PAS D'AME ET POURTANT L'AMOUR
Credo. Je crois à Dieu, mais pas à l'âme humaine.
Nous ne survivons pas. Toute croyance est vaine
Oîi l'immortalité de l'âme est proclamée.
Pourquoi l'âme? Pourquoi cette peur d'une idée
Aussi claire : la mort? La mort, voulue par Dieu...
Pas d'âme atterrissant un jour au grand seuil bleu.
Et cependant, là-haut, au fond de l'épouvante,
Une puissance, un but, des parties conscientes
Et des solutions à l'inconnu. Le drame
Affreux, c'est de n'y pas atteindre ! En somme, l'âme
Est une invention balsamique, un vieux conte
Transmis de père en fils : l'origme en remonte
Si loin qu'on ne sait plus quel est le responsable !
L'espoir inventa l'âme, et la crainte le diable !
Dieu, justice éternelle, a-t-on dit de tout temps.
Les pères ont transmis sans cesse, à leurs enfants.
Cette affirmation de justice. C'est fou !
La justice de Dieu est autre et voilà tout !
Pas de survie. Pas de justice au sens humain.
Ni paradis, ni châtiment. Simplement rien.
Et cependant Dieu ; c'est-à-dire une pensée...
Mais nichée où? La terre est assez mal placée
Dans l'infini : nous ne voyons de tout qu un peu.
D'autres bénéficient de la clarté de Dieu,
Sans doute ! Quant à nous, nous sommes nécessaires
A la composition du grand tout ; la terre
Est, par rapport à Dieu, placée comme un atome
L'est, au centre du globe, par rapport à l'homme...
Plus loin, dans le ciel, d'inaccessibles splendeurs,
Des êtres dont l'homme est l'ébauche. On vit, on meurt.
Quelque part, dans la joie de connaître et de voir.
Nous, nous ne pcorronp pas quitter le grand trou noir.
Où nous servons d'appui aux mères inconnues,
Pour ces clartés de joie que nous n'aurons pas vues !
Il faut faire pourtant son devoir, accomplir
La tâche, se chercher, se trouver- — et mourir !
Car c'est la loi : tout meurt. Tout meurt ! Et notre effcrl.
Voué, en fin de compte, au néant, à la mort.
Ne peut servir à rien. N'importe ! Il fait partie
De l'immense travail imposé à la vie.
Nous sommes la turbine infime et ahanante
Qui ne sait rien, qui ne verra rien, mais qui chante,
Mais qui peine, mais qui s'acharne, et ça suffit !
Oui, tout de nous sera perdu, même l'esprit.
Tout, sauf la trace de l'effort que nous impose
L'immense volonté de l'infini des choses !
Dieu ne nous aime pas. Il dit : « sois », et nous sommes.
Il est indifférent à ce point vague : l'homme.
Dont le froid doit un jour anéantir l'espèce,
Car il est juste et bien que l'homme disparaisse
Comme un rouage un peu fatigué du grand tout...
Nos pères, les païens, ne furent pas si fous
D'imaginer l'indifférence olympienne.
Et le mépris des dieux pour notre race humaine !
La vérité scientifique est là-dedans.
Bien plus que dans la croix sur laquelle un Dieu pend.
Cloué par son fougueux Amour pour sa victime !...
Ah ! quelle histoire que la nôtre ! Quel abîme
D'inutile grandeur ! J'envie le dernier homme
Qui saluera la mort de la planète, comme
Le capitaine au bord du vaisseau, quand il croule,
Jette un vivat suprême, au-dessus de la houle
Effarante des flots où tout va s'engloutir !
Je voudrais être celui-là, dans l'avenir
Des temps, qui survivra, dernier, tendant les bras
Vers le secret perdu qu'on n'arrachera pas
Aux espaces, puisque tout meurt, «tre celui
Qui jettera son cri retentissant, un cri
Qui puisse aller troubler, là-haut, dans leur sommeil.
Tous les dieux inconnus, un cri dont le soleil
Frémira, un adieu de la race, un credo
En la noblesse humaine, un hurrah dont là-haut
S'émouvront les profondeurs, un vaste hurrah
D'orgueil, de foi et de respect, qui saluera.
Dans le dernier rayon blêmi du dernier jour.
L'impassibilité terrible de l'amour !