‹ La quadrature de l'amourChapitre 19 sur 178 · LE MAITRE DE L'HEURE · texte numérisé non relu

LE MAITRE DE L'HEURE

Depuis le temps que je l'expérimente, J'ai constaté que le premier baiser Jouit d'une vie tout à fait indépendante. Il a des façons de s'interposer,

De nous précéder dans l'attente, De distribuer l'angoisse et l'ennui Avec un sang-froid mortel.

Qui sont bien à lui, rien qu'à lui...

C'est un petit génie à part, très personnel. II se donne des airs d'appariteur en titre. D'huissier qui tient les clefs, la canne et le bicorne.

Nous n'avons pas voix au chapitre.

Suivre son bon plaisir, c'est juste à quoi se bornent

Nos fiévreuses passivités !

On sent derrière soi mille et mille baisers, La parturition future des tendresses,

Qui sagement attendent le signal.

Comme la foule au commencement de la messe... Aussi pardonne-moi, génie primordial.

De te trouver surtout un air de régisseur Qui, grave et comique à la fois, Lorsqu'il a déclaré l'ouverture du cœur Et que sont jointes les lèvres, prend une voix Au timbre formel et glacé, Pour déclarer, avec l'accent qui traîne Impérativement sur la finale : « En scène ! Le premier acte est commencé ! »

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