout à fait semblable et déterminé par les mêmes raisons s'est glissé dans mon agenda en automne de l'année suivante. — M. E. Jones a étudié plusieurs erreurs de ce genre concernant des dates et a toujours pu trouver facilement leurs motifs.
b) Je reçois les épreuves d'un article destiné à Jahresbericht für Neurologie und Psychiatrie et dois naturellement revoir avec le plus grand soin les noms d'auteurs, parmi lesquels il y a beaucoup de noms étrangers, particulièrement difficiles à déchiffrer et à composer. Je trouve, en effet, pas mal de corrections encore à faire, mais, chose étonnante, un des noms a été corrigé par le compositeur lui-même, à rencontre du manuscrit, et bien corrigé. Il a notamment composé Burckhard, à la place du nom Buckrhard qui figurait dans le manuscrit. Mon article contenait un éloge mérité à l'adresse d'un accoucheur, M. Burckhard, pour un travail qu'il avait fait sur l'influence de l'accouchement sur la production des paralysies infantiles. C'était d'ailleurs tout ce que je savais au sujet de cet auteur. Mais Burckhard était également le nom d'un écrivain viennois dont la critique inintelligente de mon livre sur Y Interprétation des rêves m'avait fortement mécontenté. Ce fut comme si, en écrivant le nom de Burckhard l'accoucheur, j'avais voulu exhaler mon mécontentement contre Burckhard l'écri-
vain, car la déformation de noms signifie très souvent, ainsi que je l'ai fait remarquer à propos des lapsus, le mépris ^.
c) Cette remarque trouve une confirmation dans une belle observation que M. A. J. Storfer a faite sur lui-même et dans laquelle l'auteur met à nu, avec une franchise louable, les motifs qui l'ont poussé à reproduire inexactement et à écrire incorrectement le nom d'un concurrent présumé. {Internat. Zeitschr. f. Psychoanalyse, II, 1914).
Déformation obstinée <ïun nom.
« En Décembre 1910, j'aperçus dans la vitrine d'une librairie zurichoise le livre nouvellement paru du D^ Edouard Hitschmann sur la théorie freudienne des névroses. Je travaillais précisément alors à une conférence que je devais faire dans une association académique sur les bases de la psychologie freudienne. Dans l'introduction, que je venais de terminer, j'insistais sur les rapports historiques qui existent entre la psychologie freudienne et des recherches expérimentales, sur les difficultés qui, de ce fait, s'opposent à un exposé synthétique des fondements de cette théorie et sur le fait qu'aucun exposé synthétique de ce genre n'existait encore. En voyant dans la vitrine le livre de E.^ Hitschmann (qui était alors pour moi un auteur inconnu) je n'avais pas pensé tout d'abord à l'acheter. Mais lorsque je m'y décidai quelques jours plus tard, le livre n'était plus dans la vitrine. En demandant au libraire le livre en question, je lui
1. Rappelez- vous le passage stiivant de Jules César, de Shakespeare (III. 3) :
Cinna. — C'est vrai, mon nom est Cinna.
Les Citoyens. — Déchirez-le en morceaux. C'est un conjuré.
Cinna. — Je suis Cinna le poète. Je ne suis pas Cinna le conjuré.
Les Citoyens. — Peu importe ; son nom est Cinna ; arrachez-lui son nom do son cœur et laissez-le courir.
donnai comme nom d'auteur : « D' Edouard Hartmann. » Le libraire me corrigea : « vous voulez dire Hitschmann », et m'apporta le livre.
Le motif inconscient de mon erreur était évident. Je me faisais jusqu'à un certain point un mérite d'avoir conçu un exposé synthétique des théories psychanalytiques, et le livre de Hitschmann, qui me semblait de nature à diminuer mon mérite, m'inspirait de la jalousie et de la contrariété. La déformation du nom est une expression d'hostilité interne, me suis-je dit, d'après la Psychopathologie de la vie quotidienne. Et cette explication m'avait suffi sur le moment.
« Quelques semaines plus tard, je revins sur cet acte manqué. A cette occasion, je me suis demandé pourquoi j'avais transformé Edouard Hitschmann en Edouard Hartmann. Etait-ce à cause de la simple ressemblance avec le nom du célèbre philosophe ? Ma première association fut le souvenir d'un jugement que j'avais entendu formuler un jour paT* le professeur Hugo Metzl, un partisan enthousiaste de Schopenhauer : « Edouard v. Hartmann n'est qu'un Schopenhauer défiguré, retourné. » La tendance affective qui a déterminé chez moi la substitution du nom de Hartmann au nom oublié de Hitschmann fut donc la suivante : « Oh, ce Hitschmann et son exposé synthétique ne valent pas bien cher ; il est à Freud ce que Hartmann est à Schopenhauer. »
« J'ai noté ce cas d'oubli déterminé, ainsi que l'idée de substitution qui m'a suggéré à la place du vrai nom un nom n'ayant avec celui-ci aucun rapport apparent.
« Six mois plus tard, ayant l'occasion de revoir la feuille sur laquelle j'avais consigné ce cas, je constate que j'ai écrit partout Hintschmann, au lieu de Hitschmann. »
d) Voici un cas de lapsus calami beaucoup plus sérieux et qui pourrait tout aussi bien être rangé parmi les « méprises «. J'ai l'intention de retirer de
la Caisse d'épargne postale une somme de 300 couronnes pour l'envoyer à un parent auquel a été ordonné un traitement thermal. Je m'aperçois que mon compte se chiffre par 4.380 couronnes et je me propose de le réduire à la somme ronde de 4,000 couronnes qui ne devra plus être entamée de sitôt. Après avoir établi régulièrement le chèque et découpé les chiffres devant représenter la somme correspondante, je m'aperçois subitement que ce n'est pas 380 couronnes que je réclame, mais 438, et je suis effrayé de mon erreur. Je me rends cependant compte qu'il n'y a pas de quoi s'effrayer, car le fait de retirer 438 couronnes, au lieu de 380, ne me rendra pas plus pauvre. Mais il me faut quelques longs instants pour découvrir l'influence qui, sans se manifester à ma conscience, était venue troubler ma première intention. Je commence par faire fausse route : je fais la soustraction 438 — 380, mais ne sais que faire de la différence. 438 couronnes représentent cependant les 10 % de mon dépôt total, qui est de 4.380 couronnes ! Or, chez le libraire on a 10 % de réduction. Je me rappelle avoir réuni, plusieurs jours auparavant, un certain nombre d'ouvrages de médecine qui ne m'intéressaient plus, pour les offrir au libraire pour le prix total de 300 couronnes. Il trouva ce prix trop élevé et me promit la réponse pour bientôt. S'il accepte ma proposition, je récupérerai la somme que j'aurai dépensé pour le malade. Il est évident que cette dépense me tourmente. L'émotion que j'ai éprouvée, en m' apercevant de mon erreur, se laisse mieux expliquer comme la crainte de m'appauvrir, de me ruiner par des dépenses pareilles. Mais aussi bien le regret d'avoir fait la dépense que la crainte d'appauvrissement qui s'y rattache sont étrangers à ma pensée consciente ; je n'ai éprouvé aucun regret, en promettant la somme en question, et les raisons qu'on pourrait me citer pour en prouver la réalité me paraîtraient ridicules. Je ne me croirais pas capable de sentiments pareils,
si la pratique de la psychanalyse sur des malades ne m'avait familiarisé avec les refoulements, les répressions psychiques et si je n'avais pas fait quelques jours auparavant un rêve justiciable de la même explication ^.
e) Je cite, d'après M. W. Stekel, le cas suivant dont je garantis également l'authenticité : « Un exemple tout simplement incroyable d'erreur de lecture et d'écriture s'est produit dans la rédaction d'un hebdomadaire très répandu. La direction de ce périodique avait été publiquement accusée de «vénalité». Il s'agissait donc d'écrire un article de réfutation et de défense. C'est ce qui fut fait, avec beaucoup de chaleur et beaucoup de pathos. Le rédacteur en chef et, naturellement, l'auteur ont relu plusieurs fois l'article manuscrit, ensuite les épreuves, et tout le monde était satisfait. Et voilà qu'à un moment donné le correcteur se présente et attire l'attention sur une petite erreur qui avait échappé à l'attention de tout le monde. Il y était dit notamment : « nos lecteurs nous rendront cette justice que nous avons toujours défendu le bien général de la façon la plus intéressée ». Il va sans dire que l'auteur avait voulu écrire : de la façon la plus désintéressée. Mais la pensée véritable s'était fait jour avec une force élémentaire à travers le discours pathétique. »
/) Madame Kata Levy, lectrice de Pester Lloyd, a relevé un aveu involontaire du même genre dans une information télégraphique que ce journal a reçue de Vienne le 14 Octobre 1918 :
« Étant donnée la confiance absolue qui, pendant toute la durée de la guerre, a régné entre nous et notre allié allemand, il paraît incontestable que les deux Puissances prendront, quels que soient les événements, une décision unanime. Il est inutile d'insister sur le fait que dans la phase actuelle il existe égale-
1. Il s'agit du rêve qui m'a servi d'exemple dans une petite monographie « Sur le rêve », paru dans le N° VIII de Grenzfragen des Nen^en-urid Seelenlebens, publiés par Löwenfeld et Kurella, 1901.
ment entre les diplomaties alliées une entente active et « pleine de lacunes » (lückenhaft ; au lieu de lückenlos, « sans lacunes »).
« C'est seulement quelques semaines plus tard qu'on put s'exprimer librement, sans recourir au lapsus calami (ou au lapsus typographique), sur cette « confiance absolue ».
g) Un Américain, venu en Europe à la suite de dissentiments avec sa femme, écrit à celle-ci pour lui exprimer son désir de réconciliation et l'inviter à venir le rejoindre à une date déterminée. « Ce serait bien, si tu pouvais, comme moi, faire la traversée sur le Mauretania. » Il ne se décide cependant pas à expédier la page sur laquelle figure cette phrase. Il préfère la recopier, car il ne veut pas que sa femme constate qu'il avait d'abord écrit le nom Lusitania, pour le rayer ensuite et le remplacer par Mauretania.
Ce lapsus calami est tellement évident qu'il n'a pas besoin d'explication. Mais le hasard favorable nous permet d'ajouter quelques détails : sa femme a fait son premier voyage en Europe avant la guerre, après la mort de son unique sœur, et, si je ne me trompe, le Mauretania est le seul paquebot survivant de la série à laquelle appartenait le Lusitania torpillé pendant la guerre.
h) Après avoir examiné un enfant, le médecin formule l'ordonnance dans laquelle doit figurer de V alcool. Pendant qu'il écrit, la mère l'accable de questions stupides et inutiles. Il fait un effort pour ne pas montrer sa mauvaise humeur, mais en écrivant il commet un lapsus : il écrit notamment le mot achol ^, à la place du mot « alcool » (en allemand : alcohol).
J'ajoute encore un cas analogue, rapporté par E. Jones et A. A. Brill. Celui-ci, bien que totalement abstinent, se laisse un jour entraîner par un ami à boire un peu de vin. Le lendemain matin, il se lève