OUBLI DE MOTS EN LANGUES ÉTRANGÈRES
j'ai réellement eu ces idées, vous ne les prenez pas au sérieux. Je vous avouerai en revanche que la dame dont il s'agit est une Italienne, en compagnie de laquelle j'ai d'ailleurs visité Naples. Mais ne s'agirait-il pas dans tout cela de coïncidences fortuites ? — A vous de juger si toutes ces coïncidences se laissent expliquer par le seul hasard. Mais je tiens à vous dire que toutes les fois que vous voudrez analyser des cas de ce genre, vous serez infailliblement conduits à des « hasards » aussi singuliers et remarquables.
J'ai plus d'une raison d'attacher une grande valeur à cette petite analyse dont je suis redevable à l'obligeant concours de mon compagnon de voyage d'alors. En premier lieu, il m'a été possible, dans ce cas, de puiser à une source qui m'est généralement refusée. Je suis, en effet, obligé le plus souvent d'emprunter à mon auto-observation les exemples de troubles fonctionnels d'ordre psychique, survenant dans la vie quotidienne et que je cherche à réunir ici. Quant aux matériaux beaucoup plus abondants que m'offrent mes malades névrotiques, je cherche à les éviter, afin de ne pas voir m'opposer l'objection que les phénomènes que je décris constituent précisément des effets et des manifestations de la névrose. Aussi suis-je heureux toutes les fois que je me trouve en présence d'une personne d'une santé nerveuse parfaite qui veut bien se soumettre à une analyse de ce genre. Sous un autre rapport encore cette analyse me paraît importante, puisqu'elle porte sur un cas d'oubli de mot sans souvenir de substitution, ce qui confirme la proposition que j'ai formulée plus haut, à savoir que l'absence ou la présence de souvenirs de substitution incorrects ne crée pas de différence essentielle entre les diverses catégories de cas ^.
1. Une observation plus fine permet de réduire l'opposition qui semble exister, quant aux souvenirs de substitution, entre le cas Signorelli et le cas aliquis. C'est que dans celui-ci l'oubli paraît également être accompagné de la formation de mots de substitution. Lorsque j'ai ultérieurement
Le principal intérêt de l'exemple aliquis réside dans une autre des différences qui le séparent du cas Signorelli. Dans ce dernier, en effet, la reproduction du nom est troublée par la réaction d'une suite d'idées commencée et interrompue quelque temps auparavant, mais dont le contenu ne présentait aucun rapport apparent avec le sujet de conversation suivant, dans lequel figurait le nom Signorelli. Entre le sujet refoulé et celui où figurait le nom oublié, il y avait tout simplement le rapport de contiguité dans le temps ; mais ce rapport a suffi à rattacher les deux sujets Tun à l'autre par une association extérieure ^. Dans
demandé à mon interlocuteur si, au coure de ses efforts pour se souvenir du mot oublié, il ne s'est pas présenté à son esprit un mot de substitution, il m'informa qu'il avait d'abord éprouvé la tentation d'introduire dtms le vers la syllabe ab : nostris ab ossibus (au lieu de : nostris ex ossibus) et que le mot exoriare s'est imposé à lui d'une façon particulièrement nette et obstinée. Sceptique, il ajouta aussitôt que ce fut sans doute parce que c'était le premier mot du vers. A ma prière de rechercher quand même les associations qui, dans son esprit, se rattachent à exoriare, il me donna le mot exorcisme. Je considère donc comme tout à fait possible que l'accent qu'il mettait dans sa reproduction sur le mot exoriare n'était, à proprement parler, que l'expression d'xine substitution se rattachant elle-même aux noms des saints. Il s'agit là toutefois de finesses auxquelles il ne convient pas d'attacher une grande valeur, — Mais rien n'empêche d'admettre que la production d'un souvenir de substitution, de quelque genre qu'il soit, constitue un signe constant, peut-être seulement caractéristique et révélateur, d'un oubli motivé par le refoulement. Cette formation substitutive aurait lieu même dans les cas où les noms de substitution incorrects font défaut : elle se manifesterait alors par l'accentuation d'un élément qui se rattache immédiatement à l'élément oublié. C'est ainsi, par exemple, que, dans le cas Signorelli, le souvenir visuel du cycle de ses fresques et celui de son portrait figurant dans le coin d'un de ses tableaux, étaient chez moi d'une netteté particulière, d'une netteté que n'atteignent jamais mes souvenirs visuels, et cela tant que j'étais incapable de me rappeler le nom du peintre. Dans un autre cas, également rapporté dans mon article de 1898, j'avais complètement oublié le nom de la rue où demeurait une personne à laquelle je devais, dans une certaine ville, faire une visite qui m'était désagréable, alors que j'ai parfaitement retenu le numéro de la maison ; juste le contraire de ce qui m'arrive normalement, ma mémoire des chiffres et nombres étajit d'une faiblesse désespérante.
1. En ce qui concerne l'absence d'un lien interne entre les deux suites d'idées dans le cas Signorelli, je ne saurais l'affirmer avec certitude. C'est qu'en suivant aussi loin que possible l'analyse de l'idée refoulée