‹ La psychophysiqueChapitre 56 sur 62 · SON NORMAL · texte numérisé non relu

SON NORMAL

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« On voit par là, dit Meyer (p. 358), qu'une différence de hauteur de son d'à peu près la même quantité de vibrations est reconnue pour 200, 4 00 et 600 avec une égale sûreté, pour 100 et 1200 avec une sûreté moindre, mais égale aussi. Les différences sont dans ces cas si petites qu'elles peuvent être regardées comme accidentelles. »

(i) Ucber die UrUerschiedsempJiiidlichIccil fiïr Tonhohcii, nebsl einiçien Bemerknncfcn iiber die Méthode dcr MiiiimaUinderungeii, Z. 1'. Ps. n. Ph. <J. S., XVIir. p. 35a, i8g8.

Les expériences de Luft seraient donc confirmées par celles de Meyer, avec cette différence, cependant, que les expériences de Meyer montrent l'existence d'une région oii la sûreté du jugement atteint son maximum : Meyer regarde d'ailleurs comme certain que la sûreté du jugement diminue encore pour des sons plus hauts ou plus bas. Il existe donc une loi du maximum pour la perception de la hauteur des sons. Je me borne à répéter la remai'que faite plus haut : si défavorables que ces expériences paraissent à la loi de Weber, elles ne sont pas cependant absolument probantes contre elle.

§ i3. — Conclusion sur la loi de Weber.

Les résultats empiriques des expériences faites en vue de contrôler la loi de Weber ne sont pas favorables à cette loi : ils prouvent d'une manière incontestable la loi du maximum dans le plus grand nombre des perceptions. La perception des poids par la peau, ou bien par la peau et les muscles, semble suivre une loi particulière : la clarté de la perception grandirait d'abord, puis resterait à peu près constante dans une région moyenne, et recommencerait ensuite à grandir : ce dernier point n'est d'ailleurs pas établi d'une façon certaine. La perception des couleurs suit la loi du double maximum, et peut-être des maxima multiples. Enfin il n'est pas possible de dire actuellement avec quelque certitude quelle est la loi suivant laquelle nous apprécions les durées, la saturation des couleurs et la hauteur des sons.

Il existe donc plusieurs lois empiriques de la clarté des perceptions, et c'est évidemment une des fins essentielles de la psychophysique de les déterminer. — On peut même aller plus loin, et dire qu'il existe, à proprement parler, pour chaque espèce de perception, autant de lois que d'hommes et môme que de sujets sentants. Chaque homme, chaque être

a sa façon de percevoir le monde. Ce n'est pas là une vérité nouvelle; ce qui est nouveau, c'est que la psychophysique fournit le moyen de déterminer d'une manière exacte ces modes de perception.

Mais il n'est pas possible que toutes ces lois particulières ne se réduisent pas à des lois plus générales : si une telle réduction était impossible, ce serait la preuve qu'il ne peut pas exister une science des phénomènes psychologiques, à moins que l'on ne conserve ce nom à une collection de faits déterminés empii'iquement, non reliés ensemble par des rapports explicatifs.

En un mot, les particularités individuelles de la perception doivent s'expliquer par des lois universelles. Or il me paraît hors de doute que la loi de Weber est une de ces lois. Bien loin d'être incompatible avec la loi du maximum, du double maximum, etc., elle aide à comprendre ces autres lois. Mais il faut, en la formulant, faire une réserve indispensable à toute proposition scientifique : il faut dire que la clarté de la perception est indépendante de la force absolue de l'excitation, mais toutes choses égales d'ailleurs. La loi ne peut se vérifier que s'il y a égalité d'attention, d'éducation, de fatigue, d'adaptation corporelle, etc., et c'est précisément pourquoi elle est si difficile à vérifier : il est toujours difficile, en effet, de réaliser l'égalité parfaite de ces conditions multiples, et cela devient tout à fait impossible quand les excitations sont très faibles ou très fortes.

Par suite, il ne faut pas essayer de dégager une loi générale de la perception sans tenir compte de cette égalité de conditions. On peut, en se plaçant au point de vue empirique, trouver des formules de cette loi générale qui soient plus exactes que la formule de Weber, au moins dans certaines limites. C'est ainsi que Cattell a supposé que l'erreur d'observation croît proporlionneUement à la racine carrée des excitations, et il montre que la courbe des erreurs obtenues dans ses expériences est plus voisine de la courbe des racines

M. [""OUCAULT. 0,

carrées que de la courbe qui serait conforme à la loi de Weber (i). Mais un lel fait ne prouve absolument rien, si, comme c'est le cas pour Cattell, on n'a pas tenu compte de l'égalité de toutes les conditions.

D'ailleurs l'étude des conditions multiples qui font varier la clarté des perceptions, et auxquellesje croisqu'il faut attribuer les écarts de la loi de Weber, n'est pas assez avancée pour que l'on puisse affirmer avec certitude que c'est bien là que réside la cause de ces écarts. Il me paraît simplement probable qu'il en est ainsi, de sorte que la loi de Weber demeure une hypothèse, très vraisemblable sans doute, mais non confirmée d'ime manière universelle. Il est même pratiquement impossible d'en obtenir une vérification complète, et tout ce que l'on peut attendre de nouvelles expériences, c'est une suite de confirmations portant sur des points particuliers.

En résumé, le problème dont les expériences psychophysique.s fournissent la solution est le suivant : quelle relation existe entre la clarté des perceptions proprement dites, ou des perceptions de petites difféiences, et la force absolue des excitations? Et la solution qui se dégage des expériences comme extrêmement probable est que la clarté de ces perceptions demeure constante à travers toutes les variations absolues des excitations, pourvu que les conditions de la perception demeurent constantes. *C'est dire que la clarté ne dépend pas de la force absolue des excitations, mais dépend des conditions de la perception. La psychophysique doit donc s'attacher, et en fait s'attache aujourd'hui de plus en plus, à déterminer ces conditions et à découvrir les lois qm les relient aux variations de la clarté, et aux autres caractères des perceptions.

(0 FuLLEUTO. et Cattell. On the Perception of small Différences. p. 5o sqq.

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