‹ La pupille roman anglaisChapitre 7 sur 48 · I.A PUPILLE. i · texte numérisé non relu

I.A PUPILLE. i

qui avaient reçu des leçons d’un professeur venant une fois la semaine de Swansea. Néanmoins sir Charles les aurait évidemment louées et remerciées, s’il n’avait cru entendre la voix de mistress Heathcote lui adresser la parole.

« Que disiez- vous, madame? demanda-t-il en se dirigeant vers le canapé sur lequel mistress Heathcote et Florence étaient encore assises.

— Rien, monsieur, je ne vous ai pas parlé.

— Vraiment, je l’avais cru. Votre fils s’est donc retiré, madame ? Il devait être très-fatigué.

— 11 n’est guère fort, le pauvre enfant ; mais Florence, qui ferait douze milles à pied sans être fatiguée, est aujourd’hui anéantie.

— Mademoiselle aime-t-elle la musique ?

— Elle l’aime comme les oiseaux qui chantent du matin au soir. »

Ici Florence , qui n’aimait pas que l’on parlât d’elle, se leva et alla regarder le whist.

« Est-ce que Mlle Florence chante? demanda sir Charles en contemplant avec complaisance la gracieuse démarche de la jeune fille qui s’en allait.

— Oh ! mais oui; je suis peut-être partiale, mais à mon idée elle a la plus jolie voix que j’aie jamais entendue.

— Comment alors avez-vous été assez cruelle pour ne pas la prier de se faire entendre ce soir ?

— Grand Dieu, je n’aurais jamais pensé à pareille chose. Je ne dis pas qu’elle soit une exécutante comme ces belles demoiselles : car le major n’aurait pu lui faire donner des leçons, malgré son vif désir d’apprendre. Et quand même nous aurions pu payer des professeurs, ils n’auraient jamais pu rendre, à notre idée, sa voix plus douce et plus suave, et du reste, aux Clevelands , il n’y a que nous pour l’écouter.

— Pourquoi n’aurions-nous pas le plaisir de l’entendre aussi, madame?

— Comment aurait-elle le courage de chanter devant tout ce monde? Ce soir, vous lui donneriez un royaume pour qu’elle chantât, qu’elle n’y consentirait pas, dit mistress Heathcote avec tant d’animation que tous les regards se tournèrent vers elle.

’ — M. Algernon est un superbe garçon, mistress

Heathcote ; il est bien malheureux qu’il soit si délicat, reprit sir Charles, changeant brusquement d’entretien.

— Oui, c’estbien dommage, parceque cela interrompt son éducation ; mais je suis sûre qu’il tournera bien ; il est vingt fois plus fort que l’année dernière.

— Et c’est à vous qu’il le doit, mistress. Vous semblez vous intéresser beaucoup à lui.

— Il paye bien les soins qu’on lui prodigue; il est affectueux et intelligent au possible; je ne sais comment il faudrait être fait pour ne pas l’aimer. On ne saurait s’en empêcher.

, — Et sa sœur est-elle aussi heureusement douée?

demanda sir Charles en baissant la voix.

! . Oui, et que Dieu la bénisse ! Ils sont tous deux bien

remarquables par leur charmant caractère.

— Cette jeune fille qui joue le whist est, je crois, aussi de votre famille, mistress ? reprit sir Temple.

— Sophie Martin vit aussi avec nous, répondit mistress Heathcote.

— Et sans doute elle sait reconnaître vos soins et votre affection de la même charmante manière que ses deux cousins ?

— Sophie Martin n’a encore passé qu’un an avec nous. »

Sir Charles ne crut pas convenable de continuer ses questions, et, malgré son désir de connaître à fond la

famille de son ami, il dut en rester là de son interrogatoire.

Se plaçant alors dans un fauteuil au milieu des différents groupes, il se tourna vers les jeunes Spencer et leur dit :

« Et vous, jeunes gens, que comptez-vous faire demain ? »

Les deux frères s’avancèrent vers lui, comme mus par le même ressort.

i( Demain, monsieur ? répéta l’aîné d’une voix aiguë.

— Ne pourrons-nous pas patiner? demanda le plus jeune.

— Patiner I Parfaitement, si vous savez ; il y a ici de la glace très-solide , répondit sir Charles. Mais êtesvous bons patineurs ?

— De première force, dit Bentinck.

— Très-habile, reprit Montagu.

— Alors ce sera très-bien , si toutefois vous avez apporté vos patins ; du reste, des patineurs de première force ne voyagent pas en hiver sans cette précaution. »

Les jeunes gens parurent confus et échangèrent un rega de dépit.

« C’est vraiment terrible, car je suis sûr ou à peu près sûr que nous n’en avons pas. Croyez-vous que nous en ayons apporté , Bentinck ?

— Je ne puis dire ; les domestiques les ont peut-être mis dans les caisses. Peut-être notre gouverneur a-t-il pensé que nous en trouverions ici.

— Croyez-vous que le vieux n’en ait pas? demanda à voix basse le cadet à l’aîné; je veux dire le vieux Thorpe.

— Ce sera assommant, s’il n’en a pas, > répondit l’autre.

Le whist était fini. On apporta un petit souper sur un plateau. M. Wilkyns et les fils Spencer dévorèrent

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tout en grande partie ; mais le reste de la société n’ayant rien pris, le salon resta bientôt vide, et les chambres à coucher se remplirent de monde.

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