V. a 39. Le moine, enfin, le plus moine du monde
*« Je dis moine moinant; je ne dis pas moine racine, » comme s'exprime Rabelais [Pantagruel, liv. iv, cbap. 11). Il y a une importante différence entre eux : les uns commandent, et c'est un grand bonheur pour ces humbles cénobites; les autres sont forcés d'obéir, et c'est une pénible obligation pour ceux qui ont fait le vœu d'obéissance.
L'institution des moines est un bien singulier établisse-
d'hai, qui primitivement étaient fort peu de chose. C'est dans le dernier sens dont nous venons de parler que le vieux poète normand Robert Wace a dit en parlant de Thibaut I , comte de Chartres :
Thibaut fut ne de France un des plus haus barons; Moult avet par la terre chastiaux et fors maisons.
Baron est encore nn nom propre : c'est celui d'un moine pen connu et d'un comédien qui l'est beaucoup, parce que sans nul doute il jouait mieux ses rôles. On connaît l'aventure qui arriva à ce dernier chez une grande dame qui ne voulait avoir pour lui que des bontés clandestines. Étant allé chez elle un jour qu'elle recevait du monde, la dame s'avisa de lui dire froidement : «Monsieur Baron, que venez - vous chercher '< ici? » — «Mon bonnet de nuit, madame! » répondit-il non moins froidement et à voix haute. (L. D. B.)
' * Les moines avaient en général de fort beaux caveaux, sans doute parce qu'ils étaient bénis , des vignobles d'excellent cru où l'on cultivait joyeusement la vigne du Seigneur, des vins délicieïLX dont ils ne se bornaient pas à sabler l'hémine concédée par saint Benoît , et de fort grandes tormcs où la bqueur se perfectionnait admirablement sons la pieuse surveillance des celliers. Tout le monde a entendu parler de la fameuse tonne d'F.rpach près d'Heidelberg , qui contenait deux cent quatre foudres , bien moins meurtriers que les foudres du Vatican qui mettaient l'Europe en feu. Quoique Robert Ceneau vante la tonne de Cîteaux, dont il attribue la construction à saint Bernard, il paraît qu'elle ne pouvait contenir qu'environ denx cents muids : ce qui est une bagatelle. Celle de Clairvaux était bien préférable : on y conservait , le moins de temps qu'on pouvait , autant de muids qu'il y a de jonrs dans les années bissextiles. Les bénédictins de Boulogne avaient aussi une tonne fort renommée parce qu'elle était fort grande : on l'appelait la hotte de saint Benoît (L. D. B.)
48o NOTES
ment dans l'Occident où l'on ne se livTe guère à la vie contemplative, et dans nos contrées civilisées où il de^•ient de plus en plus difficile de se convaincre de l'utilité des réunions d'individus voués par état au célibat, à l'isolement, aux souffrances , à la superstition , et qui , chaux ou déchaux , giis, blancs ou noirs, chevelus ou tondus, ne rendent aucun service à la société pour laquelle ils sont une charge onéreuse et souvent un scandale. On n'y regardait pas de si près autrefois , quoique leurs dérèglemens provoquassent souvent la eatire des poètes et les censures dce écrivains ecclésiastiques.
Camus, nommé à l'évêché de Bellei, raconte que, plus sévère que ses prédécesseurs, il fut scandalisé de trouver à Saint-Sulpice, dans son diocèse, un covivent de nonnes, une abbaye de moines et un haras, qui ne fesaient qu'un en rivalisant de zèle et de ferveur.
Parfois les moines ont eu de singulières prétentions : ceux de Saint -Etienne de !Xevers, et de Saint -Théodore, entre autres, ne renoncèrent pas sans peine au droit, assez doux à exercer, de coucher la première nuit des noces avec les nouvelles mariées de leurs en\-irons.
Plusieurs monastères possédaient de précieuses reliques propres à faire cesser l'infécondité des femmes le plus obstinément stériles : on en cite un grand nombre , et on ne les connaissait pas tous. Cette vertu fécondante dans tout ce qui appartenait aux couvens était telle qu'un ancien auteur fort respectable prétend que l'ombre seule de leurs cloches suffirait pour rendre mères toutes les femmes du pays.