‹ La pucelle (volume 2)Chapitre 2 sur 22 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

ARGUMENT

Amours honnêtes de Charles VII et d'Agnès Sorel. Siège d'Orléans par les Anglais. Apparition de S.Denis, etc.

J e ne suis né pour célébrer les saints :

Ma voix est faible , et même un peu profane.

Il faut pourtant vous chanter cette Jeanne

Qui fit , dit-on , des prodiges divins.

Elle affermit de ses pucelles mains

Des Heurs de lis la tige gallicane ,

Sauva son roi de la rage anglicane ,

Et le fit oindre au maitre-autel de Reims.

Jeanne montra sous féminin visage ,

Sous le corset et sous le cotillon ,

D'un vrai Roland le vigoureux courage.

J'aimerais mieux, le soir, pour mon usage,

Une beauté doure comme un mouton ;

Mais Jeanne d'Arc eut un cœur de lion :

Vous le verrez, si lisez cet ouvrage.

Vous tremblerez de ses exploits nouveaux ;

Et le plus grand de ses rares travaux

Fut de garder un an son pucelage.

IJL PTJCELLE. »

O Chapelain (i), toi dont le violon De discordante et gothique mémoire , Sous un archet maudit par Apollon , D'un ton si dur a raclé son histoire ; Vieux Chapelain, pour l'honneur de ton art, Tu voudrais bien me prêter ton génie : Je n'en veuxpoint; c'est pour laMotte-Houdart,(2) Quand l'Iliade est par lui travestie.

Le hon roi Charle, au printemps de ses jours , Au temps de pâque , en la cité de Tours , A certain bal (ce prince aimait la danse) Avait trouvé, pour le bien de la France, Une beauté nommée Agnès Sorel. (3) Jamais l'amour ne forma rien de tel :

Imaginez de Flore la j eunesse , La taille et l'air de la nymphe des bois , Et de Vénus la grâce enchanteresse , Et de l'Amour le séduisant minois , L'art d'Arachné , le doux chant des sirènes : Elle avait tout : elle aurait dans ses chaînes Mis les héros , les sages , et les rois ; La voir , l'aimer , sentir l'ardeur brûlante Des doux désirs en leur chaleur naissante , Lorgner Agnès , soupirer et trembler, Perdre la voix en voulant lui parler , Presser ses mains d'une main caressante , Laisser briller sa flamme impatiente, Montrer son trouble, en causer à son tour, Lui plaire enfin , fut l'affaire d'un jour : Princes et rois vont très vite en amour. Agnès voulut, savante en l'art de plaire , Couvrir le tout des voiles du mystère, Voiles de gaze, et que les courtisans Percent toujours de leurs yeux mal-faisan t s. Pour colorer, comme on put , cette affaire Le roi fit choix du conseiller Bonneau , (4)

CHANT I. i

Confident sur , et très bon Tourangeau : Il eut l'emploi qui, certes, n'est pas mince, Et qu'à la cour , où tout se peint en beau , Nous appelons être l'ami du prince , Et qu'à la ville , et sur-tout en province , Les gens grossiers ont nommé maquereau.. Monsieur Bonneau « sur le bord de la Loire . Etait seigneur d'un fort joli cbàteau.

Agnès un soir s'y rendit en bateau , Et le roi Cbarle y vint à la nuit noire. On y «oupa ; Bonneau servit à boire ; Tout fut sans faste, et non pas sans apprêts. Festins des dieux, vous n'êtes rien auprès ! Nos deux amants, pleins de trouble et de joie , Ivres d'amour , à leurs désirs eu proie , Se renvoyaient des regards enchanteurs , De leurs plaisirs brûlants avant-coureurs. Les doux propos , libres sans indécence , Aiguillonnaient leur vive impatience.

Le prince en feu des yeux la dévorait ; Contes d'amour d'un air tendre il faisait , Et du genou le genou lui serrait.

Le souper fait, on eut une musique Italienne en genre chromatique ; (5) On y mêla trois différentes voix Aux violons , aux flûtes , aux hautbois : Elles chantaient l'allégorique histoire De ces héros qu'amour avait domtés.

Et qui , pour plaire à de tendres beautés , Avaient quitté les fureurs de la gloire. Daus un réduit cette musique était Près de la chambre où le bon roi soupait. La belle Agnès , discrète et retenue , Entendait tout, et d'aucun n'était vue.

Déjà la lune est au haut de son cours : Voilà minuit ; c'est l'heure des amours.

x6 LA PUCELLE.

Dans une alcôve artistement dorée , Point trop obscure, et point trop éclairée 9 Entre deux draps que la Frise a tissus , D'Agnès Sorel les charmes sont reçus.

Près de l'alcove une porte est ouverte, Que dame Alix, suivante très experte En s'en allant oublia de fermer.

O vous , amants , vous qui savez aimer , Vous voyez bien l'extrême impatience Dont pétillait notre bon roi de France l Sur ses cheveux, en tresse retenus, Parfums exquis sont déjà répandus :

Il vient , il entre au lit de sa maîtresse ; Moment divin de joie et de tendresse ! Le cœur leur bat ; l'amour et la pudeur Au front d'Agnès font monter la rougeur. La pudeur passe, et l'amour seul demeure : Son tendre amant l'embrasse tout à l'heure; Ses yeux ardents, éblouis, enchantés, Avidement parcourent ses beautés.

Qui n'en serait en effet idolâtre ?

Sous un cou blanc qui fait honte à l'albâtre , Sont deux tétons séparés , faits au tour , Allants , venants , arrondis par l'Amour ; Leur boutonnet a la eouleur des roses.

Teton charmant qui jamais ne reposes Vous invitiez les mains à vous presser L'œil à vous voir , la bouche à vous baiser. Pour mes lecteurs tout plein de complaisance, J'allais montrer à leurs yeux ébaudis De ce beau corps les contours arrondis Mais la vertu qu'on nomme bienséance Vient arrêter mes pinceaux trop hardis.

Tout est beauté , tout est charme dans elle. La volupté , dont Agnès a sa part , Lui donne encore une grâce nouvelle;

CHANT I. i7

Elle l'anime : amour est un grand fard , Et le plaisir embellit toute belle.

Trois mois entiers nos deux jeunes amants Furent livrés à ces ravissements.

Du lit d'amour ils vont droit à la table : Un déjeûner restaurant, délectable , Rend à leurs sens leur première vigueur; Puis, pour la cbasse épris de même ardeur, Ils vont tous deux sur des chevaux d'Espagne Suivre cent cbiens japants dans la campagne. A leur retour on les conduit aux bains ; Pâtes, parfums , odeurs de l'Arabie , Qui font la peau douce , fraîche et polie , Sont prodigués sur eux à pleines mains.

Le dîner vient; la délicate cbere, L'oiseau du Phase , et le coq de bruyère , De vingt ragoûts l'apprêt délicieux , Charment le nez , le palais , et les yeux : Du vin d'Aï la mousse pétillante, Et du Tokai la liqueur jaunissante , En chatouillant les fibres des cerveaux , Y porte un feu qui s'exhale en bons mots Aussi brillants que la liqueur légère Qui monte et saute et mousse au bord du verre: L'ami Bonneau d'un gros rire applaudit A son bon roi qui montre de l'esprit.

Le dîner fait, on digère, on raisonne , On conte , on rit, on médit du prochain , On fait brailler des vers à maître Alain , On fait venir des docteurs de Sorbonne, Des perroquets, un singe, un arlequin.

Le soleil baisse ; une troupe choisie Avec le roi court à la comédie ; Et, sur la fin de ce fortuné jour, Le couple heureux s'enivre encor d'amour.

Plongés tous deux dans le sein des délices

Ils paraissaient en goûter les prémices

Toujours heureux et toujours plus ardents,

Point de soupçons , encor moins de querelles ,

Nulle langueur ; et l'Amour et le Temps

Auprès d'Agnès ont oublié leurs ailes.

Charles souvent disait entre ses bras , ***>?^

En lui donnant des baisers tout de flamme :

Ma chère Agnès , idole de mon ame ,

Le monde entier ne vaut point vos appas ;

Vaincre et régner, n'est rien qu'une folie.

Mon parlement (6) me bannit aujourd'hui ;

Au fier Auglais la France est asservie.

Ah! qu'il soit roi; mais qu'il me porte envie :

J'ai votre cœur , je suis plus roi que lui.

Un tel discours n'est pas trop héroïque ; Mais un héros , quand il tient dans un lit Maîtresse honnête, et que l'amour le pique, c Peut s'oublier, et ne sait ce qu'il dit.

Comme il menait cette joyeuse vie , Tel qu'un abbé dans sa grasse abbaye, Le prince anglais (7), toujours plein de furie , Toujours aux champs , toujours armé, botté , Le pot en tête et la dague au côté , Lance en arrêt, la visière haussée , Foulait aux pieds la France terrassée.

Il marche, il vole, il renverse en son cours Les murs épais , les menaçantes tours , Répand le sang, prend l'argent, taxe , pille , Livre aux soldats et la mère et la fille, Fait violer des couvents de nonnains, Boit le muscat des pères bernardins , Frappe en écus l'or qui couvre les saints , Et, sans respect pour Jésus ni Marie, De mainte église il fait mainte écurie : Ainsi qu'on voit dans une bergerie Des loups sanglants de carnage altérés,

CHANT I. iq

Et sons leurs dents les troupeaux déchirés , Tandis qu'au loin , couché dans la prairie , Colin s'endort sur le sein d'Egérie , Et que son chien près d'eux est occupé A se saisir des restes du soupe.

Or , du plus haut du brillant apogée , Séjour des saints, et fort loin de nos yeux , Le bon Denis (8), prêcheur de nos aïeux , Yit les malheurs de la France affligée , L'état horrible où l'Anglais l'a plongée, Paris aux fers , et le roi très chrétien Baisant Agnès , et ne songeant à rien. Ce bon Denis est patron de la France Ainsi que Mars fut le saint des Romains, Ou bien Pallas chez les Athéniens.

Il faut pourtant en faire différence ; Un saint vaut mieux que tous les dieux païens.

Ah ! par mon chef , dit-il , il n'est pas juste De voir ainsi tomber l'empire auguste Où de la foi j'ai planté l'étendard:

Trône des lis, tu cours trop de hasard , Sang des Yaiois , je ressens tes misères. Ne souffrons pas que les superbes frères De Henri cinq (9) , sans droit et sans raison , Chassent ainsi le fils de la maison.

J'ai, quoique saint, et Dieu me le pardonne ! Aversion pour la race bretonne :

Car, si j'en crois le livre des destins, Un jour ces gens , raisonneurs et mutins , Se gausseront des saintes décrétâtes , Déchireront les romaines annales , Et tous les ans le pape brûleront.

Yengeons de loin ce sacrilège affront : Mes chers Français seront tous catholiques ; Ces fiers Anglais seront tous hérétiques : Frappons , chassons ces dogues britanniques ;

ao LA. PUCELLE.

Punissons-les , par quelque nouveau tour , De tout le mal qu'ils doivent faire un jour.

Des Gallicans ainsi parlait l'apôtre , De maudissons lardant sa patenôtre :

Et cependant que tout seul il parlait, Dans Orléans un conseil se tenait.

Par les Anglais cette ville bloquée Au roi de France allait être extorquée. Quelques seigneurs et quelques conseillers , Les uns pédants , et les autres guerriers , Sur divers tons déplorant leur misère, Pour leur refrein disaient, que faut -il faire ? Poton , la Hir e , et ce brave D unois ,(io) S'écriaient tous en se mordant les doigts : Allons , amis , mourons pour la patrie ; Mais aux Anglais vendons cher notre vie. Le Ricbemont criait tout baut : Par Dieu , Dans Orléans il faut mettre le feu ; Et que l'Anglais , qui pense ici nous prendre , N'ait rien de nous que fumée et que cendre.

Pour la Trimouille, il disait : C'est en vap Que mes parents me firent Poitevin; J'ai dans Milan laissé ma Dorotbée ; Pour Orléans , bêlas! je l'ai quittée.

Je combattrai , mais je n'ai plus d'espoir : Faut-il mourir, ô ciel, sans la revoir? Le président Louvet (n), grand personnage , Au maintien grave , et qu'on eût pris pour sage , Dit : Je voudrais que préalablement Nous fissions rendre arrêt de parlement Contre l'Anglais , et qu'en ce cas énorme Sur toute cbose on procédât en forme.

Louvet était un grand clerc ; mais , hélas . Il ignorait son triste et piteux cas : S'il le savait , sa gravité prudente Procéderait contre sa présidente;

Le grand Talbot, le chef des assiégeants , Brûle ponr elle , et règne snr ses sens : Louvet l'ignore , et sa mâle éloquence N'a ponr objet que de venger la France. Dans ce conseil de sages , de héros , On entendait les plus nobles propos ; Le bien public, la vertu les inspire : Sur-tout l'adroit et l'éloquent la Hire Parla long-temps, et pourtant parla bien; Ils (lisaient d'or , et ne concluaient rien.

Comme ils parlaient, on vit par la fenêtre Je ne sais quoi dans les airs apparaître : Un beau fantôme au visage vermeil , Sur un rayon détaché du soleil , Des cieux ouverts fend la voûte profonde ; Odeur de saint se sentait à la ronde.

Le farfadet dessus son chef avait A deux pendants une mitre pointue D'or et d'argent, sur le sommet fendue ; Sa dal ma tique au gré des vents flottait, Son front brillait d'une sainte auréole, (12) Son cou penché laissait voir son étole ; Sa main portait ce bâton pastoral Qui fut jadis lituus augurai. (i3) A cet objet , qu'on discernait fort mal , Voilà d'abord monsieur de la Trimouille. Paillard dévot, qui prie et s'agenouille. Le Richemont, qui porte un cœur de fer , Blasphémateur, jureur impitoyable , Haussant la voix, dit que c'était le diable Qui leur venait du fin fond de l'enfer ; Que ce serait chose très agréable Si l'on pouvait parler à Lucifer.

Maître Louvet s'en courut au plus vite Chercher un pot tout rempli d'eau bénite. Poton , la Hire , et Dunois , ébahis ,

•22 LA PITCELLE.

Ouvrent tous trois de grands yeux ébaubis : Tous les valets sont couchés sur le ventre. L'objet approche, et le saint fantôme entre Tout doucement porté sur son rayon ; Puis donne à tous sa bénédiction.

Soudain chacun se signe et se prosterne.

Il les relevé avec un air paterne ; Puis il leur dit : Ne faut vous effrayer ; Je suis Denis ( 1 4) , et saint de mon métier : J 'aime la Gaule , et l'ai catéchisée ; Et ma bonne ame est très scandalisée De voir Chariot , mon filleul tant aimé, Dont le pays en cendre est consumé , Et qui s'amuse , au lieu de le défendre , A deux tétons qu'il ne cesse de prendre. J'ai résolu d'assister aujourd'hui Les bons Français qui combattent pour lui ; Je veux finir leur peine et leur misère. Tout mal , dit-on, guérit par son contraire : Or si Chariot veut, pour une catin , Perdre la France et l'honneur avec elle , J'ai résolu , pour changer son destin , De me servir des mains d'une pucelle.

Vous, si d'en-haut vous desirez les biens, Si vos cœurs sont et français et chrétiens . Si vous aimez le roi, l'état, l'église , Assistez-moi dans ma sainte entreprise ; Montrez le nid où. nous devons chercher Ce vrai phénix que je veux dénicher.

Ainsi parla le vénérable sire.

Quand il eut fait , chacun se prit à rire. Le Richemont , né plaisant et moqueur , Lui dit : Ma foi, mon cher prédicateur, Monsieur le saint , ce n'était pas la peine D'abandonner le céleste domaine Pour demander à ce peuple méchant

Ce beau joyau que vous estimez tant.

Quand il s'agit de sauver une ville, Un pucelage est une arme inutile.

Pourquoi d'ailleurs le prendre en ce pays? Vous en avez tant dans le paradis !

Rome et Lorette ont cent fois moins de cierges Que chez les saints il n'est là-haut de vierges. Chez les Français , hélas ! il n'en est plus ; Tous nos moutiers sont à sec là-dessus ; Nos francs-archers , nos officiers, nos princes , Ont dès long-temps dégarni les provinces : Ils ont tous fait , en dépit de vos saints, Plus de bâtards encor que d'orphelins.

Monsieur Denis, pour finir nos querelles, Cherchez ailleurs , s'il vous plaît , des pucelles,

Le saint rougit de ce discours brutal ; Puis aussitôt il remonte à cheval Sur son rayon , sans dire une parole . Pique des deux, et par les airs s'envole , Pour déterrer, s'il peut, ce beau bijou Qu'on tient si rare , et dout il semble fou . Laissons-le aller ;et tandis qu'il se perche Sur l'un des traits qui vont porter le jour, Ami lecteur, puissiez- von s en amour - Avoir le bien de trouver ce qu'il cherche .' —

F I N DU CHAÎfT T.

ARGUMENT

Jeanne, armée par S. Denis, va trouver Charles VII à Tours : ce qu'elle fit en chemin ; et comment elle eut son brevet de pucelle.

XX eureux cent fois qui trouve un pucelage !

C'est un grand bien : mais de toucher un cœur

Est à mon sens un plus cher avantage.

Se voir aimé , c'est là le vr.ti bonheur.

Qu'importe , bêlas ! d'arracher une fleur ?

C'est à l'amour à nous cueillir la rose.

De très grands clercs ont gâté par leur glose

Un si beau texte : ils ont cru faire voir

Que le plaisir n'est point dans le devoir.

Je veux contre eux faire un jour un beau livre ;

J'enseignerai le grand art de bien vivre ;

Je montrerai qu'en réglant nos désirs ,

C'est du devoir que viennent nos plaisirs.

Dans cette honnête et savante entreprise

Du haut des cieux saint Denis m'aidera :

Je l'ai chanté , sa main me soutiendra.

En attendant il faut que je vous dise

Quel fut l'effet de sa sainte entremise.

Vers les confins du pays champenois , Où cent poteaux , marqués de trois merlettes, (i) Disaient aux gens : « En Lorraine vous êtes » ,

CHANT IX a5

Est un vieux bourg peu fameux autrefois ; Mais il mérite un grand uom dans l'histoire , Car de lui vient le salut et la gloire Des fleurs de lis et du peuple gaulois. De Domremi chantons tous le village ; Faisons passer son beau nom d'âge en âge.

O Domremi ! tes pauvres environs N'ont ni muscats , ni pêches , ni citrons , Ni mine d'or, ni bon vin qui nous damne ; Mais c'est à toi que la France doit Jeanne. Jeanne (2) y naquit : certain curé du lieu , Taisant par-tout des serviteurs à Dieu , Ardent au lit, à table, à la prière , Moine autrefois, de Jeanne fut le père ; Une robuste et grasse chambrière Fut l'heureux moule où ce pasteur jeta Cette beauté qui les Anglais domta.

Vers les seize ans en une hôtellerie On l'engagea pour servir l'écurie A Yaucouleurs ; et déjà de son nom La renommée emplissait ce canton.

Son air est lier, assuré , mais honnête ; Ses grands yeux noirs brillent à fleur de tête ; Trente-deux dents d'une égale blancheur Sont l'ornement de sa bouche vermeille, Qui semble aller de l'une à l'autre oreille, !Mais bien bordée et vive en sa couleur , Appétissante et fraîche par merveille :

Ses tétons bruns, mais fermes comme un roc Tentent la robe, et le casque, et le froc : Elle est active , adroite , vigoureuse , Et d'une main potelée et nerveuse Soutient fardeaux , verse cent brocs de vin , Sert le bourgeois , le noble , le robin ; Chemin faisant, vingt soufflets distribue Aux étourdis dont l'indiscrète main

Page 1