L'ARTISTE DEVANT LA PUDEUR
Etant né sentimental et poète,
Je pardonne à la pudeur d'exister !
Elle a cette supériorité,
D'être une vertu modeste et secrète.
(C'est si peu le cas de tant de vertus !)
« Fermé pour cause de beauté. » De plus
Elle vaut par tout ce qu'elle promet...
En somme, c'est une vertu plastique ;
Et même, dans certains cas, elle implique
Un esprit bien né dans un corps bien fait.
Puis les âges l'ont sacrée grande dame !
Ils prétendent les vices roturiers,
Et nous sommes bien trop habitués
Aux règles de la louange et du blâme,
Pour reviser l'arrêt de nos ancêtres !...
Ce que l'on peut affirmer, sans réplique.
C'est que le sentiment de soi, pour être
Vraiment noble ou grand, doit être pudique.
Voilà pour le poètel (Et je conçois
Qu'un poète au fond ne soit qu'un bourgeois !)
Mais la pudeur, malgré tout, pour l'artiste.
C'est toujours l'ennemie héréditaire !
Il en connaît le jeu et la manière,
La double feinte, la quarte, et la sixte.
L'artiste a beau s'efforcer, il soupçonne,
En tout temps, l'éventail d'Arsinoé
De n'être, au plus, qu'un éventail troué !
Il aime mieux quelque franche luronne.
Son goût hautain des vastes solitudes.
Du nu, du pur, du simple et du sincère Le fait toujours haïr la femme prude.
Il lui sourit, mais il la considère.
Cette dragonne, comme une guerrière Dont il serait, à peu de frais, vainqueur. Comme une enncm.ie, méprisable un peu, Et, quand l'envie lui passe, dont il peut. D'un coup de fleuret, crocheter le cœur !