‹ La pupille de la Légion d'HonneurChapitre 1 sur 5 · AUX JEUNES FILLES PAUTEES · texte numérisé non relu

AUX JEUNES FILLES PAUTEES

C'est pour vous que ce livre a été fait; c'est h vous que je le dédie, à vous qui souffrez souvent, qui travaillez toujours.

Tous devraient vous venir en aide, parce que vous êtes faibles, et que la vie vous est malaisée et rude. Beaucoup sèment des embûches autour de votre jeunesse ; combien en est-il qui sachent à quel point vous êtes dignes d'un intérêt fraternel?

On ne pense guère à vous qu'en vous voyant passer, dans la fleur et l'éclat de vos vingt ans, et l'on croit sa dette payée quand on vous a trouvées jolies, qu'on vous l'a laissé voir, ou qu'on vous l'a dit.

Moi-même, qui me suis voué à la recherche de cette énigme féminine, d^autant plus attrayante qu'on ne la trouve jamais, j'ai parfois essayé d'écrire quelques pages de la vie des femmes*

î AUX JEUNES FliiLES PAUVRES:

Mais toujours, ou presque toujours j'allai chercher mes héroïnes parmi les riches et les heureuses, parmi ces reines du monde, qui n'ont eu que la peine de naître, pour n'avoir que le plaisir de vivre. Je me sentais alors emporté par l'âge fougueux, par le courant fatal. Plus tard, quand la lumière s'est faite en moi avec le calme, j 'ai réfléchi, j 'ai comparé. . . L'existence m'est apparue sous un autre aspect, et ma sympathie est allée tout entière aux déshéritées, à celles pour qui chaque minute est un péril, chaque heure une bataille, chaque jour une épreuve.

C'est une de celles-là, — une de vous, -r- que j'ai choisie pour la raconter dans mon livre.

Pauvre comme vous, elle est peut-être plus nçialheureuse encore, puisqu'elle est née riche, puisqu'elle a reçu cette éducation que l'on appelle libérale, — sans doute parce qu'elle donne aux femmes la liberté de mourir de faim !

La chance contraire, la malice des choses^ une destinée ennemie la jettent à vingt ans au milieu des plus durs travaux. Bien ne lui est épargné, ni les souffrances de l'âme, ni celles du corps, ni le désespoir de l'amour trahi, ni les tortures de la faim 4 Mais rien n'ébranle son courage, rien n'abat son énergie, rien ne dompte sa volonté. Tout en elle est douleur, et elle succomberait cent fois, si elle n'était de cette race vaillante qui grandit dans la lutte. Elle

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