‹ La PucelleChapitre 75 sur 210 · V. 226; édition de · texte numérisé non relu

V. 226; édition de

« Il me choisit, près de lui m'appela;

« D'étrillés d'or mon maître m'étrilla ,

« Du doux Jésus les bontés paternelles

« Me firent don de deux brillantes ailes ;

« Et dans le temps que les anges des airs

« Pesaient voguer la maison sur les mers ,

« Je pris mon vol aux voûtes éternelles ;

« L'aigle de Jean et le bœuf de Matthieu

« Me firent fête en cet auguste lieu ;

« L'agneau sans tache avec moi brouta l'herbe ;

« Là , je bravai ce cheval si superbe ,

« Qui doit porter, par arrêt du destin ,

. Tantôt Luther, tantôt le dur Calvin ^

' * Var. Manuscrit :

Le créatenr, un supplice conduit , Pendu le jour, ressuscita de nuit.

* * Var. Manuscrit :

Tantôt saint George, et tantât saint Martin.

SyS VARIANTES

« Je fus nourri de nectar, d'ambrosie , « Mais , ô ma Jeanne ! une si belle vie « N'approche pas du plaisir que je sens « Au doux aspect de vos charmes puissans. a L'aigle , le bœuf, le cheval , l'agneau même , " Ne valent pas votre beauté suprême.

» Croyez surtout, etc.

V. 287. * L'aigle, le bœuf, et George, et Jésus même. V. 247; édition de 1756, on lit après ce vers :

Ainsi parlait l'âne avec élégance.

En appuyant sa flatteuse éloquence

D'un geste heureux que n'ont point eu Baron,

Et Bourdaloue, et le doux Massillon.

Ce beau récit, cette histoire admirable.

Cet air naïf dont l'âne débitait.

Mais plus que tout ce geste inimitable,

Firent sur Jeanne un vif et prompt effet

Que son Dunois n'avait point encor fait.

Tandis qu'il parle avec tant d'impudence , Le giand Dunois, qui près de là couchait, Prêtait l'oreille, était tout stupéfait Des traits hardis d'une telle éloquence. Il voulut voir le héros qui parlait.

Et quel rival l'amour lui suscitait.

Il entre, il voit, ô prodige! ô merveille! Le possédé porteur de longue oreille.

Et ne crut pas encor ce qu'il voyait.

De Débora la lance redoutable Etait chez Jeanne auprès de son chevet. Il la saisit; la puissance du diable Ne tint jamais contre ce fer divin.

Le grand Dunois poursuit l'esprit malin; Belzébut tremble, et, prompt à disparaître. Emporte l'âne à travers la fenêtre. Il le conduit par le chemin des airs Dans ce château , fatal à l'innocence , Où Conculix tenait en sa puissance

DU cha:xt XX. 379

La belle Agnès et les héros divers,

Anglais, Français, qui, tombés dans le piège,

Sont prisonniers en ce lieu sacrilège.

Ce Conculix, depuis le jour cruel

Où le bâtard et la Pucelle altière,

L'ayant couvert dun affront éternel,

De son palais ont forcé la barrière ,

Se gardait bien de donner des soupes

Aux chevaliers dans ses lacs attrapés.

Il les traitait avec rude manière,

Et les tenait dans le fond d'un caveau.

Son chancelier s'en vint en long manteau

Signifier à la troupe éplorée

De Conculix la volonté sacrée.

« Vous jeûnerez et vous boirez de l'eau,

• Serez fessés une fois par semaine,

« Jusqu'au moment où quelqu'une ou quelqu'un « En remplissant un devoir peu commun, « Poiura sauver votre demi-douzaine.

« Tâchez d'aimer; il faut qu'un de vous six « Du fond dncœur brûle pour Conculix.

« Il veut qu'on l'aime : il en vaut bien la peine. « Si nul de vous ne peut y réussir, « Soyez fessés, car tel est son plaisir. » Il s'en retourne ; après cette sentence Les prisonniers restent en conférence.

Mais qui voudra se dévouer pour tous ? Agnès disait : « Pourrais-je en conscience « Du dieu d'amour sentir ici les coups ? « Le don d'aimer ne dépend pas de nous; « Et je serai fidèle au roi de France. » Parlant ainsi, ses regards affligés Lorgnent Monrose, et de pleurs sont chargés. Monrose dit : « Pour moi, j'aime une belle

• Que pour les dieux je ne saurais quitter. « Cent Conculix ne sauraient me tenter,

« Et je voudrais être fessé pour elle. »

« Je voudrais l'être aussi pour mon amant, « Dit Dorothée. Il n'est point de tourment

38o VARIANTES

■ Que de lamour le charme n'adoucisse :

« Quand on est deux , est-il quelque supplice ? »

Son La Trimouille, à ce discours charmant, Tombe à ses pieds , et s'abandonne en proie A des douleurs qu'allège un peu de joie.

Le confesseur, ayant toussé deux fois, Leur dit : « Messieurs , j'étais jeune autrefois : « Ce temps n'est plus , et les rides de l'âge « Ont sillonné la peau de mon visage : • Que puis-je ? hélas ! je suis , par mon emploi, « Dominicain et confesseur du roi :

« Je ne saurais tous tirer d'esclavage. »

Paul Tirconel, qu'anime un fier courage. Se lève, et dit : « Hé bien! ce sera moi. »

A ces trois mots , dits avec assurance , Les prisonniers reprirent l'espérance. A Conculix, le lendemain matin.

Étant pourvu du sexe féminin , Paul écrivit une lettre fort tendre , Qu'au chancelier la geôlière alla rendre. Patd y joignit un petit madrigal , D'un goût tout neuf et fort originaL

On lit dans un autre manuscrit :

Ainsi parlait cet âne avec prudence En appuyant sa nerveuse éloquence D'un geste heureux que n'eut point Cicéron Et que n'a point tout feseur de sermon. Son beau récit, cette histoire admirable. Cet air naïf dont il la débitait, Et, plus que tout, ce geste inimitable , Firent sur Jeanne un prompt et sûr effet Que Dunois nu n'avait pas eucor fait.

Son cœur s'émut; tous ses sens se troublèrent.

La suite comme aux variantes du ^■ingt et unième chaut

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