‹ La pupille roman anglaisChapitre 21 sur 48 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Le jour fixé par l’héritière pour son départ de Bamboo- Cottage , la riche voiture de M. Thorpe , remise à neuf, soigneusement repeinte et traînée par quatre chevaux avec deux élégants postillons sur le siège, et un groom en grand deuil derrière , s’arrêta devant la maison de miss Heathcote pendant que toute la famille était à table.

D’après les ordres antérieurs de Sophie, miss Robert et le domestique se rendirent k sa chambre pour finir

LA PUPILIÆ.

et fermer les caisses, que William porta ensuite dans U voiture avec une promptitude remarquable.

Puis, suivant toujours les instructions de sa nouvelle maîtresse , le valet entra dans la salle à manger et annonça à haute voix que l’équipage de miss Martin Thorpe était arrivé.

Toute la famille se regarda avec surprise; mais, conraignant son envie de rire, le major, demanda à Sophie avec une gravité irréprochable :

« J’espère que vous prendres le temps de finir votre déjeuner, Sophie?

— Oui, monsieur, j’accepterai une autre tasse de thé.>

Les nouvelles manières hautaines , la voix solennelle et la tenue altière de la petite orpheline, avaient fort intrigué les enfants , qui demandaient toujours à leur mère si c’était le chagrin d’avoir perdu M. Thorpe, qu’elle connaissait cependant bien peu, qui l’avait rendue si grave et si sérieuse.

. Non, ce n’était pas la douleur qui fit passer Sophie au milieu de ses cousins avec un grand air de protection qui lui fit tendre deux doigts à sa tante en signe d’adieu et toucher faiblement la main franchement tendue du major, en montant pour la première fois dans une voiture à elle pour aller dans sa magnifique propriété.

Lors de sa dernière entrevue avec son nouveau valet William, miss Sophie lui avait expliqué la route que la voilure devait suivre , afin qu’il le dît aux postillons et qu’elle n’eût à s’occuper de rien.

Après quelques instants passés à Hereford, chez 'son banquier, pour toucher son argent, miss Martin Thorpe donna l’ordre de repartir à grande vitesse, et elle arriva dans son château, par sa magnifique avenue, une heure avant celle pour laquelle elle avait ordonné son dîner à mistress Barnes. L’héritière avait écrit qu’elle voulait trouver la maison dans le même état d’élégance et de luxe

que lors de son prtmier séjour à Combe. En effet, mistress Bames attendait miss Martin Thorpe au sortir de sa voiture pour lui présenter la main , et Jean , en grand deuil, ainsi que la vieille femme de charge, se tenait droit contre la porte , afin d’ouvrir à sa nouvelle maîtresse La jeune fille annonça à son intendant qu’elle allait monter à sa chambre, qui était celle qu’elle avait eue à Noël , afin de se rhabiller, et qu’ensuite elle désirait trouver le dîner prêt pour six heures.

Miss Robert s’acquitta très-adroitement de son métier de femme dechambre, et à l’heure indiquée miss Martin Thorpe entra dans la salle à manger, élégamment habillée d’une robe de soie neuve.

Après le dîner, elle renvoya ses gens en demandant le café et des lumières dans le salon , et resta seule , enfin, devant du sherry, des oranges et du pain d’épices des Indes. Elle jeta alors un regard à la fois triomphant et investigateur autour d’elle, et reconnut que ses ordres avaient été ponctuellement exécutés. Les étagères étaient couvertes d’argenterie , de verroterie fine , de tasses, de cafetières et de théières dorées. Les housses étaient levées ; de riches draperies pendaient aux fenêtres ; les lustres, débarrassés de leur enveloppe, étaient garnis de bougies de cire ; en un mot , l’appartement semblait prêt à recevoir une illustre société.

En entrant dans son salon brillamment éclairé, elle sourit avec fierté, puis, reprenant ses instincts cupides, elle regarda avec soin tous les objets, les estimant l’un après l’autre dans son esprit, et murmurant, en se souriant à elle-même , qu’elle était bien digne du bon^ heur d’avoir hérité, car personne plus qu’elle ne pouvait adorer l’argent et le bien-être.

Après celte revue, elle s’étendit mollement sur des coussins et se prit à réfléchir sur sa position.

c Décidément, pensait-elle, si c'était à refaire, je ne

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