‹ La quadrature de l'amourChapitre 30 sur 178 · ENNUI DE LA PERFECTION · texte numérisé non relu

ENNUI DE LA PERFECTION

Les grands amours, les grands bonheurs sont monotones,

Comme toute œuvre d'art et comme la beauté.

Face aux perfections, on n'en peut rejeter

Ce vague sentiment d'ennui qu'elles nous donnent.

Que ce soit Dante, Goethe, Beethoven, — tout temple.

Tout édifice d'art qui touche au colossal.

Engendre cet ennui. C'est celui de Pascal.

Dans le monde vivant nous avons un exemple

Minuscule et précis de cette loi qui lie

Toute perfection à la monotonie.

Écoutez-le. C'est la chanson du rossignol.

Pure et lente, toujours accordée au silence.

Au grand rythme du temps, à la sève du sol !

Si sa monotonie égale sa puissance,

C'est qu'en cela pareille au bonheur des amants

Qui I écoutent rêver, elle contient en elle.

Dans son essor sublime et confidentiel.

Tout le paisible ennui des arbres et des champs.

Page 1