‹ La quadrature de l'amourChapitre 42 sur 178 · LES DAMNÉS DANS LA NATURE · texte numérisé non relu

LES DAMNÉS DANS LA NATURE

Je ne sais rien d'afîreux comme les débauchés.

Ils m'inspirent la peur, une peur satanique.

Leur front perlant, leur chair pâlie, leurs yeux mâchés,

Ces joues, où l'on dirait que suintent les baisers.

Ce troupeau qu'un démon conduit à coups de trique

Vers un bûcher de cassolettes.

M'infligent des pitiés et des horreurs sans nom. Ce stupre noir à l'érotisme furibond, Ces esclaves du bal, ces bourreaux de la fête. Qui poinçonnent encor de stigmates pourprés

Leurs écumantes voluptés.

Me font presque dresser les cheveux sur la tête. Et je me sens rétrograder d'un seul élan

Jusqu'à l'enfance originelle.

Quoi, c'est donc vrai qu'ils sont ainsi? C'est eflraj'ant ! Oh ! la pauvre âme humaine ! Ah ! que j'ai pitié d'elle ! Je redeviens l'enfant très pur qui tient un cierge, Et j'ai le sentiment naïf que tous ces crimes. C'est ce qui fait pleurer là-haut la Sainte Vierge ! Quand on ne comprend pas, on a peur de l'abîme... Et cependant mes mains se tendent vers les vôtres, Effroyables damnés aux soupirs fraternels. Pâle devant vos lits oii le stupre se vautre Comme les chiens sanguinolents de Jésabel, Au milieu des odeurs écœurantes des fards. Je revis le destin subi par nos ancêtres. Mon esprit voit vos enlacements reparaître

Dans le Palatin des Césars,

Sur le parvis médiéval, et vos souillures, Je les voue aux relents empestés du cloaque. Faites manger votre festin démoniaque

Par les portefaix de Suburre !

Moi, je veux seulement sur la bête puante

Jeter le manteau du pardon,..

Frères, frères damnés, éphèbe ou corybante.

Je voudrais vous conduire un jour vers l'horizon.

Vers les grands bois pleins d'anémones printanières.

Vers le vent fluvial qui frappe ma narine !

Oui ! venez ! Respirez la santé de la terre.

Et ces exhalaisons charmantes et divines.

Ah ! voyez- vous, ah ! voyez- vous, mes pauvres frères.

Il me semble que vous tueriez l'affreux désir

Et que vos chairs, brisées d'amour, pourraient guérir.

Si vous habitiez des villages.

Oui, c'est bien enfantin, ce rêve, et bien peu sage ! Mais votre âme en serait, je le jure, allégée, Si je pouvais, par un beau matin de lumière. Vous immerger dans l'eau bénite des rosées. Et vous exorciser avec des primevères.

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