‹ La quadrature de l'amourChapitre 169 sur 178 · PAS D'AME ET POURTANT L'AMOUR · texte numérisé non relu

PAS D'AME ET POURTANT L'AMOUR

Credo. Je crois à Dieu, mais pas à l'âme humaine.

Nous ne survivons pas. Toute croyance est vaine

Oîi l'immortalité de l'âme est proclamée.

Pourquoi l'âme? Pourquoi cette peur d'une idée

Aussi claire : la mort? La mort, voulue par Dieu...

Pas d'âme atterrissant un jour au grand seuil bleu.

Et cependant, là-haut, au fond de l'épouvante,

Une puissance, un but, des parties conscientes

Et des solutions à l'inconnu. Le drame

Affreux, c'est de n'y pas atteindre ! En somme, l'âme

Est une invention balsamique, un vieux conte

Transmis de père en fils : l'origme en remonte

Si loin qu'on ne sait plus quel est le responsable !

L'espoir inventa l'âme, et la crainte le diable !

Dieu, justice éternelle, a-t-on dit de tout temps.

Les pères ont transmis sans cesse, à leurs enfants.

Cette affirmation de justice. C'est fou !

La justice de Dieu est autre et voilà tout !

Pas de survie. Pas de justice au sens humain.

Ni paradis, ni châtiment. Simplement rien.

Et cependant Dieu ; c'est-à-dire une pensée...

Mais nichée où? La terre est assez mal placée

Dans l'infini : nous ne voyons de tout qu un peu.

D'autres bénéficient de la clarté de Dieu,

Sans doute ! Quant à nous, nous sommes nécessaires

A la composition du grand tout ; la terre

Est, par rapport à Dieu, placée comme un atome

L'est, au centre du globe, par rapport à l'homme...

Plus loin, dans le ciel, d'inaccessibles splendeurs,

Des êtres dont l'homme est l'ébauche. On vit, on meurt.

Quelque part, dans la joie de connaître et de voir.

Nous, nous ne pcorronp pas quitter le grand trou noir.

Où nous servons d'appui aux mères inconnues,

Pour ces clartés de joie que nous n'aurons pas vues !

Il faut faire pourtant son devoir, accomplir

La tâche, se chercher, se trouver- — et mourir !

Car c'est la loi : tout meurt. Tout meurt ! Et notre effcrl.

Voué, en fin de compte, au néant, à la mort.

Ne peut servir à rien. N'importe ! Il fait partie

De l'immense travail imposé à la vie.

Nous sommes la turbine infime et ahanante

Qui ne sait rien, qui ne verra rien, mais qui chante,

Mais qui peine, mais qui s'acharne, et ça suffit !

Oui, tout de nous sera perdu, même l'esprit.

Tout, sauf la trace de l'effort que nous impose

L'immense volonté de l'infini des choses !

Dieu ne nous aime pas. Il dit : « sois », et nous sommes.

Il est indifférent à ce point vague : l'homme.

Dont le froid doit un jour anéantir l'espèce,

Car il est juste et bien que l'homme disparaisse

Comme un rouage un peu fatigué du grand tout...

Nos pères, les païens, ne furent pas si fous

D'imaginer l'indifférence olympienne.

Et le mépris des dieux pour notre race humaine !

La vérité scientifique est là-dedans.

Bien plus que dans la croix sur laquelle un Dieu pend.

Cloué par son fougueux Amour pour sa victime !...

Ah ! quelle histoire que la nôtre ! Quel abîme

D'inutile grandeur ! J'envie le dernier homme

Qui saluera la mort de la planète, comme

Le capitaine au bord du vaisseau, quand il croule,

Jette un vivat suprême, au-dessus de la houle

Effarante des flots où tout va s'engloutir !

Je voudrais être celui-là, dans l'avenir

Des temps, qui survivra, dernier, tendant les bras

Vers le secret perdu qu'on n'arrachera pas

Aux espaces, puisque tout meurt, «tre celui

Qui jettera son cri retentissant, un cri

Qui puisse aller troubler, là-haut, dans leur sommeil.

Tous les dieux inconnus, un cri dont le soleil

Frémira, un adieu de la race, un credo

En la noblesse humaine, un hurrah dont là-haut

S'émouvront les profondeurs, un vaste hurrah

D'orgueil, de foi et de respect, qui saluera.

Dans le dernier rayon blêmi du dernier jour.

L'impassibilité terrible de l'amour !

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