‹ La quadrature de l'amourChapitre 159 sur 178 · PRIÈRE DE L'ENFANT DU SIÈCLE · texte numérisé non relu

PRIÈRE DE L'ENFANT DU SIÈCLE

Ne jette pas. Seigneur, ta malédiction

Sur le siècle insensé dont je subis l'injure !

Baisse des yeux pensifs sur ta progéniture.

Mon siècle est rouge. Eh bien, pardon pour lui, pardon !

Aucun ne fut jamais plus sombrement sublime,

Nul ne fut plus chargé de haines et de crimes.

Jamais pareil maudit, dans aucun temps futur.

Ne souillera la sainteté de ton azur.

Et nul, si méprisable et si flétri qu'il soit,

Ne se présentera plus honteux devant toi.

Il a dilapidé, Seigneur, tout l'héritage !

Carapace de sang, de boue, ce fratricide

Sur ta terre, gonflée de sève, a fait le vide.

Sur ta terre, au cœur grave et doux, a fait la mort.

Il n'a connu ni le recul ni le remords.

Le découragement le plus imperceptible

Ne l'arrêta jamais de porter sa fureur

Jusqu'aux confins invraisemblables du possible.

Il pue le sang, et l'infamie rouge. Seigneur !

Une exécration vivace, expiatoire.

Sera le châtiment réservé par nos fils.

Quand ils verront, siècle hagard qui t'engloutis.

Ton odeur de charogne empoisonner l'histoire !

Mais ce maudit, cet assassin, ce carnassier,

(Il faut bien cependant que le juste en témoigne !)

Cet égorgeur qui tint cent peuples dans sa poigne

Et s'acharna sur tous les soleils, tour à tour,

J'atteste qu'il avait les mains moites d'amour !

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